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Revue 169 - La Data va-t-elle dévorer le monde ?

Articles Revue TELECOM

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15/07/2013



La Data va-t-elle dévorer

le monde ? 




par Ivan DE LASTOURS dans la revue TELECOM n° 169


Si le logiciel puis internet ont bouleversé la chaîne de valeur de nombreux secteurs, l'effet du Big data pourrait être au moins équivalent.

 

Le Big data est bel et bien là

Le marché Big data est estimé à sept milliards de dollars en 2013 selon le cabinet d’études IDC, le cabinet Gartner voit encore plus loin avec trente-quatre milliards de dollars de dépenses IT globales liées au Big data en 2013.
Les Etats-Unis représentent plus de 35 % du marché mondial et rassemblent la majorité des entreprises du domaine avec des clusters (pôle de compétitivité) très actifs notamment dans le Massachusetts.
L’année dernière plus de deux cent soixante millions de dollars ont été investis dans les start-ups basées sur des technologies Hadoop aux US. Les start-ups basées sur des technologies NoSQL (Not Only SQL intégrant des base de données non relationnelles) ont levé plus de quatre-vingt-dix millions de dollars. L’entreprise Splunk a été introduite au Nasdaq pour un montant de deux cent vingt-neuf millions de dollars. Plus de quarante acquisitions technologiques significatives ont été effectuées dans le domaine du Big data par les grands groupes informatiques (Google, Amazon, IBM, EMC…).

 

Une réaction française/ européenne présente, mais encore timide

Le Big data était encore très récemment qualifié de marché émergent en France. Les rares estimations du marché français tournent autour de quatre cents millions d’euros (softwares et services). Seuls les acteurs français de l’e-commerce ont lancé des projets Big data d’envergure. Les grands groupes sont loin d’être inactifs sur le sujet, mais le temps est encore à la définition des cas d’utilisation et à l’évaluation de la valeur des données.
L’état français a réagi avec un appel à projet Big data doté de plus de onze millions d’euros dans le cadre des investissements d’avenir. Les fonds de capital-risque sont sensibilisés aux sujets et ont commencé à investir, les grands groupes ont lancé des projets Big data ambitieux en interne… mais force est de constater que nous sommes en retard. Malgré ce retard la France est un des acteurs les plus dynamiques en Europe sur le sujet. Le marché français du Big data dispose d’atouts comme une excellente formation académique des data scientists (ces fameux ingénieurs de la data) et un marché qui montre de véritables signes d’éveil. Mais ce retard est-il si grave ? Juste après la folie du cloud, ne sommes-nous pas en plein buzz technologique ? Et après tout, pouvons-nous laisser un peu de temps au marché pour se restructurer ? Hélas non, il y a une certaine urgence et nous devons agir car la data risque de dévorer le monde !

 

Will Data eat the world ?

La data va-t-elle dévorer le monde ?

Software is eating the world” la formule de Marc Andreesen (capital risqueur reconnu et créateur de Mosaic un des premiers navigateurs web graphique) ne va-t-elle pas devenir sous peu “Data is eating the world ” ?
Si des secteurs comme la musique, le tourisme, l’éducation, la banque, le commerce de détail ont tous été bouleversés par l’apparition du logiciel et d’internet. Le Big data pourrait bien entraîner des bouleversements au moins équivalents dans la chaîne de valeur.

 

Une chaîne de valeur à nouveau « challengée »

Le web avait cassé la chaîne de valeur, des intermédiaires ont disparu (type grossistes en commerce de détail ou disquaires) et des géants de l’internet ont pris leur place. Le grossiste n’existe plus certes, mais il a été remplacé. La marge libérée n’est pas allée au consommateur, mais elle a été captée par Google et Amazon, pour de la vente de « visibilité » sur le web.
Le logiciel est allé plus loin et avait permis d’extraire le « fonctionnel » des entreprises, le fameux « métier » comme nous le nommons dans les services informatiques. Si certains « métiers » paraissaient intouchables comme les maisons d’édition, les récentes incursions d’Amazon dans le secteur de l’auto-publication nous prouvent que le logiciel dévore bien le monde.
Reste un dernier rempart…la connaissance fine du métier, celle du terrain, les informations qui font la différence, acquises au fil des années…ce fameux trésor : la DATA.
Cette data est précieuse, nous devons la protéger, la sauvegarder, la diffuser intelligemment, la valoriser…
Les entreprises européennes de par leur histoire industrielle, leur rayonnement international et leur adaptation aux marchés depuis plusieurs siècles ont des atouts, des savoir-faire et des données… il est urgent pour elles d’agir. L’avancée technologique des géants américains du web dans le Big data pourrait bien être une menace pour la chaîne de valeur de certains secteurs, pour l’indépendance et l’autonomie des entreprises.

 

Quelles solutions pour une entreprise européenne ?

Malgré cet avertissement les entreprises européennes ont tous les outils pour défendre leurs compétences et leur chaîne de valeur. Le développement d’une expertise interne est une nécessité pour des raisons de compétitivité et le soutien de la CNIL et de l’Europe dans leurs actions pour la protection des données est l’opportunité clé de valorisation du capital data de chaque entreprise.

Voici un plan d’action à destination des entreprises européennes :

✔ Instituer une culture de la valorisation et de la protection des données par des séminaires et formations ciblés.

✔ Définir un plan de recrutement des « data scientists » sur plusieurs années.

✔ Former vos ingénieurs aux technologies Big data car il n’y a pas de rupture technologique forte, mais de nouveaux outils.

✔ Faire un inventaire des datas, des traitements data, des traitements déposés à la CNIL. Redéfinir les procesuss.

✔ Participer aux séminaires, animer la communauté Big data, intégrer des associations professionnelles, créer un écosystème, intégrer des pôles de compétitivité…

✔ Protéger au mieux sa data, évaluez les data vendues à l’extérieur. Participer à des initiatives Open Data permettant de résoudre des problématiques spécifiques et créer une dynamique.

✔ Repenser la chaîne de valeur en misant sur l’innovation pour éviter toute cassure de celle-ci par un acteur tiers.

 

Les actions de l’institut mines-télécom et de télécom paristech

Dans la mise en place de ce plan d’action, les entreprises ne sont pas seules, car elles peuvent être soutenues et aidées par l’institut Mines-Télécom et Télécom Paristech. Que ce soit pour le lancement d’un projet collaboratif, pour définir un axe de recherche avec un laboratoire, pour la participation à des séminaires…

Le Big data a été défini comme une axe stratégique pour l’institut Mines-Télécom et de Télécom Paristech. Les actions suivantes ont déjà été entreprises : 

✔ Des activités de recherche sur le
 Big data sur le machine learning (équipes Moulines, Clemençon), les réseaux sociaux (équipes Balagué, Adlesalem), la visualisation (équipes Kermarrec)

✔ Des activités d’enseignement dont le lancement pour l’année 2013 d’un mastère spécialisé cent pour cent Big data (Gestion et analyse des données massives MS BGD dirigé par Stéphan Clemençon).

✔ Le lancement sous l’égide du ministère du redressement productif d’une plate-forme Big data mise à la disposition de la recherche et des entreprises. Cette plateforme doit permettre de développer les compétences et la recherche sur le Big data au niveau national. Cette plateforme est montée en partenariat avec le GENES (Groupe des Écoles Nationales d’Économie et Statistique regroupant l’ENSAE et l’ENSAI).

✔ Le lancement du projet européen CAP, qui est une plateforme collaborative Big data au niveau européen et qui implique des entreprises tel qu’Orange, Thales ou encore le groupe La Poste.

✔ Le lancement de la chaire « Valeur et politiques des données personnelles » (Chaire Levallois-Barthes) soutenue par des grands groupes français comme BNP Paribas, Dassault Systèmes ainsi que par la CNIL.

✔ l’accompagnement des startups des incubateurs comme Clirisgroup spécialiste des technologies de traitement d’images reposant sur du Big data (flux passants, entrants, vitrine, cheminement sur point de vente)

✔ l’entretien de relations privilégiées avec des PME innovantes du secteur comme Hurence ou Bluestone.

Toutes ces actions ne sont qu’un début…
 

Conclusion

Nous sommes aujourd’hui à un tournant, et il faut agir dès maintenant. L’Europe de par son statut de vieux continent a également un rôle important à jouer et doit donner l’exemple. Si les Etats doivent protéger les citoyens des « abus de la data », les entreprises doivent être des acteurs compétents et responsables dans le traitement de celle-ci. Vous aussi participez à la maitrise de la data pour saisir le tremplin offert plutôt que de se voir dévoré par elle !


L'Auteur


Ivan de Lastours 
travaille sur du financement de projets R&D à la direction de l’innovation de l’institut Mines-Télécom. Il travaille plus particulièrement sur les problématiques Big data et digital publishing. Il est ingénieur diplômé de l’Epita, titulaire d’un Master de gestion de l’université d’Aix en Provence et du Master Finance de l’ESCP Europe. ivan.delastours@mines-telecom.fr

 

 

 

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