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Revue 166 - Une stratégie de capital-innovation dans les TIC aujourd'hui

Articles Revue TELECOM

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15/07/2012


Une stratégie de capital-

innovation dans les

TIC aujourd’hui



 
par Jérôme Faul (1991) dans la revue TELECOM n° 166



Les technologies de l’information et de la communication sont nées au siècle dernier. Avec l’informatique et les télécoms, elles ont connu un essor tel qu’on leur attribue la plus grande part dans la croissance mondiale. Financées à la fois par de grands programmes de recherche et développement et surtout par de jeunes entreprises innovantes, elles devraient continuer à alimenter cette croissance en apportant de nouveaux produits et services dans plusieurs secteurs de l’économie.


Le besoin d'innovation

L’innovation est une condition nécessaire à la pérennité de notre système économique parce qu’elle permet de créer de la valeur supplémentaire ou nouvelle à partir de ressources existantes. Pour générer de la croissance, elle doit être créatrice de suffisamment de valeur pour compenser la destruction de la valeur associée à ce qu’elle remplace.

Quand il s’agit de technologies, on parle d’innovation incrémentale quand on avance par améliorations successives sans changer fondamentalement le comportement des utilisateurs de cette innovation. Leur mise en oeuvre peut se faire dans la continuité d’une production existante et elles peuvent souvent être autofinancées.

Les innovations de rupture sont issues de réflexions nouvelles. Il faut partir d’une page blanche en termes de produits ou de services. Il y a un temps de développement et de mise au point qui est indispensable et auquel sont associées les notions d’argent (il faut financer les développements) et de risque (on n’est pas sûr d’aboutir). Les grandes entreprises ont des organisations de R&D chargées de ce genre d’innovations avec des budgets pour les financer et une politique pour gérer les personnes qui en ont la charge.

Les entrepreneurs, qui ont l’idée d’un produit ou d’un service innovant que le marché attend, doivent trouver ces moyens. Il est naturel pour eux de se tourner vers des sociétés comme Innovacom dont c’est le métier : elles gèrent des fonds dits de capital-innovation (ou capital-risque) et ont l’expérience nécessaire pour accompagner les entrepreneurs dans ce genre d’aventure.


Le fonctionnement d’une société gérant des fonds de capital-innovation

Une société gérant des fonds de capital-innovation lève périodiquement des sommes d’argent auprès de sociétés ou d’institutions, publiques ou privées, sur la base d’une stratégie d’investissement : sectorielle ou géographique par exemple.

Elle utilise ces fonds pour financer en capitaux propres les projets des entrepreneurs. Ce faisant, elle devient actionnaire (minoritaire en principe) de leur société et les accompagne pendant plusieurs années jusqu’à ce que se présente une opportunité de céder sa participation à un industriel ou à un fonds secondaire - voire d’introduire l’entreprise en bourse. Les produits de la cession sont reversés aux investisseurs du fonds, la société de gestion se rémunère par un pourcentage des sommes gérées.

Statistiquement, on constate que les entreprises financées se répartissent à peu près équitablement en trois catégories : une première où le fonds perd son investissement, une deuxième où il arrive à un équilibre et une troisième où il réalise une plus-value.

La réussite financière d’un fonds tient donc dans la capacité de la société qui le gère à réaliser des plus-values qui dépassent le plus largement possible les pertes générées par les entreprises n’ayant pas pu se développer. C’est pour cela que le capital-innovation est un outil qui n’est adapté que pour le financement de sociétés innovantes dont la création de valeur, en cas de réussite, est importante.


L’accompagnement des entrepreneurs

Parmi les centaines de propositions reçues chaque année, Innovacom n’a la capacité de financer et d’accompagner que quelques sociétés. Les trois questions auxquelles il faut répondre sont les suivantes. L’équipe managériale a-t-elle la capacité de développer son projet ? L’équipe d’Innovacom a-t-elle la capacité de la soutenir pendant plusieurs années ? En cas de succès, y a-t-il une plus-value potentiellement suffisante pour compenser le risque pris au départ ?

Il faut pouvoir répondre positivement à ces trois questions au moment de la décision d’investissement mais aussi s’assurer que tous les moyens sont mis en œuvre pour que ces réponses restent positives au cours du temps.

Il s’agit d’abord d’avoir une grande confiance dans l’équipe et de la connaître. Il y a donc du temps à prévoir pour cela. Il faut ensuite utiliser son expérience, son réseau et ses moyens financiers et humains pour accompagner l’entreprise. Pour cela, Innovacom joue un rôle actif au sein du conseil d’administration de la société et un rôle de business development à ses côtés. Son action va donc bien au-delà du simple apport de capitaux. Enfin, le moment venu, il faut préparer une sortie avec les dirigeants et accompagner le processus.


Quelle stratégie pour un fonds spécialisé dans les TIC ?

Les progrès dans les technologies de l’information et de la communication ont servi à alimenter principalement les secteurs des télécommunications et de l’informatique où les innovations ont été considérables depuis plusieurs décennies. Les puissances de calcul, capacités de stockage, vitesses de transmission de données ont progressé à un rythme tel qu’on en arrive parfois à se demander s’il est encore utile d’aller plus loin. Quels nouveaux services sur des réseaux FTTH à 100 Mb/s quand on a des réseaux ADSL à 10 Mb/s ? Quels nouveaux clients quand les taux de pénétration des téléphones portables atteignent 100 % ? Quels nouveaux réseaux sociaux quand l’un d’entre eux avoisine le milliard d’utilisateurs ? Il y a évidemment des idées, des produits et des services pour répondre à ces questions ainsi que des entrepreneurs qui ont des projets fantastiques dans ces domaines. Le premier rôle d’un fonds spécialisé dans les TIC va donc être d’aller chercher des idées vraiment originales dans les secteurs traditionnellement couverts pour leur permettre de continuer à se développer.

Au-delà de ces secteurs, il y a plusieurs domaines d’activités où les TIC ont à peine commencé à jouer leur rôle de moteur de croissance. Dans le domaine de la santé, un médecin peut toujours vous soigner aujourd’hui sans avoir recours au numérique. Qu’en sera-t-il quand il devra tenir compte de votre génome pour cibler très précisément votre traitement ? Dans le domaine des transports, la voiture est déjà bourrée d’électronique mais celle-ci ne communique pas encore vraiment avec son environnement. Dans le domaine de l’énergie, si Thomas Edison revenait aujourd’hui, il lui faudrait sans doute plus de temps pour comprendre comment fonctionne Skype que pour comprendre comment l’ampoule de son salon peut fournir de la lumière ! C’est en train de changer.

Un fonds spécialisé dans les TIC peut profiter aujourd’hui de toute l’expérience acquise dans le financement de projets télécoms ou informatiques afin de financer des projets utilisant les TIC pour apporter des innovations dans d’autres secteurs de l’économie.

On peut faire le pari que des entrepreneurs sauront trouver des innovations de rupture utilisant les TIC pour développer de nouveaux produits ou apporter des services dans des secteurs nouveaux de l’économie. On peut être certain que, comme souvent à la croisée de plusieurs domaines, la création de valeur sera très importante. On peut donc orienter une stratégie d’investissement vers ce type de projets. 


L'auteur


Jérôme Faul (1991),
X 86. Après un long stage dans une start-up en Californie, il entre au Centre de R&D de France Télécom où il s’occupe de gestion de réseaux et de services. En 1999, il cofonde Algety Telecom pour mettre sur le marché des systèmes de transmission sur fibre optique. La société remporte le premier concours national de création d’entreprise innovante. Après sa fusion avec l’américain Corvis, elle est introduite au Nasdaq. A partir de 2003, il dirige successivement plusieurs unités opérationnelles en charge du service client chez Orange puis gère le déploiement des réseaux très haut débit FTTH pour l’Ile-de-France. Il rejoint Innovacom en 2011.
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