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Revue 170 - Cinq grands défis pour l'automobile

Articles Revue TELECOM

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15/10/2013



Cinq grands défis

pour l’automobile






par Rémi Bastien dans la revue TELECOM n° 170


Depuis plus d'un siècle, l'automobile est au coeur de nos sociétés et accompagne ses grandes évolutions. Si elle veut être un moteur de progrès en matière de mobilité, l'automobile devra répondre à 5 challenges en termes de sécurité, d'environnement, de qualité de vie à bord, de liberté et de simplicité.


Depuis son invention en 1886 par Daimler, l’automobile a accompagné le développement de nos sociétés occidentales et elle a été une source de progrès pour l’humanité en permettant une mobilité individuelle et une grande liberté.

A la fin du XXe siècle, à partir des années 1980, l’image de ce produit qui avait entraîné une grande partie du progrès technique, qui faisait tant « rêver », qui était synonyme de liberté, a progressivement pâli, spécialement dans les pays industrialisés. La mortalité sur les routes, les encombrements, la pollution atmosphérique et plus généralement l’impact sur l’environnement ont fini par ternir l’image de l’automobile.

Au début de ce XXIe siècle, l’automobile doit donc se réinventer et s’adapter à l’homme et la planète, car ce besoin vital de mobilité autonome demeure et subsistera toujours. Le défi majeur reste alors de mener cette transformation profonde, de permettre à l’automobile de gommer ses effets négatifs pour continuer à être un formidable instrument de liberté, et donc une source de progrès pour l’humanité, pour toute l’humanité, et ceci en protégeant notre planète.

Pour réussir cette mutation, pour rester cette source de progrès, l’automobile est confrontée à cinq grands défis.

Commençons par la sécurité. Toutes nos sociétés recherchent de plus en plus le risque zéro, toutes nos sociétés expriment de plus en plus une aspiration à une sécurité maximale. Les pouvoirs publics en font une priorité, la mortalité routière n’est pas une fatalité, et les progrès récents montrent qu’un objectif de tendre vers zéro blessé grave sur les routes à terme n’est plus une utopie.

Dans les dernières années, les progrès les plus importants ont été concentrés sur la réduction du risque de perte du contrôle du véhicule (ABS pour le freinage, ESP pour le contrôle de trajectoire) et sur la protection des occupants des voitures en cas de choc mesurés par l’ Euro-ncap avec un système d’étoiles. Il subsiste encore des potentiels de progrès dans ces deux dimensions. Mais la rupture nécessaire pour tendre vers cet objectif long terme de « zéro blessé grave » est d’optimiser le système constitué de l’infrastructure et des usagers de la route.

Ce défi est formidablement motivant car c’est un vrai défi citoyen qui n’est pas hors de portée. Les progrès dans la connaissance de l’accidentologie, dans les différentes technologies et dans l’approche système intégrant l’infrastructure donneront des résultats spectaculaires, surtout s’ils sont conjugués avec une action continue sur les comportements des utilisateurs de la route.


Le deuxième grand défi réside dans la protection de l’environnement,
 au sens le plus large. L’impact environnemental de l’automobile revêt de nombreux aspects qu’il faut intégrer tout au long du cycle de vie des véhicules ; Impact sur l’effet de serre et donc sur le climat avec notamment un axe jugé prioritaire sur le CO2 ; Impact sur la santé dans les zones urbaines par les émissions toxiques, notamment les particules fines ou encore l’emploi de substances toxiques ; Impact sur les sols par les rejets industriels ; Impact sur la consommation des ressources rares de la planète. Le défi pour l’auto-mobilité ne peut donc être que de tendre vers « zéro impact » sur l’environnement et à un coût raisonnable.

Pour relever ce chalenge, la maîtrise du cycle de vie prend de plus en plus d’importance avec la montée en puissance du recyclage. Le recyclage est de plus en plus pris en compte des les premier pas de conception, afin de développer des pièces qui favorisent le démontage et le recyclage, et ainsi fermer la boucle matière. La recherche est très active dans ces domaines, car les véhicules en fin de vie sont en passe de devenir les mines de demain, destinées à fournir les matières pour les véhicules des générations à venir. Enfin, les recherches devront trouver des matériaux de substitution et, à chaque fois que c’est possible, renouvelables.


Troisième défi, beaucoup plus ludique, la qualité de vie à bord
 du véhicule, pour que le déplacement devienne un plaisir. Ce domaine est très vaste, puisqu’il s’agit de satisfaire à la fois le conducteur et aussi ses passagers. 

Pour ce qui est du conducteur, les progrès principaux seront dans la facilité de conduite et dans la sensation de maîtrise « au doigt et à l’oeil ». Ceci concernera l’immense majorité des conducteurs. Il restera aussi de la place pour des passionnés de sport automobile, mais ils devront exercer leur passion sur des circuits adaptés.

L’automatisation de la conduite est un axe de progrès qui fait l’objet de nombreuses actions de recherche mais aussi de nombreux débats. On conçoit assez bien qu’une voiture capable de se garer toute seule à sa place de parking sans l’intervention du conducteur est un progrès qui ne pose pas débat. Aller jusqu’à une automatisation qui prenne en charge le trajet complet depuis Paris jusqu’à Nice pose plus de questions, notamment en terme de responsabilités (mais aussi de panne, de sécurité par rapport à de nouvelles cybermenaces). Néanmoins si l’on considère une mobilité pour tous, certaines personnes handicapées ne seraient ainsi plus exclues.

Pour les autres occupants du véhicule, les passagers, Renault travaille à offrir une qualité de vie qui soit un prolongement du lieu de vie en leur donnant une continuité dans la télécommunication et du bien-être à bord du véhicule.

L’automobile n’a pas vocation à rester purement fonctionnelle. Elle peut encore faire rêver !


Quatrième enjeu majeur. Pour que l’automobile assure ce rôle
 de vecteur de progrès, il nous faut offrir cette mobilité à des prix de plus en plus abordables, notamment pour que ce progrès soit accessible à tous, et donc évidemment aux habitants des pays émergents comme l’Inde ou la Chine. Nous devrons savoir offrir une gamme plus étendue avec un contenu adapté à chaque région. La Dacia Logan a montré la voie en offrant un contenu juste nécessaire et a ouvert l’accès automobile à un très grand nombre. Et là encore, les constructeurs devront mobiliser toute leur ingéniosité pour trouver les techniques de production les plus efficaces, les plus simples, les plus économiques. L’industrie automobile est très fortement capitalistique et nécessite des investissements qui se comptent en centaines de millions d’euros. Un des défis majeurs est de revoir en profondeur les process de fabrication pour réduire fortement ces investissements. L’autre grand enjeu est de concevoir un système industriel mondial qui permette une fabrication au plus près des marchés. En effet l’impératif CO2 se conjugue mal avec des déplacements massifs de sous-ensembles ou de véhicules complets.


Cinquième et dernier défi, l’automobile dans un nouveau système
de mobilité, que l’on appelle l’auto-mobilité. Le modèle traditionnel est la possession du véhicule. Ce modèle subsistera, mais sera complété par un mode de partage et aussi une meilleure complémentarité des transports. Nous considérons qu’avec le développement des véhicules électriques et l’articulation avec les transports urbains ou interurbains, une nouvelle forme de mobilité va se développer. Le principe de l’auto-partage commence à faire son chemin, par exemple. Beaucoup d’acteurs du secteur automobile, du secteur des transports ou des technologies de la communication explore ce nouveau champ. Il faudra réunir de nombreuses conditions pour développer ce modèle à la fois très résistant aux agressions liées aux utilisateurs multiples, très facile à utiliser, à un coût d’usage très concurrentiel.

Ceci participera également à un accès à la mobilité à un plus grand nombre.

L’auto-partage ne sera évidemment pas le seul axe de cette nouvelle mobilité. Les réflexions concernent toute l’articulation entre les différents modes avec des systèmes permettant aux personnes de trouver immédiatement le meilleur moyen de se déplacer rapidement, en toute sécurité et au meilleur coût.


Ce cinquième enjeu n’est pas le plus simple. Il fera entrer l’automobile dans une nouvelle dimension, en étant intégrée dans un système au même titre que le vélo ou le TGV. Renault travaille, d’ailleurs depuis les années 1990 à devenir architecte de la mobilité.

Si l’industrie automobile et les autres secteurs qui lui sont connexes savent relever ces défis, alors, réellement, l’automobile a bien vocation à rester un fantastique moteur du progrès pour l’humanité et dans le respect de la planète.

Les moyens de relever ces défis devraient se concentrer sur les grandes percées scientifiques et technologiques qui se dessinent à l’aube de ce XXIe siècle. La réussite passera par l’intégration de ces technologies et par une approche systémique. Mais il faudra aussi savoir quitter le domaine de la technologie pour bien intégrer les biosciences, la connaissance plus intime de l’Homme, pour interagir avec le marketing, les services. En un mot pour s’ouvrir davantage aux autres champs.



L'auteur

Rémi Bastien
est diplômé de l’ECAM Lyon. Entré chez Renault en 1982, il est aujourd’hui Directeur de l’Engineering- Innovation, en charge des innovations et de la recherche. En 2012, il a été nommé, pour un mandat d’un an, Président du Conseil Européen pour la R&D Automobile (EUCAR).











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