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Revue 168 - Former des ingénieurs Télécom Paris Tech en 2013

Articles Revue TELECOM

-

18/04/2013


Former des ingénieurs

Télécom ParisTech

en 2013


 



par Yves Poilane (1984) dans la revue TELECOM n° 168
 
 

Le domaine des technologies de l’information,  plus que tout autre domaine, a connu des bouleversements sans précédents ces trente dernières années. Je ne ferai pas l’injure au lecteur de cette revue  de rappeler ce qu’étaient l’« informatique» et les «télécommunications»  (à l’époque dissociées d’ailleurs) il y a 30 ans, lorsque je fréquentais  les bancs de cette école et de ce qu’est aujourd’hui le «numérique»,  mais je voudrais juste évoquer les conséquences que cela peut avoir  sur la formation d’ingénieurs pour Télécom ParisTech.
 
Le directeur de l'école, Yves Poilane, viendra présenter aux diplômés  les innovations de l'enseignement à Télécom ParisTech ainsi que la stratégie de l'école. Une occasion de découvrir ou redécouvrir l'école.
Venez échanger avec Yves le 28 mai à 19h à l'école.
 

Bien-sûr, tout d’abord, les enseignements scientifiques et techniques ont évolué avec l’évolution de la « science du numérique » et il est loin le temps où l’on apprenait à analyser un signal RVB (de la TV analogique) et à programmer en Pascal UCSD. Mais la formation d’ingénieur télécom a également évolué sur toutes ses autres dimensions, que ce soit en sciences économiques et sociales, en formation humaine ou dans ses modes pédagogiques, si déterminants pour l’acquisition de savoir-faire, et savoir-être.

Car en effet, le métier même d’ingénieur a évolué dans cette période :

✔ dans tous les domaines, sous le coup de la transformation des organisations et mode de fonctionnement des entreprises, de leurs relations aux marchés, de la concurrence mondiale,
✔ et plus spécifiquement, dans le numérique, avec l’explosion des domaines d’emplois, des services, des acteurs des technologies de l’information. 

Le tissu «  industriel  » employant des ingénieurs des télécommunications s’est déformé considérablement. Il est loin le temps où le gros de nos diplômés se répartissait, sur des fonctions de R et D ou de chefs de projets, entre CIT Alcatel, Thomson CSF, Bull, la Direction Générale des Télécommunications, pour ne par-ler que des fleurons de cette industrie française de ce qu’on appelait à l’époque l’industrie électronique, informatique et télécoms. Et où les plus brillants de nos diplômés accédaient au fil des ans aux postes de responsabilité dans ces entreprises, jusqu’à la Présidence et/ou Direction Générale pour quelques « happy few ».

Aujourd’hui, le secteur du numérique n’est plus, pour sa partie la plus visible (c'est-à-dire l’électronique et l’informatique grand public, et les services de l’internet) dominé par des géants français ni même européens, sauf rares exceptions, mais par des géants américains, coréens ou chinois, qui n’existaient pas, ou presque, il y a 10 ans.

Ensuite, ce secteur a donné lieu à l’émergence d’une myriade d’entreprises, start-ups, TPE, PME/PMI, ETI, qui naissent, grandissent, s’achètent, se font acheter les unes les autres, meurent....

Enfin, les métiers du numérique peuvent encore moins que par le passé s’assimiler à ses entreprises, grandes ou petites, puisqu’il irrigue tellement toutes les activités humaines, toutes les entreprises, qu’elles peuvent toutes être qualifiées de «  numériques  ». Qu’elles soient du secteur de l’aéronautique, des transports, de la défense, de la finance, bien sûr, mais aussi, plus récemment, de la logistique, de l’énergie, de l’agroalimentaire, de la santé, du tourisme...

L’ambition d’une école pour ses diplômés, qui est d’ailleurs largement son ambition à elle (et les classements savent faire le lien entre les 2), a donc du être repensée, au fil des années, pour s’adapter en permanence à cette déformation progressive du marché, des enjeux, et permettre à ses diplômés à la fois de réussir leur entrée dans la vie professionnelle mais aussi de se construire une trajectoire professionnelle (terme aujourd’hui probablement plus adapté que « carrière ») sur 40 ans environ.

Cette déformation a été continue mais un jalon fort a été « planté » il y a 2 ans lorsque l’école s’est fixée comme ambition d’« innover et entreprendre dans un monde numérique».

Le choix de cette ambition, qui nous a amené à repenser totalement la 1ère année, ce qui fut fait pour la rentrée 2011/2012, puis à engager une réflexion, en cours, sur l’évolution des 2ème et 3ème années (qu’on appelle le « cycle master », en référence au modèle de « Bologne » (réf) ), vise à la fois :

✔ à donner aux champions «  indus-triels  » français, quel que soit leur secteur d’activité, des ingénieurs du numérique innovants et entreprenants, qui sachent faire de l’innovation et des TIC un levier de la performance leurs entreprise,
✔ à alimenter la myriade de petites et moyennes entreprises, souvent plus innovantes que les grands groupes, avec ceux des ingénieurs du numérique pour qui ces grands groupes ne sont pas assez mobiles, réactifs, innovants...
✔ enfin, à encourager la création d’entreprise chez ceux de nos futurs ingénieurs pour qui la véritable aventure commence à un ou deux et rarement à plus de trois.

Cette politique passe tout d’abord par l’évolution des enseignements, nous l’avons dit, que ce soit dans leurs contenus ou leurs modes pédagogiques (avec un accent particulier sur la pédagogie active, mais aussi la constitution de binômes ingénieurs/managers, ingénieurs/designers dans les cursus et/ou les projets, modalités qui simulent le fonctionnement des entreprises actuelles et qui stimulent également la créativité et l’esprit d’initiative de nos étudiants).

Mais elle prévoit aussi la surexposition de nos étudiants aux opportunités offertes dans des entreprises auxquelles ils ne pensent pas spontanément, que ce soit à cause de leur taille (ah ! la puissance des grandes marques ; ah ! les discours des campus managers des grands groupes sur les plans de carrière), ou de leur secteur d’activité. Cette surexposition se fait par le programme de nos tables-rondes métiers (où les utilisateurs du numérique ont leur table, tout comme les start-up) et leur composition (où il y a désormais toujours au moins une PME/PMI), ainsi que par le choix de nos parrains de promotion (ainsi le parrain de la promotion 2013 est-il François Bourdoncle, serial créateur d’entreprises, pour la création de la société Exalead).

Elle intègre déjà la promotion de la formation par la recherche (jusqu’à la thèse) pour une fraction croissante de nos élèves ingénieurs, tant nous considérons qu’une thèse, notamment en partenariat avec un industriel, stimule l’innovation et la créativité chez nos étudiants et facilite le transfert entre la recherche académique et le monde économique.

Elle passera enfin à partir de cette année par la 1ère édition du prix de l’entrepreneuriat Télécom ParisTech, prix doté par 3 alumni entrepreneurs qui ont réussi et récompensant étudiant et jeune diplômé les plus innovants. Tout ceci pour « casser les codes » traditionnels de la réussite...

La réussite pour nos anciens élèves, désormais alumni, se mesurera à l’aune des succès commerciaux des entreprises (grandes, moyennes ou petites, voire très petites) dans lesquelles ils travailleront.

Les positions internationales d’entreprises aussi différentes (en terme de secteur et de taille) que Thalès, EADS, Renault, Total, Dassault Systèmes, LTU, Sigma Design, Qarnot, les positions tenues par nos diplômés dans ces entreprises, toujours plus diverses à les employer, seront à la fois leurs réussites et la nôtre... 


L'auteur


Yves Poilane (1984) est directeur de Télécom ParisTech depuis août 2007.administrateur de l’école Polytechnique, cet ingénieur général des Mines est diplômé de l’école Polytechnique et de Télécom ParisTech. Depuis juillet 2012 Yves Poilane est également Président de ParisTech. le 26 mars dernier, il a pris la présidence de l’association Pasc@line, qui travaille à comprendre et anticiper l’évolution des métiers d'ingénieurs du numérique dans une coopération entre établissements d’enseignement et syndicats professionnels

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