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Revue 166 - Forward+50 Rio : un social serious game à la croisée du ludique, de l’événementiel et de l’outil pédagogique

Articles Revue TELECOM

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15/07/2012


Forward+50 Rio :
 
un social serious game à la croisée du

ludique, de l’événementiel et de l’outil

pédagogique


par Grégoire Chailleux (2002) dans la revue TELECOM n° 166


Qu’implique réellement une solution globale au changement climatique ? Quels compromis faudrait-il faire ? Quels impacts auront les différents choix de société sur nos vies ? comment chacun peut-il agir sur les processus de décision ? Le social serious game Forward+50 Rio a permis au monde entier d’appréhender ces problématiques complexes et sensibles du 15 au 21 juin 2012, dans le cadre du sommet de la terre à Rio de Janeiro.


Forward+50 : sept jours pour choisir entre apocalypse et monde meilleur

A travers le monde, les populations sont de plus en plus exposées à des discours liés au climat – majoritairement négatifs et insuffisamment orientés vers les solutions. En conséquence, le public a une compréhension limitée des réponses possibles aux bouleversements climatiques. L'attention des médias sur la question a suscité l'intérêt grandissant du public et le besoin d’un projet de communication culturelle fort est apparu, afin d’encourager un réel changement social.

En réponse à ce constat, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Lordculture et le groupe AXA ont fondé le projet Forward+50, un projet de social serious game événementiel, dont la première édition s’est déroulée durant le sommet Rio+20 qui marque le 20ème anniversaire de la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement de 1992 (CNUEH).

Forward+50 est un serious game de type Games for Change, axé sur le développe-climatiques de façon ludique. C’est également un jeu de négociation en réseau, mettant en situation les choix et décisions qui s’imposent à chacun d’entre nous au quotidien. Il met en lumière de façon tangible l’impact de nos choix sur l’avenir de nos villes. En effet, le développement durable, conséquence naturelle de toute réflexion autour des changements climatiques, implique de considérer des problématiques globales, devant être résolues à une échelle locale. C’est pourquoi, en parallèle de la version jouable en ligne, le jeu a été le besoin d’un projet de communication ment durable et l’éducation aux risques, pensé pour être présenté physique-culturelle fort est apparu, afin d’encoura-qui vise à sensibiliser et mobiliser les ment, de façon événementielle et éphéger un réel changement social. joueurs sur les enjeux des changements mère, dans différentes villes du monde, reprenant à chaque fois le contexte environnemental spécifique de la ville dans laquelle l’événement a lieu.

Le système de choix des actions par les joueurs dans le jeu intègre une forte dimension collaborative :
l’action ne prend effet que si un nombre minimal de joueur vote pour qu’elle soit mise en oeuvre.






Si l’empreinte écologique de la ville descend trop, la vision de Rio 50 ans plus tard peut être apocalyptique












Interface du jeu montrant l’ensemble des indicateurs de Rio+50.
L’objectif de l’ensemble des joueurs est de coopérer pour optimiser les indicateurs de performance :
Ressources naturelles, Social et Economie, Déchets, Air et Emission de Gaz à effets de Serre, Eau, Energie
et Vulnérabilité. L’indicateur « Empreinte écologique » est une synthèse de ces différents indicateurs.













Le nom du projet, Forward+50, vient de l’un des axes fondamentaux de l’éducation aux risques autour du changement climatique : les effets des décisions prises aujourd’hui ne pourront être observés que dans de nombreuses années. L’objectif du social serious game Forward+50 est ainsi de permettre à tous les joueurs d’appréhender les résultats de leurs actions à long terme, au moyen d’une projection dans 50 ans de l’environnement auquel ils auront contribué par leurs actions durant le jeu. C’est le challenge de Forward+50 que de mettre en scène ce dilemme entre adaptation et prévention des risques. C’est d’ailleurs à ce titre que le Groupe AXA, entreprise dont le cœur de métier est la protection des personnes sur le long terme, a souhaité s’associer au projet en tant que mécène exclusif.


Un serious game... pas comme les autres

L’ambition de Forward +50 est de développer un label de social serious games sur la base d’un nouveau concept de communication autour de l’éducation aux risques liés aux changements climatiques. On pourrait définir un social serious game de la façon suivante :
- game : il s’agit d’un jeu ;
- serious : ce jeu a une forte dimension éducative et pédagogique (contrairement à un jeu de type pur entertainment);
- social : le jeu est massivement multijoueurs, collaboratif, et utilise les réseaux sociaux comme mécanique de viralité.

Plus généralement, Forward+50 veut dessiner les contours du Game for Change de demain. Pour cela, il agrège des caractéristiques empruntées à différents formats de jeux ou de médiation pédagogique :

L’événementiel et l’éphémère
En premier lieu, le concept de Forward +50 repose sur un principe d’événementialité, c’est-à-dire d’unité de temps et de lieu. Il s’agit à la fois d’un jeu en ligne et d’un happening urbain : une « partie de jeu » se déroule dans un lieu déterminé, s’adresse à une communauté identifiée (une ville, un pays, une université, une 
société, une école, etc.), et se déroule pendant une durée définie à l’avance.

Le graphisme, comme les contenus, est adapté à la ville ou au pays dans lequel l’événement a lieu. Ici : vue de Rio de Janeiro depuis la mer.

En effet, le jeu vise à toucher en premier lieu le public du contexte qui l’accueille. Le contenu du jeu doit s’adapter à chaque fois au contexte local dans lequel il prend naissance, donnant ainsi lieu à une partie de jeu unique et non reproductible. Forward+50 a une visée pragmatique, il veut conduire les joueurs à agir sur et selon leur environnement quotidien. Ce travail d’adaptation ne saurait d’ailleurs se faire sans une étroite collaboration avec des équipes en local du lieu de l’événement : scientifiques, médiateurs, exploitants des lieux d’accueil, médias, etc.

 

Présentation du résultat d’une mission à l’issue d’une partie de jeu sur la thématique agriculture.

La première expérience, Forward+50 Rio , a été lancée à Rio de Janeiro à l’occasion du 20ème anniversaire de la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement de 1992. Cette première édition du concept Forward+50 est désormais close, mais le concept pourra être repris et réédité dans d’autres villes, pour d’autres communautés… chacune ayant son contexte spécifique au regard des changements climatiques et sa propre sensibilité aux modalités de mise en œuvre d’un développement durable.

Brouiller les frontières entre réel et virtuel
Basé sur des principes d’ARG (alternate reality game - jeu en réalité alternée), Forward+50 incite tout un chacun à agir sur un univers contributif tout au long du jeu de manière amusante, interactive, collaborative – et active.

Ainsi les joueurs de Forward+50 Rio ont pu utiliser la plateforme Twitter pour participer au jeu, grâce à l’utilisation de hashtags spécifiques pour chaque mission du jeu (une mission par jour, plusieurs parties pour chaque mission), permettant de créer des « lobbies virtuels » en tweetant des actions que l’on souhaitait promouvoir au sein de la communauté Forward+50. Les actions que l’on pouvait tweeter étaient en priorité des actions à connotation polémique (nucléaire, OGM, déforestation, etc.). Les joueurs devaient donc être actifs sur Twitter pour contribuer à façonner leur vision idéale de Rio dans 50 ans.
Exemple d’une éco-action dans le jeu Forward+50 Rio


Un jeu massivement multi-joueurs et collaboratif
Un principe d’échange et de collaboration est au cœur du concept : Forward+50 est un concept de jeu massivement multi-joueurs. C’est un jeu de négociation, de prise de décision et de concertation : tous les internautes, depuis le monde entier pouvaient participer, en temps réel à la construction d’un meilleur Rio pour demain. Les joueurs devaient prendre des décisions et effectuer des compromis afin d’atteindre des objectifs qui leur étaient communs à une échelle globale, chacun ayant sa propre vision de la ville idéale. Ainsi, à Paris, à Santiago du Chili, à Bogota et à Rio, tous les joueurs œuvraient pour un monde meilleur, où développement et empreinte écologique ne sont pas nécessairement antinomiques. L’événement Forward+50 Rio a montré à travers une démarche d’éco-conception que le “monde parfait” n’existe pas : il n’y a pas de société qui soit à impact zéro mais il est possible d’en minimiser les conséquences négatives en faisant les bons choix de société.


Bilan de la première expérience, du 15 au 21 juin 2012, à Rio de Janeiro

Du 15 au 21 juin, les joueurs du monde entier ont pu se connecter en ligne sur le site www.forwardplus50.com pour tester l’impact de leurs choix de développement sur l’empreinte écologique de la ville virtuelle de Rio et imaginer le visage de Rio dans 50 ans.

50 ans en sept jours : pendant une semaine, les joueurs ont pu mener des missions sur les thématiques de l’énergie, des transports, de l’habitat, de l’agriculture durable, de la gestion des déchets, de la santé, de l’éducation et de l’insertion sociale. Tout en observant les impacts de leurs actions et celles de la communauté, les joueurs ont été sensibles à la problématique écologique et ont eu à cœur de réduire l’empreinte écologique de leurs actions.

A titre d’exemple, sur la mission agriculture, il a été particulièrement intéressant d’observer que les joueurs ayant rapidement atteint l’objectif de production alimentaire fixé pour la mission au détriment d’une empreinte écologique désastreuse due à des choix radicaux (déforestation massive pour construire des champs), l’intégralité de la communauté s’est ensuite mobilisée pour détruire les champs et les fermes construites précédemment pour faire remonter l’indicateur « empreinte écologique » avant la fin de la partie.

10 000 joueurs issus de plus de 85 pays, 200 000 actions jouées et des centaines de tweets ont contribué à façonner en sept jours la ville de Rio dans 50 ans. Bilan du jeu, la communauté Forward+50 a réussi sa mission environnementale : elle a permis de réduire l’empreinte environnementale de la ville et de créer un monde vert. Les habitants de Rio+50 vivront dans une ville avec des énergies renouvelables, des transports publics, des soins et un bon système éducatif, mais ils auront peut-être faim et manqueront de logements. « Les joueurs ont mis en évidence le problème auquel les gouvernements font face lorsqu’il s’agit de développement durable : il est difficile de trouver le juste équilibre. » (Source : UNEP)

Plus de 4000 personnes ont visité l’exposition Forward+50 Rio, au Centre Culturel de la Banque du Brésil, à Rio, du 15 au 21 juin 2012.







Conçu par un groupe d’experts scientifiques et écologiques (UNEP), piloté par Cap Sciences (Bordeaux), d’experts muséologiques (Lord Cultural Resources), d’assureurs (AXA) et de concepteurs de jeux (KTM Advance), tous unis dans une démarche d’éco-conception, le social serious game Forward+50 est une forme de médiation parfaitement adaptée au traitement des sujets du développement durable et de la gouvernance du changement climatique, problématiques scientifiques et pédagogiques difficiles à appréhender par le grand public. Par le choix d’un dispositif de type serious game et l’apport d’une dimension multi-joueurs, Forward+50 Rio a donné aux internautes du monde entier la chance de pouvoir être acteurs de leur propre appréhension de ce sujet et des conséquences économiques auxquelles nous sommes confrontés par les choix que nous faisons chaque jour. Au bout du compte, l’objectif du jeu est bien de renforcer la confiance des « citoyens » en leur propre capacité à façonner l’avenir, aux côtés des gouvernements et des entreprises. 


 
Laure Colliex (Vice-présidente de Lord Cultural
Resources) et Grégoire Chailleux présentent le jeu
Forward+50 Rio aux journalistes







L'Auteur


Grégoire Chailleux (2002),
Responsable des projets numériques chez Lordculture. Il est le concepteur et le directeur créatif de Forward+50. Il a assuré la gestion de projet technique de l’événement Forward+50 Rio. Ingénieur Télécom ParisTech, Grégoire est également titulaire d’un master en sciences de l’information et de la communication du Celsa. Ce double cursus lui a permis de développer une sensibilité particulière aux usages des nouvelles technologies et une approche centrée sur les utilisateurs des médias de communication : interfaces utilisateurs, ergonomie et expérience utilisateur, utilisabilité et accessibilité des dispositifs. Son positionnement original dans l’univers des nouveaux médias est un atout pour les projets complexes et innovants, auxquels il apporte son expertise technique, croisée d’une analyse techno-sociétale des contenus, des programmes et des dispositifs mis en oeuvre. Passionné par les problématiques de l'intégration du numérique au secteur de la culture et des accès aux contenus, il opère depuis 2008 comme consultant multimédia en ingénierie et en médiation culturelle.



 

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