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Exposition du public aux ondes : point de situation et évolution en 5G- Synthèse des présentations et des questions-débat

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17/12/2020

Trois exposés étaient présentés (Three presentations were on the agenda)

Ronald Melnick, PhD, toxicologiste et biologiste; il a supervisé en tant que Directeur des Projets Spéciaux au sein du NIEHS/NTP (National Toxicology Program, https://ntp.niehs.nih.gov/), où il passé trente années, la conception, la préparation et le lancement de l’étude aux moyens les plus importants jamais consacrés à la recherche d’éventuels effets biologiques non-thermiques que pourrait causer l’exposition aux ondes utilisées par les réseaux cellulaires mobiles (2009-2018, 30M$)

(Ronald Melnick, PhD,  toxicologist and biologist; he has supervised as Head of Special Projects@NTP, an agency of the US Ministry of Health (NIEHS) the design, preparation and launch of the largest study ever conducted  on possible biological non-thermal  effects of mobile waves

Son exposé est déroulé en huit étapes :

-le mandat d’expérimentation originel donné au NTP par la FDA (Federal Drug Administration) et les conditions d’observation imposées, notamment de garantir que les tests assurent des conditions de réalisation qui évitent sur le principe que des effets d’ordre thermique soient en jeu (non-thermal exposure intensities) (planches 2 à 4)

-les détails de conception des moyens mis œuvre pour satisfaire à ce cahier des charges, notamment des simulations visant à établir le choix de fréquence le mieux à même de révéler des effets différenciés selon le type de tissu au sein du corps des animaux-test, et le développement et l’utilisation de chambres réverbérantes de grande taille assurant une totale homogénéité du champ ambiant baignant les groupes de rongeurs-test (planches 5 à 8)

-le protocole suivi pour les tests, notamment l’alternance toutes les 10mn entre une phase d’exposition calibrée (trois niveaux d’intensité distincts ont été utilisés pour différentes populations de rongeurs-test) et une phase sans aucune exposition visant à exclure complètement les effets d’ordre thermique secondaires, répétées sur 18 heures/j suivies de 6 heures de pause totale (planches 9 à 10)

-le détail des observations relevées (statistiques diverses) (planches 11 à 17)

-la synthèse des résultats obtenus selon l’échelle de gravité normée du NTP appliquée à toutes les études de toxicologie, qui a fait l’objet d’une communication publique à travers le site du NTP (https://www.niehs.nih.gov/news/newsroom/releases/2018/november1/index.cfm) et à travers les media généralistes (planches 18-19)

-le rapprochement et la comparaison des conclusions du NTP avec d’autres études de grande ampleur ayant publié des conclusions antérieurement au NTP (planches 20-23)

-une traduction en termes grand public des conclusions du NTP (planche 24)

-un message de conclusion de Mr Melnick mettant en avant l’enseignement premier de l’étude NTP,  

les ondes utilisées dans les réseaux mobiles portent une capacité intrinsèque à provoquer des dégénérescences cancéreuses,  et un double avertissement :

1-des précautions (dont la quantification reste à évaluer) doivent être définies et prises impérativement notamment pour limiter l’exposition de la population de petite enfance et d’enfance

2-que toute technologie profondément nouvelle, comme la 5G, ne peut en aucune façon être considérée par défaut au plan du risque sanitaire comme équivalente aux technologies préexistantes et doit faire l’objet d’une évaluation expérimentale d’ampleur.

Questions spécifiques adressées à Mr Melnick

L’étude NTP a fait l’objet de critiques diverses portant sur des insuffisances techniques et procédurales qui rendent ses résultats sujets à caution, en sorte que deux ans après sa publication, ses conclusions n’ont reçu aucune adhésion de la part des autorités internationales comme l’OMS ni de la plupart des autorités compétentes des grands pays, telles l’ANSES en France et le BfS en Allemagne. Comment Mr Melnick explique-t-il cette situation? 

 (The NTP study has been turned public two years ago and even in that lapse it has failed to gain any significant support of official organizations across the world, thermal effects are still the only effects recognized worldwide as effective and worth taking into account  after the update of official views in 2020 and the NTP study has not changed that so far; in addition study methodology itself was criticized on several accounts, such as lack of control of body temperature of the test animals, and even these put aside, the results themselves have been rated, with the support of multiple national entities such as ANSES in France and BfS in Germany, as more or less inconclusive. Can you give our auditors your view on this?)

Réponse de Mr Melnick :

Mr Melnick a répondu en développant trois volets distincts :

Volet 1 : examen critique des conditions de l’expérimentation par la Peer Review

Les résultats de l’étude NTP ont donné lieu à une revue sur trois jours par des personnalités indépendantes et externes au NTP, issues du monde académique (7) et de l’industrie (7) avec des qualifications du tout meilleur niveau en biologie, toxicologie et pathologie ; ces experts ont appliqué les règles d’évaluation et de formulation des constats édictées de façon générale par le NTP pour toutes ses études (note : plusieurs dizaines d’études toxicologiques sont conduites par le NTP chaque année et constituent des références mondiales).

Les conditions détaillées d’environnement ont été examinés et discutées lors de la revue ; les experts ont procédé à une revue complète et approfondie des conditions d’exposition créées par le dispositif mis au point par le NTP et inspecté en détail les statistiques établies et leur interprétation. Pour par exemple le contrôle de la température corporelle des rongeurs, chacun d’eux portait un microchip qui relevait ces données, et les animaux ont fait l’objet d’examens qui ont montré l’absence de toute trace de stress des tissus, comme des effets thermiques ou métaboliques significatifs  les auraient produits (ainsi aucune perte de poids n’a été observée sur les animaux-test) ; pourtant des dégradations génomiques au niveau ADN ont été observées et elles ne pouvaient en aucun cas résulter d’effets thermiques (note : parce qu’ils auraient laissé d’autres traces de dégradation sur d’autres types tissus et d’autres types de cellules, en fonction des capacités spécifiques d’absorption de chaque tissu cf : planche 6 pour la classification de la ‘’réceptivité’’ des types de tissu aux ondes 900MHz et 1800MHz)

Volet 2 : solidité du niveau des diagnostics de risque établis par le NTP et validés par la Peer Review

Les résultats quantitatifs bruts produits par l’expérience sont pesés et évalués selon un double critère de la valeur absolue des occurrences constatées (Probability values or P-values) et de l’occurrence naturelle des faits observés dans les échantillons de référence. Les signes de dégénérescence cellulaire relevés comme la prolifération cancéreuse des cellules de Schwann et des cellules gliales sont extrêmement rares dans la population de rongeurs de laboratoires utilisés par le NTP pour cette expérience. Par ailleurs l’évaluation des effets délétères n’est pas cantonnée aux seuls cancers déclarés, mais comprend aussi les stades de prolifération intermédiaire appelés hyperplasies pour évaluer un indicateur global (note : planches 14-15-17) ; le NTP a aussi observé des dommages aux chaînes d’ADN dans les cellules cérébrales des animaux-test (cf supra).  Ces experts ont donc validé sans aucune réserve d’aucun des membres du panel les conclusions soumises à leur examen et qui étaient (note : voir planche 19)

-clear evidence  (note : =certitude ; le NTP n’a pas de niveau de risque plus élevé) de l’induction de schwannomas (= cancers des cellules de Schwann, dans le cœur)

-some evidence (note : =forte présomption)  de l’induction de gliomas (= cancers des cellules gliales, dans le cerveau)

[Note 1 : les cellules gliales sont des cellules présentes dans les tissus nerveux regroupant les noyaux des cellules nerveuses comme le cerveau, qui participent de leur structure (elles constituent la névroglie) et du métabolisme des neurones

Note 2 : les cellules de Schwann sont des cellules gliales effectuant des fonctions similaires au niveau du système nerveux périphérique, autrement dit sur les axones des neurones dont elles constituent la gaine de myéline]

Volet 3 : neutralité des intervenants de l’expérimentation. 

Le NTP a interrogé par écrit la FDA, qui a émis un avis négatif sur la portée et l’utilisabilité des résultats de l’étude, la réponse de la FDA s’est cantonnée à réitérer sa position sans en donner aucune justification, et en déplorant qu‘il n’y ait aucun résultat sur les éventuels effets de cancérogénèse par l’effet d’une élévation chronique de la température corporelle : mais il s’agit en réalité d’une toute autre étude !  Une autre critique des instances officielles a porté sur le fait que les personnes qui réalisaient l’expérimentation en connaissaient les détails, notamment les doses appliquées et n’étaient donc pas aveugles (‘’histopathology blinding’’) sur la nature de leurs opérations. Mr Melnick a détaillé que la production de l’évaluation des effets biologiques d’un facteur toxique de nature quelconque au sein du NTP est réalisée en trois étages :

-le rapport des personnes directement impliquées dans la conduite de l’expérimentation (‘’study scientists’’)

-le rapport d’examen d’un contrôle de méthodologie par un expert non impliqué dans l’étude elle-même et qui procède à des séries d’examens directs qui lui sont propres sur des animaux objets du test et sur un panel d’animaux témoins (‘’QA pathologist’’)

-la revue d’un  groupe de pathologistes (10/12 personnes) ; les membres de ce groupe ne connaissent rien des doses appliquées et ne sont pas même informés de la nature de l’agent toxique étudié ; au cas d’espèce ils ne savaient pas que l’agent objet de l’étude étaient des ondes radio produites par les réseaux mobiles.

En conclusion, Mr Melnick réaffirme que les conclusions du NTP sont solidement établies, et que les dommages observés ne sont pas liés à des effets d’élévation de la température corporelle (‘’not heat related’’)

Azeddine Gati, expert radio mobile chez Orange Labs, impliqué depuis des années dans les aspects réseau de la 5G ; son exposé développe comment les opérateurs mettent en œuvre des dispositions au sein des réseaux pour garantir au grand public comme aux professionnels d’intervention des conditions d’exposition respectant les normes de protection définies au niveau international et mises en application en Europe, et aborde les questions nouvelles soulevées par 5G

(Azeddine Gati, a radio expert@Orange Labs with deep involvement in 5G; he will focus on how operators apply extant protection rules  (thermal effects based) in actual networks and how operators prepare for 5G specifics)

Son exposé est déroulé en huit étapes :

-traits principaux de l’architecture réseau 5G (planches 2 à 3)

-le cadre règlementaire de référence régissant les dispositions réseau de protection du grand public et des personnels d’intervention et ses bases phénoménologiques (planches 5 à 6)

-les spécificités 5G en matière de nature, de structure, et de niveau d’émission des ondes, en particulier la variabilité par construction de l’exposition dans l’espace, et en un point donné, dans le temps (planches 8 à 9)

-l’intégration de 5G comme simple composante au sein de la caractérisation d’émission d’un site, les effets à prévenir et les critères étant identiques pour 5G que pour les autres technologies (note : se référer à l’OMS, à l’ICNIRP et aux textes d’application en France dont le décret 2002-775), l’enveloppe des contraintes à satisfaire restant inchangée ; adaptation de la modélisation des zones de risque (valeurs au-dessus des seuils du décret 2002-775) et du repérage visuel sur site (planches 12 à 13)

-données statistiques sur le niveau d’exposition moyen en France du fait de 2G/3G/4G (données ANFR) (planche 15)

-données de terrain (pilotes 5G) sur les niveaux de champ créés par un système 5G : en veille totale ; en phase de détection de mobiles candidats à trafic (phase signalisation) ; en phase de trafic pour différents volumes de données servies à une distance de 150m, avec une valeur crête d’environ 6,5V/m à cette distance et des valeurs moyennées sur 6mn (temps de référence international associé aux critères pris en compte par ICNIRP) pour chaque cas de transfert de données étudié

-comparaison à moyen terme des niveaux de puissance moyenne requis sur une base de technologie 4G seule et sur une base de technologie progressivement enrichie en 5G, pour un taux de croissance des volumes de données de 30% et pour un taux de croissance des volumes de données de 50% (planche 17)

-schéma des couches successives de facteurs de réduction conduisant à des valeurs d’exposition présentant un risque avéré aux niveaux seuils appliqués dans l’ingénierie des réseaux et aux niveaux pratiques de champ présent dans les réseaux en fonction de la distance, du type outdoor/indoor du lieu, permettant de faire le lien entre les valeurs-seuil et les valeurs opérationnelles moyennes mesurées (par exemple à travers les 3000+ mesures individuelles réalisées par ANFR chaque année à la demande des particuliers, des entreprises, des collectivités (planche 18))

Questions spécifiques adressées à Mr Gati

1-la 5G se traduit par des conditions entièrement nouvelles d’exposition aux ondes avec une grande variabilité dans le temps (Note : même à très courte échelle de poignées de secondes et de quelques minutes) et dans l’espace (Note : à l’échelle de quelques mètres à  une vingtaine de mètres) ?

Réponse de Mr Gati :

Plus élevé est le débit, plus courte est la durée d’exposition pour la réalisation d’un transfert de données défini. Si le débit mis en place est élevé, c’est que les conditions de réception sont optimales, le signal d’antenne-relais est fort, l’usager est près de la station de base, le terminal émet à faible puissance, l’exposition due au terminal est réduite. Au contraire, et c’est ce qui donne un caractère paradoxal (‘’horrible’’) à la question, si le débit mis en place est faible, c’est que les conditions de réception sont médiocres voire mauvaises, le signal d’antenne-relais est faible, l’usager est loin de la station de base, le terminal émet à pleine puissance, l’exposition due au terminal est maximale. Bien sûr, dans ces conditions médiocres, ce niveau est complètement contrôlé de façon à rester strictement à l’intérieur des normes, il n’y a aucun problème de conformité aux normes. Chaque usager doit donc savoir que l’usage optimal de son appareil et la minimisation de l’exposition générée par l’appareil  est liée à de bonnes conditions de réception du signal d’antenne.  

2-Ceci va se traduire par des effets de ‘’points chauds’’ de champ (‘’hot spots’’). Aujourd’hui les acteurs du mobile gèrent des lieux d’exposition fortement éloignés de la moyenne, avec la notion de ‘’points atypiques’’ (Note : points où le champ moyen est >6V/m, valeur qui a été fixée par l’ANFR, à travers l’instance appelée Comité National de Pilotage relatif à l’exposition du Public aux Ondes https://www.anfr.fr/controle-des-frequences/exposition-du-public-aux-ondes/comite-national-de-dialogue/ mis en place en décembre 2018)

Que font, ou se proposent de faire, les opérateurs en 5G pour passer de la logique actuelle de simple découverte des points atypiques à travers les quelques 3000 demandes  annuelles de mesures déposées individuellement par les particuliers, les entreprises, ou les collectivités à une logique de  prédiction et de pré-détection systématique de ‘’points chauds’’ 5G  dans tout le réseau ?

Réponse de Mr Gati :

Lors du déploiement de toute antenne, les opérateurs réalisent des simulations de niveau de champ ; ces simulations permettent de prédire le niveau de champ en tout point, en 3D, sur les toits etc…Si le champ doit dépasser 6V/m (Note : dans un lieu d’habitation), les opérateurs  ont à leur disposition plusieurs types de contre-mesures, comme réduire la puissance prévue des antennes,  ou reconfigurer l’ingénierie de l’antenne (Note : changement de l’inclinaison ou de l’orientation ; mais en 5G compte tenu de la notion de ‘’beam’’ ou faisceau établi en fonction de l’usager et de lui seul ces mesures n’ont plus aucune pertinence). Pour les antennes déjà en exploitation, l’ANFR réalise plusieurs milliers de mesures par an (Note : environ 3000+/-). Si des points atypiques sont mis en évidence par ces mesures, l’ANFR organise la mise en place d’un plan de correction avec le ou les opérateurs concernés.

3-Les personnels qui réalisent les interventions sont par intermittence exposés à des niveaux de champ beaucoup plus élevés que le public général du fait de leur proximité aux antennes. Ces personnels sont aujourd’hui pour l’essentiel des sous-traitants des opérateurs, et sont dispersés dans des dizaines d’entreprises différentes souvent de petite taille. Comment les conditions d’intervention de ces personnels sont-elles suivies, et comment la situation individuelle (pm de santé) de chacun est-elle monitorée ?

Réponse de Mr Gati :

Les opérateurs établissent des plans de prévention-types spécifiquement établis pour ces cas de personnels et d’interventions ; ces personnels reçoivent des formations spécifiques adaptées à cette situation de risque, avec des protocoles d’intervention qui peuvent aller jusqu’à l’extinction de l’antenne. Les acteurs de la Médecine du Travail qui font leur suivi, ainsi que les formateurs qui président à leur formation, sont eux-mêmes informés et formés sur cette question. Chaque société doit maintenir son propre Plan d’Intervention en conformité avec ces règles. Lors de la passation des contrats, les opérateurs partagent aux sociétés sous-traitantes  leurs propres Plans d’intervention de façon à assurer une sensibilisation renforcée. Orange par exemple impose dans son Plan de Prévention le port d’un badge porté sur un bras qui détecte le niveau de champ et alerte graduellement le porteur de son exposition

Joe Wiart, Professeur à Télécom Paris, Président de la Chaire C2M (‘’Modélisation, Caractérisation et Maîtrise des expositions aux ondes électromagnétique’’  https://chairec2m.wp.imt.fr/); son exposé développe les problématiques entièrement nouvelles posées par les mécanismes 5G en matière d’évaluation (en laboratoire et dans les outils de planification réseau) et de mesure (sur le terrain) de l’exposition d’un lieu donné public ou privé aux ondes des réseaux mobiles

(Joe Wiart, Professor@TelecomParis, head of the C2M Chair, who will focus on the unprecedented problems raised by 5G wrt exposure estimation (via simulations) and measurement (in the field) and more generally on the exposure evaluation issue)

Son exposé est déroulé en cinq étapes :

-données de base sur la propagation et les bandes de fréquence des systèmes cellulaires mobiles, dont celles introduites pour 5G (bande 3,5GHZ, bande 26GHZ), la structure des antennes des sites, données de champ moyen en France de différents services (GSM, 3G/UMTS, radio FM…) (planches 3 à 5)

-spécificités 5G : flexibilité spectrale ; Massive MIMO dans la bande 3,5GHz ; unité de temps 5G de 20msec et répartition temporelle en 5G entre la phase de détection/signalisation (5msec) et la phase transfert de données (15msec) (planche 6)

-fonctionnement des mobiles 2G/3G/5G (planche 7) et des mobiles 5G (planche 7 à 8)

-notions de base sur l’exposition au niveau du corps humain, sa mesure et ses valeurs de référence définies au plan international (planches 9 à 12)

-l’évaluation et la mesure d’exposition effective sur le terrain en 2G/3G/4G et l’évolution nécessaire des approches et des méthodes vers de la modélisation cartographique assistée par des traitements intelligents utilisant les données de ‘’sondes’’ de champ sur le terrain (planches 13 à 16)

Mr Wiart reprend dans sa conclusion

a) une réaffirmation du caractère complet de la démarche de l’ICNIRP, qui examine toutes les études produites, sans avoir retenu à ce jour que des causes autres que thermiques avaient été prouvées, et cet examen est poursuivi en continu

b) certaines des critiques  de méthodologie opposées au NTP, comme l’insuffisance du monitoring de la température corporelle, le biais de la faible durée de vie naturelle des rongeurs utilisés, et l’absence de démarche dans le cadre de l’étude pour démontrer que des effets d’élévation de température corporelle au DAS/SAR de 6W/Kg ne pouvaient pas créer les dommages biocellulaires constatés compte tenu de la faible taille de ces animaux

c) une réaffirmation que l’IARC n’a retenu au titre des ondes radiomobiles que le niveau de ‘’possible’’, et non de ‘’probable’’, pour des effets cancérigènes

d) néanmoins les résultats du NTP sont importants, et il conviendrait de renouveler ce schéma d’expérimentation en le reprenant sur les points critiqués, en particulier pour écarter la possibilité que des effets thermiques (Note : au DAS/SAR de  6W/Kg, pour lequel les résultats sont les plus nets) n’aient pas été le facteur dominant des effets observés (Note : en raison de la petite taille des rongeurs)

Questions spécifiques adressées à Mr Wiart

1-5G met en oeuvre des modes de fonctionnement extrêmement différents de ceux des générations précédentes, et l’exposition sera de façon dominante déterminée par les profils de trafic ; ceci va entraîner la formation dynamique de ‘’points chauds’’ au niveau desquels le champ sera très actif parce que le trafic y sera très actif. Tandis que la zone couverte sera en majorité peu ou pas exposée (‘’idle’’). Comment la localisation de ces ‘’points chauds’’ peut-elle être approchée à l’aide de simulations, de façon à mener ensuite sur le terrain des opérations de vérification sur leur position précise et leur niveau, dans la perspective de prendre des mesures de modération, et si oui lesquelles ?

Réponse de Mr Gati au lieu de Mr Wiart

Comme il a déjà été dit, lors des simulations préalables à la mise en service, les évaluations des opérateurs prendront en compte pour 5G tous les faisceaux activés simultanément, à la puissance maximale d’émission ; on y ajoutera les niveaux de champ générés en 2G/3G/4G ; pour les faisceaux 5G, comme dans la réalité ils bougent, la simulation les prend en compte comme couvrant la totalité de la zone de desserte (Note : ce point est très technique et aurait mérité un développement un peu plus détaillé mais en substance ceci entraîne un moyennage temporel et spatial)

Questions générales-Débat animé par Régis Duval

1-Au vu de l’énormité de l’effort qu’a représenté l’étude NTP (pm 10 ans, 30 millions de $, 21 chambres réverbérantes occupant une galerie de plusieurs dizaines de mètres de long, plusieurs milliers d’animaux de laboratoire) et au vu du nombre incroyable d’études (4800 analysées par l’ICNIRP en relation avec les réseaux mobiles proprement dits selon le rapport français des Inspections générales de plusieurs Ministères publié en septembre 2020, 28 000 sur les effets des ondes électromagnétiques dans le monde dans leur généralité),et que dans ce contexte, au moment de la publication des résultats, la méthodologie appliquée est critiquée, les résultats mis en doute voire laissés de côté, comment la communauté des télécoms peut-elle dans l’avenir développer une approche globale consensuelle, dans laquelle la méthodologie aurait fait l’objet d’une concertation élargie, ainsi que la manière d’évaluer et de présenter les résultats, en sorte que les conclusions seraient acceptées par tous, et en passant des accords pour qu’un petit nombre seulement d’études parfaitement définies soient menées de façon concertée au plan mondial avec des moyens appropriés au lieu de l’incroyable dispersion d’efforts aujourd’hui constatée ?

Commentaire de Joe Wiart

L’ampleur des moyens déployés par le NTP montre l’extrême complexité de la problématique ; on traite avec le vivant et pas avec du matériel ; une seule étude ne saurait prétendre à elle-seule couvrir tous les aspects et établir la totalité des faits ; celle du NTP 2009-2018 est indiscutablement une contribution majeure, le NIEHS travaille sur un prolongement à des fréquences autres (Note  : l’étude NTP a été menée à 900MHZ pour les rats et 1900MHz pour les souris) et en comblant certaines des lacunes critiquées (comme l’absence d’examen de façon intégrée à l’étude des possibles interférences d’effets dûs à l’élévation de la température corporelle des animaux-test lors des temps d’exposition (Note  : le protocole de l’expérimentation NTP appliquait en alternance 10mn d’exposition suivies de 10mn sans exposition et ainsi de suite, le tout 18 heures par jour, les 6 dernières heures étant sans aucune dose de rayonnement cf planche 9 de Mr Melnick) ; la Corée et le Japon ont en cours de définition des études similaires à celle du NTP avec l’objectif de valider (ou invalider) ses conclusions. Cette problématique est très frustrante car il ne peut y avoir de réponse directe par un seul effort d’évaluation ; mais on voit bien que dans un cas comme celui du COVID19, malgré des moyens encore plus élevés par un ordre de grandeur, il faut du temps pour obtenir des résultats.

Commentaire de Ron Melnick

Lorsque nous avons défini l’étude du NTP, nous avons pris comme base de référentiel qu’il s’agissait d’un problème de santé, d’intégrité au sens médical (‘’health effects’’) et nous avons associé d’entrée les ingénieurs et physiciens  du National Institute of Standards & Technology (NIST) et les spécialistes dans le domaine de la biologie du  ITIS, et il faut absolument mettre tous ces gens ensemble. Au cas de la 5G et de ses risques éventuels, il faut examiner de façon approfondie les modalités d’interactions possibles entre le rayonnement et les organismes humains. Ainsi pour les bandes 26GHz, les biologistes indiquent que la quasi-totalité du rayonnement sera absorbée au niveau des tissus superficiels du corps humain ; il faut alors se poser des questions comme quelles peuvent être les effets de couplage en extérieur entre une exposition aux ultraviolets solaires et ces ondes créées par nos réseaux sur la peau ; il faut distinguer les cas des types de tissus très différents que sont  la peau, les yeux (il n’y a aucune étude sur ces derniers)…

La logique et la prudence pour un biologiste et toxicologiste est de procéder à l’évaluation de ces effets avant de déployer massivement une telle nouvelle technologie plutôt que d’espérer qu’elles sont inoffensives et constater x années après leur mise en oeuvre qu’elles ont des effets graves. C’est du dialogue entre les acteurs des technologies et les spécialistes du vivant qu’un voie médiane peut être espérée.

2-Que pourrait être le champ prioritaire à donner à une étude NTP2, étendre l’analyse aux différentes composantes spectrales lorsqu’on les utilise en mode 5G, ou est-il préférable de porter les efforts sur une identification précise des mécanismes cellulaires dont le NTP estime avoir démontré l’existence aux fréquences courantes en exploitation (Note : les fréquences 700 à 2600 Mhz, ainsi que le 3500 MHz introduit avec 5G) ?

Commentaire de Ron Melnick

La priorité devrait être mise sur l’identification des mécanismes dont l’existence est déjà clairement soupçonnée. Diverses études pointent sur une possible activation de mécanismes d’oxydation au sein des cellules (‘’oxydative stress’’ ou ‘’reactive oxygen species’’) ; ces mécanismes ont entre autres effets la capacité de créer des dommages génomiques aux brins d’ADN, et ce type de manifestations a été observé par différentes études sur les effets des ondes radiocellulaires (Note : planche 13 de Mr Melnick). L’identification de ces mécanismes permettrait de disposer d’un cadre  de base pour apprécier la nocivité éventuelle des nouvelles technologies cellulaires et des nouvelles fréquences ; en effet tester en aveugle toutes les fréquences susceptibles d’être utilisées serait très couteux et très long.

3-Comment assurer une meilleure coopération internationale et surtout garantir l’adhésion des multiples agences de santé de niveau national (28 =27+1pour l’Europe à elle seule), par exemple en les associant à la définition des objectifs, à l’élaboration du protocole d’expérimentation, et à la méthodologie d’analyse des résultats, en sorte que l’on n’assiste pas à nouveau à une discussion stérile des conclusions à tirer ?

Commentaire de Ron Melnick

Ça risque d’être assez complexe de faire ce genre de choses. J’ai participé en 2011 à la dernière revue tenue par l’IARC, les vues étaient défendues par un certain nombre de participants avec une ‘’chaleur’’ excessive qui les a conduits à se retirer en plein milieu des discussions en cours. Bien sûr un tel effort serait souhaitable, et l’OMS est le cadre au sein duquel  cela pourrait se tenir

Commentaire de Joe Wiart

La question est absolument pertinente. Je rencontrais le mois dernier Michael Wyde, qui est maintenant en charge au NTP de la suite des approches dans ce domaine (Note : Michael Wyde https://www.niehs.nih.gov/research/atniehs/labs/tob/systems/staff/wyde/index.cfm). Michael fait partie du groupe de pilotage des études en définition en Corée et au Japon. En France les études sont désormais supervisées par l’ANSES, et l’ANSES participe du Comité Directeur de l’OMS ; tous ces acteurs recherchent activement une coopération et on ne peut pas dire qu’il n’y aucune coopération entre les pays.

Commentaire de Ron Melnick

Je n’impliquais pas qu’il n’y a pas de contacts internationaux ; mais les vues entre ces différentes organisations sur comment concrètement piloter ces études et quel référentiel d’évaluation leur donner ne sont pas complètement identiques ; par exemple la notion de Whole Body exposure limit à SAR/DAS 0,08W/Kg (Note : une référence posée par l’ICNIRP et donc appliquée par l’OMS), de quelle utilité est-elle pour les études de nocivité cellulaire ? alors que ces mêmes entités retiennent SAR/DAS 2W/Kg au niveau de la tête et du tronc et SAR/DAS 4W/Kg au niveau des membres, et ce sont ces valeurs qui déterminent les règles de protection. Si SAR/DAS 0,08 W/Kg est pertinent pour l’organisme entier, alors c’est aussi cette valeur qui doit servir pour calibrer les performances attendues des dispositifs divers que nous utilisons au quotidien.

Commentaire de Joe Wiart

Les différents tissus absorbent différemment les ondes, et c’est ce qui sous-tend les différentes valeurs définies par l’ICNIRP

4-Au vu de la complexité de la notion d’exposition en 5G, quelle donnée va-t’-elle être répondue aux particuliers, aux entreprises, aux collectivités, qui demandent une quantification du niveau d’exposition de leurs lieux de vie, de leurs lieux de travail, des lieux où ils déambulent ou de leurs lieux de réception du public, et notamment ceux qui accueillent la petite enfance et l’enfance ? cette notion sera totalement dépendante du trafic, donc du moment ? alors qu’aujourd’hui en 2G/3G/4G, la notion d’exposition est plutôt simple et stable, et tout un chacun peut même s’en faire une idée correcte avec des sondes de mesures grand public raisonnablement fiables dont le prix est de l’ordre de 100/150€ et qui donnent un résultat en quelques poignées de secondes ? est-ce que accéder à la valeur de l’exposition aux ondes de là où on vit va devenir exclusivement réalisable par des spécialistes dotés d’équipements complexes ?

Commentaire de Joe Wiart

De fait, ça va devenir techniquement très complexe ; il faudra effectivement recourir à des mesures spécialisées demandées à travers les mairies ; mais cette procédure est aisément accessible partout, elle est simple à demander, elle est gérée par l’ANFR, et elle est gratuite pour les demandeurs, étant financée par un fond spécialement constitué à cet effet.

Commentaire de Azeddine Gati

Cette procédure de demande est déjà en place et très bien rodée, les résultats sont accessibles à tous, et tout un chacun peut y accéder librement à tout moment en mode web sur Cartoradio.fr.

Commentaire de Joe Wiart

Sur la réalisation des mesures et la production des valeurs, il existe un groupe de travail au niveau de l’IEC sur la question de la mesure du champ en 5G ; ce groupe est en place depuis trois ans ; la question n’est pas simple, la variabilité des instantanés sera très élevée ; l’ANFR  a déjà conduit des campagnes de mesures sur la technologie 5G sur le terrain et a produit un rapport qui est disponible pour tous ; la principale différence est qu’il  y a d’une part une composante ambiante liée au trafic des autres utilisateurs et une composante directe liée à son propre usage, et il faut activer une communication pour que cette composante soit présente (Note : cette nécessité de créer un contexte de communication active change totalement la nature des sondes de mesures) ; tout ça est en chantier, mais les choses avancent.

Fin de session

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