Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue 169 - Big data : un nouvel Eldorado pour les telcos ?

Articles Revue TELECOM

-

15/07/2013



Big data : un nouvel
 

 
Eldorado pour les telcos ?
 



par Élie GIRARD dans la revue TELECOM n° 169
 

L’explosion des échanges et des traitements de données constitue un nouveau défi pour les opérateurs, mais leur ouvre également de nouvelles opportunités.



Prédire comment se comportera le marché boursier grâce aux tweets ? C’est ce que des chercheurs de l’Université de Californie ont testé en développant un algorithme qui permet, en les reliant à d’autres sujets, d’analyser les données échangées sur Twitter. Connaître les cours de bourse en s’appuyant sur une analyse de données sans lien direct apparent avec le monde financier a de quoi intriguer... Bienvenue dans le monde du Big data !



 

La finalité du Big data

Les exemples, parfois exotiques, voire même farfelus, de ce que peut apporter le Big data, (expression du coup malheureusement quelque peu galvaudée) sont infinis. En tant qu’industriels des télécommunications, que peut réellement nous apporter le Big data ? A offrir une expérience client plus personnalisée et contextualisée. Par exemple, de proposer une nouvelle offre, une nouvelle option, un nouveau service exactement au moment où le client en a besoin ou bien le contacter juste après la détection d’un incident de qualité de service et avant même qu’il s’en plaigne. Mais le Big data peut également aider les entreprises, tous secteurs confondus, à réduire les risques, à améliorer la prise de décision, à créer la différence grâce à l’analyse prédictive. Le Big data offre des perspectives de création de valeur insoupçonnées jusqu’ici.
 

Les technologies du Big data ouvrent de nouveaux horizons

La numérisation de l’économie a entraîné une croissance exponentielle des données disponibles. Selon IBM, 90 % des données disponibles dans le monde à ce jour ont été créées au cours des deux dernières années. La quantité double tous les deux ans et l’ouverture progressive des données des institutions et des entreprises dans le cadre de l’Open Data renforce encore ce phénomène (source IDC).

La valorisation de ces données est aujourd’hui possible grâce à de nouveaux outils qui, fondés sur des technologies clés (NoSQL, Hadoop, MapReduce, etc.), permettent un traitement plus rapide des données, y compris de données hétérogènes et non structurées. L’utilisation de ces nouvelles technologies utilisant des systèmes de traitement statistique plus puissants et d’algorithmes plus complexes permet en effet de capter, stocker, traiter et analyser des données hétérogènes (brutes, structurées, non structurées) en très grand volume. Ces technologies offrent le moyen de creuser plus profondément pour trouver de nouveaux modèles qui ne peuvent être détectés, en ayant recours aux outils traditionnels de Business Intelligence (requêtes, reporting, data warehouses).

Avec l’intégration de ces techniques analytiques dans les processus métier (marketing, vente, etc.), elles permettent également de restituer l’analyse de ces données sous forme d’informations intelligibles et utilisables par l’utilisateur final. A ce stade, l’enjeu est de réussir à intégrer cette dimension métier sans laquelle le Big data perd une grande partie de sa valeur ajoutée.
 

Un écosystème émergent

Les technologies du Big data existent déjà depuis quelques années et sont utilisées par des acteurs d’internet, majoritairement américains, les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) mais aussi Netflix, Yahoo, Twitter. Ces acteurs drainent un nombre croissant de données hétérogènes et sont capables de les traiter rapidement, de les visualiser et de présenter des résultats d’analyse intelligibles ou utilisables pour le client, interne ou externe, qui peut être un annonceur cherchant à pousser sa publicité au meilleur moment auprès du client final. Les fournisseurs de systèmes informatiques pour le stockage, le calcul (EMC2, HP, IBM, Oracle) ainsi que les fournisseurs de services de traitement analytique (SAS, SAP) se positionnent et proposent des offres commerciales. Toutefois, ces offres ne couvrent pas tout le spectre technologique de façon performante et les solutions proposées impliquent le plus souvent des partenariats. Les solutions les plus connues telles que l’environnement Hadoop proposent une partie du développement mais des applications spécifiques doivent y être ajoutées.

De très nombreuses start-up se sont positionnées pour offrir des applications métiers dédiées ou des applications de traitement, de visualisation et de présentation des résultats. La constitution de cet écosystème passe aussi par une formation accrue de statisticiens et de « data miners » : les universités américaines ont vu leurs départements dédiés à ces disciplines croître très fortement ces dernières années ; et il est important que l’Europe et la France en fassent de même rapidement.
 

Big data en quelques chiffres 

Le taux de croissance annuel moyen mondial du marché de la technologie et des services du Big data sur la période 2011-2016 devrait être de 31,7%. 

Le marché de la technologie et des services du Big data devrait ainsi atteindre 23,8 milliards de dollars en 2016 (IDC mars 2013). 

Le volume de données produites dans le monde : 1,8ZB en 2011 et 35 ZB en 2020 (IDC mars 2013) [Z = zetta = mille milliards de milliards]. 

Estimation des marchés (source Orange) : 
- le marché de l’identification, de l’authentification et de la sécurité serait de 65 milliards de dollars en 2017 ; 
- le marché du online & de la publicité mobile, du marketing et du business intelligence de 115 milliards de dollars en 2017 ; 
- 100 milliards de dollars de revenus, au cours des dix prochaines années, pour les fournisseurs de services utilisant les données de localisation personnelles (navigation, divertissement, la publicité mobile géo-ciblée, etc.). 

Le Big data représentera 8% du PIB européen en 2020 (AFDEL février 2013)


Une réserve de données à la portée des telcos


Le secteur des télécommunications en particulier connaît une croissance exponentielle des données : plus de 70 % pour les données mobiles contre 30 % pour les autres secteurs ! Les sources de ces données sont par ailleurs très variées.
Les terminaux mobiles, équipés des technologies comme le GPS, les puces RFID ou NFC pour le paiement sans contact, les capteurs (dans les domaines du M2M ou de « l’internet des objets »), conjugués aux usages de l’internet (blogs, wikis, réseaux sociaux) ont donné lieu à une production et à des échanges de plus en plus rapides de données hétérogènes, non structurées.

Les opérateurs possèdent également de très nombreuses données structurées : les sources de données traditionnelles de l’entreprise que sont les informations clients en provenance des systèmes de CRM et les données transactionnelles traitées par les ERPs.

Les données traitées en temps réel en provenance du réseau (trafic, qualité de service), ainsi que celles via les connections sur les plateformes (portails, transactions web, IPTV, VoD), constituent enfin des ressources immenses, plus importantes que celles des fabricants de tablettes ou des fournisseurs de contenus.
 

Des opportunités pour les telcos

Par la maîtrise des réseaux, du Cloud Computing et des Data Centers, les opérateurs accompagnent déjà cette croissance exponentielle des données, en particulier via l’infrastructure de stockage ; mais les nouvelles technologies de collecte de données, capables d’extraire la totalité de ces données, et surtout les nouveaux outils analytiques permettant de les traiter, ouvrent de nouvelles perspectives.

Une nouvelle approche de la relation client

La possibilité de mieux cerner le profil de leurs clients grâce aux technologies du Big data est l’occasion pour les opérateurs d’améliorer leur productivité en optimisant les services et en rendant leurs outils et procédures plus performants. La possibilité de prendre des décisions plus rapidement et de réagir en temps réel aux changements perçus dans le comportement de leurs clients donne un avantage concurrentiel incomparable dans le monde très compétitif des télécommunications.

Générer de nouveaux services

Si les technologies du Big data permettent à l’opérateur de traiter toutes ces données, de les corréler avec d’autres et de les analyser, l’information qu’il en retire crée de la valeur. C’est l’occasion pour les opérateurs de penser à de nouveaux services.

Dans une vision prospective, les opérateurs pourraient envisager des modèles innovants qui, en exploitant les gisements de données élaborées et prétraitées en interne (profils clients, géolocalisation, flux de navigation en temps réel) et ceux accessibles à partir du Web (base de données en Open Data, données issues de réseaux sociaux), constitueraient de véritables bases de données valorisées. Ces bases pourraient alors être accessibles par des tiers, favoriser le développement de services innovants et constituer un écosystème autour des opérateurs. Néanmoins, une telle évolution suggère de prêter une attention accrue à la protection et à la sécurité des données des clients.


De nouveaux services de sécurité


IDC estime dans ce nouveau contexte du Big data qu’une grande partie de l’univers numérique n‘est pas protégé, à hauteur de près d’un tiers des données. Le besoin de nouveaux services fondés sur la confiance, la protection des données personnelles, la sécurité, l’intégrité, le contrôle pourrait donner aux opérateurs un rôle crucial et légitime.

La maîtrise des coûts

Le Big data propose aujourd’hui un véritable CRM de nouvelle génération qui, en permettant d’identifier et de régler les problèmes des clients plus rapidement et parfois même avant qu’il ne sollicite le service clients, induit potentiellement une réduction de coût considérable.

En outre, le Big data, en traitant plus de volume à faible coût, est un moyen de réaliser en interne des économies de coûts : dans le domaine du stockage, par exemple, avec le passage du data warehouse d’aujourd’hui à des architectures de stockage distribuées sur des fermes de serveurs à faible coût.
 

Chez orange

De nombreux projets et expérimentations autour du Big data sont en cours chez Orange. Ils se construisent autour de thèmes comme la recommandation de contenus et d’applications, l’offre de capacités techniques pour les besoins internes, la gestion de la relation client. Par ailleurs, le développement de services internes comme l’analyse en temps réel des données de trafic, les analyses des données de communications mobiles ou bien les analyses des audiences TV sont déjà une réalité.

Dans un monde numérique en constante mutation, les priorités pour Orange restent la protection des données personnelles, le respect de la vie privée et la transparence vis-à-vis de ses clients.

A ce titre, Orange a mis en place en mars 2013 un comité de gouvernance spécifique, chargé de veiller au respect de sa politique exigeante en matière de protection des données personnelles et de respect de la vie privée.
 

Encore de nombreuses questions

Il reste encore de nombreuses questions liées notamment aux coûts du data mining (quel sera le degré d’investissement nécessaire pour le traitement des données ?) et à la capacité de mise en œuvre opérationnelle (par exemple, les moyens de collecte de ces données).

Au-delà des performances technologiques, l’évolution des compétences sera une des clés du succès. Les compétences techniques en matière de statistique, d’informatique, d’analyse business et Big data, de mise en œuvre et de maintien d’outils matériels et de logiciels tels que des bases de données et des programmes analytiques seront très recherchées. Mais aussi les compétences en conseil métiers capables d’analyser de grands volumes de données pour en tirer des analyses commerciales seront indispensables.

Les aspects règlementaires, juridiques et éthiques, comme le respect de la vie privée (CNIL), le droit commercial (autoriser ou non l’utilisation de certaines données en fonction des objectifs commerciaux) ou encore les risques plus ou moins élevés à la fois pour la personne concernée (atteinte à la vie privée, à la réputation, les préjudices financiers, les sollicitations non désirées) et pour l’entreprise (atteinte à l’image de marque, perte de clientèle, sanction administrative ou pénale) sont autant de questions incontournables dans la mise en œuvre du Big data.


L'Auteur


Élie Girard,
35 ans, est diplômé de l’École Centrale de Paris et de l’Université de Harvard.
Il débute sa carrière chez Andersen en tant qu’auditeur-consultant, avant de rejoindre le Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie à la Direction Générale du Trésor. De 2004 à 2007, il travaille notamment aux cabinets de Thierry Breton, Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, et de Jean-François Copé, Ministre délégué au Budget et à la Réforme de l’État, porte-parole du Gouvernement.
En 2007, il rejoint le groupe France Télécom-Orange et devient Directeur de cabinet du Président-Directeur Général, Didier Lombard. En 2010, Stéphane Richard, Directeur Général du Groupe, lui confie la responsabilité de l’élaboration du projet du Groupe, « Conquêtes 2015 », puis le nomme Directeur exécutif, membre du Comité exécutif du Groupe, en charge de la Stratégie et du Développement du Groupe.
Elie Girard est, par ailleurs, Président du Conseil d’Administration d’Orange Horizons et membre des Conseils d’Administration de Sofrecom, de GlobeCast et d’Orange Studio.



 

 

251 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Quels rôles jouent les technologies numériques dans l’évolution de la médecine du travail ? Groupe Santé#196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

Le numérique au service de la décarbonisation #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

DC Brain nommé au prix de la croissance #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril