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Revue 168 - Plan d'actions de la recherche d'emploi, pour les nuls, et pour les autres

Articles Revue TELECOM

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18/04/2013


Plan d’actions de la recherche

d’emploi, pour les nuls, et pour

les autres


par Christian Galtier dans la revue TELECOM n° 168


Planter le cadre

Comment réagir face au chômage qui est une situation de rupture ?

Trois axes de réflexion : moi-même, le temps dont je dispose, et le regard de mon environnement

1. MOI -MEME

 
  • Accepter que la situation passée est révolue et qu’elle ne reviendra pas. Ne pas se bloquer dans la recherche du retour à l’identique. Tourner la page.
  • La perte d’emploi est une période propice à la remise en question. C’est l’occasion de nouvelles opportunités. Encore faut-il être dans une disposition d’esprit favorable.
  • Il est important de ne pas rester seul face à ses interrogations. Aller chercher un regard nouveau sur soi à travers des entretiens (Bureau Carrières, Pôle Emploi, APEC, ateliers avec mes pairs, groupes de recherche). Il est très utile de trouver un binôme, ou un groupe de pairs avec qui on pourra s’entraîner, devant qui on devra présenter régulièrement des indicateurs d’avancement, avec qui on pourra discuter d’un éventuel changement de cap.
 
2. LE TEMPS
 
  • Si vous êtes bien avec vous-même, la marge de manoeuvreCdont vous disposez est, en gros, définie par vos contraintes financières.
  • Il faut mesurer le temps que vous pouvez tenir sans le revenu professionnel que vous espérez de votre prochain emploi. Cela vous évite de vous stresser inutilement, mais en même temps, cela vous obligera à bouger si les échéances se rapprochent.
 
3. L’ENVIRONNEMENT

D’abord se débarrasser des clichés : le chômage n’est pas une honte.

 
  • Taux de chômage national = 10 %.
  • Durée d’une vie professionnelle : 40 ans. Donc, statistiquement, le temps d’inactivité est de 4 ans. Ma situation est normale. Quasiment tout le monde y passera, et peut-être plusieurs fois.
Ne surtout pas se couper de son environnement : c’est lui qui vous mènera à votre nouveau job.

La recherche d’un emploi n’est pas un hobby du week-end

La recherche d’emploi doit être considérée comme une véritable activité professionnelle, transitoire, certes, mais vraiment professionnelle.

 
  • C’est un métier.
C’est un métier que vous exercez momentanément. Vu comme cela, cela a quelques conséquences.

Décidez, suivant vos contraintes personnelles, si vous le faites à mi-temps, trois quart de temps, temps plein. En dessous du mi-temps, considérez que vous ne cherchez pas.
Affectation de son temps

C’est un des points les plus importants :


 
Sources des postes (en %)  
Chasseurs (si vous êtes concernés)  5 à 10 %
Petites annonces 15 à 20 %
Relations personnelles, réseau  45 à 50 %
Approche directe entreprises 25 à 30 %

Autrement dit, vous avez 4 fois plus de chances de trouver un poste par le réseau ou l’approche directe que par la réponse aux annonces ou aux chasseurs.

Règle n°1 : votre investissement en temps doit être 4 fois supérieur sur l’approche directe ou réseau que sur la réponse aux annonces. 

Il y a des pièges dans lesquels il faut éviter de tomber :
1. la nature a horreur du vide ; on peut facilement se trouver des tas de façons d’occuper son temps (Internet, abus des réseaux sociaux, bénévolat) ; il faut y faire très attention.
2. Il faut pouvoir se lever tous les matins, même si on n’a pas la pêche…

Une bonne méthode pour concilier tout cela est de se préparer un emploi du temps, comme un agenda professionnel, et s’y tenir.

Règle n°2 : vous organisez votre temps en définissant un planning.

Le planning accepte des contraintes horaires qui permettent :
- de continuer à être structuré
- de prévoir des temps de détente pour garder un sain équilibre
- de faire de l’exercice physique
- de sortir de chez soi (cf. aussi la solitude).

Le planning doit être fait :
- avec des règles générales (heure de lever, plage horaire de
lecture des annonces, relances téléphoniques, écriture des
lettres, réponses, etc., heures de sorties, de détente, etc.)
- de façon détaillée pour les 15 prochains jours
- de façon plus macro pour les trois prochains mois.

En face du « prévu », il est indispensable d’inscrire le « réalisé ». Cela vous permettra de vérifier vos actions, d’en discuter avec vos pairs, de modifier éventuellement votre trajectoire.

Règle n°3 : vous vous imposez la discipline de noter tout ce que vous avez fait tous les jours, avec le temps passé.


Organiser sa recherche

Vous aurez deux fonctions majeures à traiter :
1. Fonction production
2. Fonction commerciale, communication

Suivant le moment où vous vous trouvez, vous n’aurez pas les mêmes tâches à effectuer. Au début, vous ferez davantage de production. Ensuite, davantage de commercial.

La production commence par la production du projet professionnel.

Le projet a deux formes :
1. Un document écrit
2. Une forme orale, pour présenter et argumenter en entretien d’embauche ou dans toute situation où cela peut avoir un intérêt.

Il faut en particulier avoir passé du temps à écrire des anecdotes. Il faut en avoir un minimum de trois. On peut aller jusqu’à 40. Elles décrivent des réalisations probantes. Elles illustrent les talents.
Les anecdotes sont la matière première de la production.
Pendant cette période, on rédige les CV et lettres de motivations. Faites-vous relire par des amis, participez à des ateliers.

La commercialisation est l’époque pendant laquelle vous aller travailler pour obtenir des entretiens.
Elle demande une organisation sans faille et parfois assez lourde. Vous allez lancer et suivre votre campagne.

Les différents processus décrits ci-dessous doivent faire l’objet d’une amélioration constante. Il faudra en particulier prévoir :
- d’ajuster votre projet professionnel ou offre de service
- d’améliorer sa communication personnelle en étant concis, synthétique, sans se perdre dans les détails
- de faire des entretiens de simulation pour s’améliorer sur la forme.

Le bon rythme

La période la plus fatigante est celle des rendez-vous. Il faut trouver son rythme : un rythme de 4 à 5 RV par semaine est un bon objectif.
Il faut définir votre propre rythme et vous y tenir. En même temps, le nombre de RV par semaine est un bon indicateur du dynamisme de votre campagne.

Le temps du chercheur et le temps du recruteur

Ce ne sont pas les mêmes ! Vous êtes pressés. En face de vous, le recruteur éventuel ne l’est pas. Plus la société est importante, plus son temps de réaction sera long, en particulier le délai entre une sollicitation ou un entretien et la réponse.

Ne vous impatientez pas. Mais, en conséquence :
R ègle n°4 : n’arrêtez jamais votre prospection tant que vous n’avez pas une offre en poche.
Règle n°4 bis : n’attendez jamais une réponse pour poursuivre autre chose.


Plan d’actions

Les tâches de production

Les tâches de production consistent, on l’a vu, à écrire les anecdotes, à les apprendre, puis à bâtir les documents que l'on utilisera pour la prospection.
Les anecdotes ne viennent pas d’un seul coup. Il faut parfois plusieurs semaines pour s’en souvenir. C’est donc un travail de fond. Il n’est pas nécessaire de l’avoir terminé pour passer à la phase commerciale.
En revanche, il est inutile de passer à la phase commerciale tant qu’on n’a pas un projet professionnel, autrement dit une offre de service.
C’est la partie commerciale qui demande le plus de travail.

Les tâches de début de campagne

1. La création de son réseau
Il existe beaucoup d’ateliers sur ce thème. Allez-y, c’est fondamental.

2. La recherche des entreprises cibles
On cherche des entreprises qui peuvent être intéressés par notre profil, notre projet. On peut utiliser pour cela des bases de données, l’annuaire des alumni, l’APEC. Beaucoup de méthodes sont possibles.

3. La création d’alertes
On peut s’inscrire sur des réseaux sociaux, créer des alertes sur différents sites économiques pour être prévenu en temps réel de ce qui se passe sur le marché qui nous intéresse, etc…
Ce point pourra aussi être développé ultérieurement.

Les tâches en cours de campagne

1. Les annonces
On repère les annonces qui peuvent intéresser et on répond.
  • Les annonces servent aussi à autre chose : voir l’évolution de la demande. On notera toutes les informations utiles éventuelles, même sur des annonces auxquelles on n’a pas répondu, qui permettent de bâtir un historique et de voir des tendances.
On y verra aussi les modes et les termes éventuels à utiliser, bref, tout ce qui est dans l’air…
  • Il faut utiliser le bon CV, envoyer éventuellement une lettre de motivation, qui ne doit pas être redondante avec le CV, noter la date de l’envoi et positionner une relance téléphonique au bout de huit jours. Une lettre de motivation n’est pas destinée à prouver votre motivation à travailler pour l’entreprise machin, mais à motiver votre interlocuteur pour vous rencontrer.
  • Ne pas oublier que le traitement des annonces, réponse comprise, n’occupera qu’au maximum que 15 à 20 % du temps.

2. Prise de contact via le réseau et candidatures spontanées
Il y a assez peu de différences entre les deux.
Elle peut se faire par lettre, e-mail ou téléphone. Pour de petites structures et une fonction commerciale, le contact par téléphone peut être un très bon moyen.
  • Pour ces prises de contact, il peut y avoir un assez gros travail de rédaction d’une lettre spécifique.
En effet, le CV peut ne pas être utile. L’idéal est d’arriver à écrire une lettre courte, qui suscite l’intérêt du lecteur, présente schématiquement le projet, et demande un RV, visuel si possible, téléphonique au besoin.
  • Toujours relancer par téléphone 3 jours après l’émission du message.

3. Le traitement du rendez-vous
Le premier objectif, c’est d’avoir un RV.
Pour traiter les RV, il faut s’être entrainé, si possible dans un atelier ad hoc.

On prépare le RV. Après le RV on fait au moins un compterendu, voire deux ou trois 
1. Un CR à la personne qui vous a reçu, pour la remercier et rappeler ce qui a été dit
2. Un complément éventuel pour soi-même, pour se rappeler de points qui n’ont pas à figurer dans le CR externe
3. Le cas échéant, on fait une lettre ou un mail à la personne qui nous a mis en contact avec le RV

Le travail correspondant est parfois important. Comptez presque une journée, tout compris pour préparation + déplacement + RV + CR.

Règle n°5 : le retour vers la personne qui vous a reçu est obligatoire.

C’est une question d’efficacité. C’est aussi une question de correction.

4. Les indicateurs
On note tout ce que l’on fait. On peut avoir un petit tableau de bord indiquant le nombre d’annonces répondues, de RV pris, de RV par semaine, etc. Il faut pouvoir suivre le rythme de la campagne. C’est un outil utile pour le suivi.

Règle n°6 : je bâtis et je suis mes indicateurs ; je prépare une synthèse.

Règle n°7 : je maintiens le cap et je ne change pas d’orientation sans en parler.


Tous les processus décrits ici doivent faire l’objet d’adaptations au cours de la recherche.

Aspects pratiques
Sur une recherche un peu longue et complexe, on a vite beaucoup d’information à gérer.

1.1. Local
Il est important d’avoir accès à un ordinateur, et d’y avoir la paix….
Souvent, on travaille de chez soi, faute de mieux. Si on a une pièce dédiée, c’est OK.
Si on a l’opportunité de faire sa recherche de l’extérieur de son domicile, c’est mieux. La situation la plus favorable, à mon avis, est d’avoir un bureau dans un environnement professionnel connexe de celui que l’on recherche. On est ainsi dans un milieu professionnel, dans un échange d’informations, et on peut avoir l’opportunité de proposer des services. Il existe des endroits comme l’APEC ou des bibliothèques de quartier
où vous pouvez travailler tranquillement avec des revues professionnelles à votre disposition. C’est également un bon moyen de s’imposer une discipline de travail, sans tentation ni distraction.
  • Une autre solution est de se regrouper avec d’autres chercheurs, ce qui permet de partager des choses et surtout, rompre la solitude.
Dans la recherche de l’outillage, cherchez d’abord ce qui peut permettre de rompre la solitude.

1.2. Matériel et logiciel
Il faut avoir bien organisé son réservoir documentaire : anecdotes, CVs, lettres de motivation, lettres d’offres de service, etc. Il faut avoir bien noté tout ce qu’on a fait et le retrouver.
Il faut avoir un système de relance bien organisé. Le recours à un logiciel est fortement conseillé. Un simple Excel ne suffit pas.
  • Le logiciel Prosp@ction de Creadev (gratuit pour les chercheurs d’emploi SNC/VSE) est un outil utile. C’est au départ un outil de gestion de campagne commerciale. On a accès à l’historique de tous les contacts que l’on a eu. On positionne toutes les dates et heures de relance. Avec branchement sur le téléphone, le numéro se compose automatiquement.
Ca n’a l’air de rien, mais cela facilite grandement les choses. Le poste de travail le plus pratique devient l’ordinateur, avec ce logiciel, et des écouteurs et un micro. On peut donc avoir sa conversation téléphonique avec les deux mains libres, prendre des notes par écrit ou au clavier tout en écoutant, et se reporter éventuellement en temps réel avec un clic sur les documents précédemment échangés ou toute autre source
d’information utile lors de la relance téléphonique.
  • Pour le planning et son suivi, le plus simple est un agenda éphéméride, avec deux pages par jour, à gauche le prévu, à droite le réalisé. Toutes les semaines, on fait le bilan et on récapitule dans un tableau Excel.
  • Il existe aussi un logiciel gratuit pour les chercheurs d’emploi, ANPSEDIC. Il contient nombre de fonctionnalités intéressantes, mais il me semble qu’il n’y a pas la fonction de relance malheureusement. Pour la petite histoire, ANPSEDIC a été écrit par un chercheur d’emploi. Il l’a mis gratuitement à la disposition du public.
  • Il peut être utile de stocker tous les documents de la recherche à l’extérieur, sur Google drive ou Dropbox et autres Skydrive. Cela permet d’y avoir accès de n’importe où. C’est utile si on est en déplacement. C’est en même temps une sauvegarde.


En bref

La période de recherche d’emploi n’est plus une fatalité. Elle s’organise. Il faut savoir qu’il est néfaste d’être isolé et de rechercher seul. Mais prise positivement, elle peut être une période riche de responsabilisation et d’enrichissement de soi même, en vous forçant à trouver de nouvelles ressources en vous et de nouvelles sources d'épanouissement qui auparavant vous étaient cachées.

Sachez que ce qui paye, c’est la ténacité.


Christian Galtier
est ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Master of Computer Sciences de l'Université de Californie à Berkeley et MBA de l'INSEAD. Après avoir exercé tous les métiers des systèmes d'information, il a fondé en 1995 une société de conseil qu'il a vendue en 2009 à un groupe franco-canadien.
Il est actuellement partenaire du cabinet de conseil de direction Arcles, au sein duquel il intervient sur les systèmes d'information et sur des questions liées aux ressources humaines.


Christian Galtier est Vice-Président de l'association X-Mines-Consult qui regroupe les consultants des Écoles Polytechnique et des Mines. Il est aussi membre depuis 2003 des associations Solidarité cadre Yvelines (SCY) et Solidarités Nouvelles contre le Chômage (SNC). Il y accompagne des personnes en reclassement professionnel, soit de façon individuelle, soit via des séminaires de formation sur la recherche d'emploi.
Sur le web : www.scy.org et www.snc.asso.fr.

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