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Revue 168 - Seniors en recherche

Articles Revue TELECOM

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18/04/2013




Seniors en recherche



 

par Christian Galtier dans la revue TELECOM n° 168


Qu’est ce qu’un senior ?

Plus de 45 ans ? Plus de 50 ans ? La question n’a pas de réponse simple.

Si on compare un senior à un non senior, on observera qu’un senior est chargé d’une expérience et de charges de familles pouvant être lourdes. Il a aussi un niveau de prise de risque plus important dans sa recherche, car il a moins de marge de manoeuvre pour rebondir en cas de problème. Le temps joue contre lui. Si, par exemple, il se décide à créer son propre emploi, en cas d’échec le niveau de risque du senior est supérieur à celui du junior. En effet, pour ce dernier, l’échec d’une mise à son compte ne sera pas un handicap pour la suite de sa carrière.


La crise, le deuil et l’opportunité

Le licencié, et surtout le senior, doit faire d’abord son deuil de sa position précédente. Le deuil passe par un certain nombre d’étapes : choc ou sidération, déni, colère, tristesse (abattement, dépression), résignation, acceptation, accueil de la nouveauté ou résilience (travaux du Dr. Elisabeth Kubler). Il faut un certain temps pour que le senior franchisse ces étapes. Ce temps n’est pas vraiment compressible. Il peut y avoir des retours en arrière.
 
La perte de l’emploi est presque toujours une crise. Mais cette crise peut aussi être perçue comme une opportunité. Il faut changer son regard : changement de regard sur soi, changement de regard sur ses besoins, son environnement, ses valeurs, etc. C’est souvent dans l’adversité qu’un homme se découvre des talents. Il lui faudra sans doute inventer.


Se repositionner

Pour se repositionner, le chercheur (qu’il soit senior ou non) doit se placer au point de convergence de quatre contraintes. Trois lui sont propres : son expérience, sa personnalité, ses motivations. La quatrième lui est extérieure: c’est le marché.

Il ne faut pas se tromper d’objectif et bien définir l’intersection de ces contraintes. Cette intersection va être le champ d’investigation du senior en recherche. C’est aussi ce qu’on appelle le « projet professionnel ». La recherche demande d’apporter une grande vigilance sur ce point. Avis aux doux rêveurs !

Des études montrent que le temps pour trouver un nouvel emploi est lié au nombre d’entretiens de toutes natures. Dans ces entretiens, il faut avoir son rythme. Mais garder à l’esprit qu’il faut, en période de croisière, de l’ordre d’un entretien par jour, et qu’une recherche demande souvent au moins une centaine d’entretiens, et parfois bien davantage.


Les incontournables : donner envie, séduire

Ce sont les maîtres mots. Le senior doit donner envie de travailler avec lui. Il doit en même temps s’attacher à sentir si ses interlocuteurs auront envie de travailler avec lui, et réciproquement.

Le senior doit bien sûr se vendre. Cela passe par la séduction. Or, pour séduire, il existe une recette simple : donner aux autres l’occasion de parler d’eux-mêmes. Cela marche toujours. On passe alors pour quelqu’un d’intéressant, voire de brillant. Donc, il faut tordre le cou à l’idée que se vendre, c’est tchatcher. Non, au contraire : se vendre, c’est écouter, flairer. Il faut sentir si le projet que l’on propose convient à l’interlocuteur, ou s’il est possible de le faire évoluer à la marge pour l’ajuster


Les passages obligés

Il n’y a bien sûr pas de recette qui garantisse le repositionnement d’un senior, ou d’un chercheur d’une façon générale. Mais il y a des passages obligés, qui, bien que de bon sens, doivent toujours être à l’esprit du chercheur et de ses accompagnateurs.
- Un argumentaire pour un projet clair, exprimable oralement en trois minutes au maximum
- Une bonne activation du réseau, qui garantisse de rester dans le champ d’investigation défini en début de
recherche
- Une bonne posture par rapport aux objections ; autrement dit être prêt à répondre à ces objections, mais sans se tirer une balle dans le pied en les provoquant sciemment !

Il est aussi très important de ne pas rester seul. Il faut donc autant que possible avoir recours à une structure d’accompagnement, soit marchande (type outplacement), soit bénévole (association).


Au delà des incontournables : les pistes périphériques

Les pistes périphériques ont le mérite d’enrichir les approches classiques et les conseils habituels, en les décalant un peu par rapport aux discours traditionnels. Elles sont aussi une occasion de mettre de l’humain, voire de l’humour, tant dans la recherche et dans les relations qui se créent à son occasion, que dans la vie du chercheur.

1. Le chercheur peut prendre des avis, mais n’écoute pas les conseils ; il y en a trop, et souvent contradictoires.
2. Il ne doit pas hésiter à retrouver les amitiés perdues ; Internet est une source extraordinaire pour le faire ;ça marche.
3. Il doit prendre soin de lui : son look d’abord, sa formation, sa vie intérieure, son équilibre physique, sa famille, faire du sport, etc. ; tout ceci pour qu’il parvienne à être suffisamment bien dans son corps pour que cela se voie.
4. S’il ne les connaît pas, il doit se mettre aux nouvelles technos, de communication, de réseau et d’Internet
en particulier, mais sans se retrancher derrière son PC
5. Il doit apprendre à ne pas parler de lui, mais à parler de ses interlocuteurs et à les faire parler d’eux.
6. Il peut s’amuser à oser l’inattendu ; c’est une époque de sa vie formidable pour exercer sa créativité, voire son audace. En voici quelques exemples :

- A 59 ans, M. X a retrouvé un CDI en 5 mois. Il a ciblé un certain nombre d’entreprises et est allé les voir en leur présentant à chacune un plan sur ce qu’il se proposait de faire pour elles. Il ne leur parlait pas de son passé, de son CV, etc. Il leur parlait d’elles. …

- Chez un fabricant de chemises, le candidat avait réussi à se procurer le n° personnel, était tombé sur l’épouse du PDG, avait fait du charme, obtenu le n° du portable sur cette simple suggestion : « Il est étonnant que vous ne fassiez pas de chemises sur mesure ! » et avait été embauché. …
- Laveries automatiques linge hôtels et restaurants : le candidat avait montré l’influence des « soufflantes » sur la diminution du chiffre d’affaire …


La gratuité

La gratuité est importante. Pourquoi ? Parce que dans cette matière, les échanges ne sont pas symétriques. A aidera B. B aidera C. C aidera D. D aidera E. Et E se trouvera à aider A, qu’il ne connaissait pas. E ne connaîtra jamais ni B, ni C. E a connu D qui l’a aidé sans attendre de retour immédiat, de renvoi d’ascenseur.

Ainsi, il est important et payant à terme de retrouver la notion de gratuité, et tout particulièrement dans une période de recherche. Au plan collectif, cela nous permet d’être acteurs d’échanges dans une forme d’économie solidaire, non marchande, qui crée non seulement de la valeur, mais aussi du sens.


La solitude

Ce thème a déjà été évoqué plus haut. Le pire ennemi du chercheur d’emploi, c’est la solitude. Le chercheur d’emploi, et surtout le senior, doit trouver tous les moyens de casser sa solitude. Ce thème de la solitude peut être traité par la gratuité, le réseau, l’accompagnement ou d’autres approches.


Lutter contre les clichés

Il faut apprendre à répondre aux a priori silencieux. Ce sont les non-dits, les préjugés. Il ne faut pas les mettre sur la table directement, mais savoir les neutraliser par des exemples vivants. Pour s’entraîner, il faut rejoindre des groupes ou des ateliers d’accompagnement, professionnels ou bénévoles.


Créer son propre emploi ?

Le senior peut-il créer son propre emploi ? Là aussi, il n’y a pas de réponse simple, mais il faut battre un certain nombre d’idées en brèche.

Le senior candidat à être son propre patron doit être solide. Il doit bien sûr avoir un projet. Mais surtout il doit d’abord répondre à des questions qui tournent autour des clients. On remarquera que ce point est le plus souvent oublié dans la vulgate sur la création d’emploi. Les vraies questions à se poser sont : vais-je trouver des clients ? qui ? où ? comment ? sont-ils solvables ? vont-ils me payer ?

Cette question des clients, en cas de projet de création d’emploi, est la première à se poser.

La seconde question est la capacité à supporter la solitude ou à y remédier. Mais ceci - comme d’ailleurs l’existence et la formalisation du projet professionnel - n’est pas fondamentalement différent de la recherche d’un emploi salarié.

Les questions de statut juridique, sur lesquels les gens s’inquiètent souvent beaucoup, même de financement, sont du second ordre par rapport aux deux points précédents.

Une autre idée à laquelle il faut tordre le cou est celle du risque. Un senior qui réussit sa reconversion en créant son emploi, donc en ayant trouvé un moyen d’avoir des clients qui lui permettent de vivre, se trouve, contrairement à ce que l’on croit, dans une situation beaucoup moins risquée que son contemporain qui est salarié. En effet, le salarié dépend d’un seul donneur d’ordre : son entreprise. Il suffit d’un changement quelque part (direction, actionnaire, fait du prince, etc.) et il perd tout. Le senior auto-employé qui a plusieurs clients, a une capacité de résistance à la perte d’un de ses clients bien supérieure.


Donner envie, faire envie

Etre senior, c’est montrer une expérience, non exclusive d’esprit de nouveauté ; c’est être un « produit », être porteur d’un projet, voire d’un portefeuille de projets. Mais ce n’est pas « avoir un âge ».

Moi, en recherche d’emploi, lorsque je cherche et que je suis en face d’un recruteur potentiel, ou lorsque je vends, je dois donner envie. Je dois être force de proposition. Si je donne envie et que je suis force de proposition, mon âge importera peu.

Ce qui compte au fond, c’est ce qui va se passer dans ma tête : faire mon deuil d’une situation révolue, donner envie, entrer dans une dynamique de réseau, changer son regard, être imaginatif, et de nouveau, donner envie, même faire envie.

Alors, ce qui a pu être vécu comme un traumatisme pourra se transformer en opportunité. 

 

X-Mines-Consult
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Contacts : Henri CESBRON LAVAU X68 (Président) henri.cesbron-lavau@polytechnique.org
Jean-Michel YOLIN P 68 ICM (Vice-Président) jean-michel.yolin@mines-paris.org
Christian GALTIER X66 (Vice-Président) christian.galtier@polytechnique.org

 




 

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