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Revue 170 - L'automobile à la conquête du pétrole numérique

Articles Revue TELECOM

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15/10/2013



L’automobile à la conquête 

du pétrole numérique

 




par Aldric Loyer et Pascal Chiron dans la revue TELECOM n° 170

 

Dans un XXIème siècle de plus en plus numérique, l’art de l’utilisation des données est un facteur clé de succès. Comment l’automobile doit-elle s’adapter pour capter la nouvelle richesse de ce pétrole numérique ?

La voiture dans un monde connecté 

Nous sommes en train de vivre un véritable bouleversement dans le domaine de la connectivité automobile. Les capacités croissantes de communication, l’omniprésence des équipements nomades (smartphones, tablettes) et les possibilités offertes par le monde de l’internet (le Cloud) laissent présager l’émergence d’un nouveau monde numérique autour de la mobilité individuelle. En effet, la généralisation des technologies de communication et la baisse drastique de leurs coûts contribuent à l’interpénétration de ces différents domaines dans le but de partager données et services.

Signe de cette évolution de fond, on estime qu’en 2018, 75 % des véhicules vendus en Europe de l’Ouest seront connectés (étude SBD research 2013).

Ce bouleversement se traduit par de nouveaux usages, de nouveaux business et un nouvel écosystème autour de l’automobile. Il va conduire les acteurs du monde automobile à envisager un nouveau modèle d’entreprise au sein duquel les constructeurs automobile vont devoir se positionner en acteur privilégié s’ils ne souhaitent pas le subir et finalement se retrouver exclus de la nouvelle donne.
 

La maîtrise de la donnée au coeur des nouveaux usages

L’exploitation des données issues du véhicule dans une expérience connectée est un puissant levier pour offrir de nouveaux services ou enrichir des prestations automobile existantes. Ces données sont de différentes natures :

  • Données du véhicule : Informations issues de capteurs du véhicule (vitesse véhicule, température du moteur, etc.) et contrôles d’actionneurs (clignotant, avertisseur, etc.) ;
  • Données des personnes et objets : Informations issues des occupants du véhicule (identification du client dans et hors du véhicule, etc.) ;
  • Données de l’environnement : informations sur l’environnement proche du véhicule issues de capteurs externes (caméras, détection de pluie, température extérieure, etc.).

La captation de toutes ces données va permettre de développer de nombreux nouveaux business et la maîtrise de ces données sera la clef de la création de la valeur ajoutée de ce futur « pétrole numérique ».

Toutefois, la maîtrise des données de la voiture nécessite la mise en place d’éléments que le constructeur automobile semble être aujourd’hui le mieux à même de déployer :

  • Des dispositifs pour capter les données utiles dans et hors du véhicule,
  • Des infrastructures afin de récupérer et contrôler ces données.


Enfin, une stratégie d’innovation autour de l’exploitation de la donnée doit être menée afin de créer les nouveaux services à forte valeur ajoutée qui constitueront le moteur de ce « pétrole numérique ».
 

Une évolution nécessaire des systèmes embarqués de la voiture

Afin de développer les services connectés de demain, un certain nombre d’adaptations sont nécessaires dans les systèmes embarqués du véhicule. En effet, potentiellement, tous les organes électroniques du véhicule peuvent être impliqués dans des fonctions connectées dès lors que l’on souhaite étendre une prestation véhicule déjà existante à un usage en mode connecté.

On peut également constater qu’un grand nombre de prestations de connectivité nécessitent de pouvoir interagir à distance et en temps réel avec le véhicule, c’est-à-dire dans toutes les phases de vie du véhicule (véhicule en parking, véhicule à l’arrêt, véhicule en roulant, véhicule en maintenance, …) et quelle que soit la distance entre l’utilisateur et son véhicule.

Pour répondre à ce besoin, un certain nombre d’exigences doivent être satisfaites :

  • Disposer d’un équipement télématique toujours en veille et interrogeable à distance assurant le meilleur compromis entre disponibilité et consommation d’énergie électrique ;
  • Pouvoir réveiller les équipements électroniques au juste nécessaire afin de maîtriser la consommation d’énergie et la décharge de la batterie véhicule ;
  • Pouvoir accéder à toutes les données du véhicule depuis l’équipement télématique : les données concernées doivent pouvoir être diffusées via les réseaux numériques du véhicule ;
  • Disposer d’une capacité de stockage temporaire pour les données volumineuses pouvant impacter des fonctions de base de la voiture (Par exemple pendant la mise à jour du logiciel d’un calculateur moteur) ;
  • Disposer de canaux de communication performants, voire temps réel ;
  • Disposer d’un mode de communication point à point autonome entre le véhicule et des équipements nomades.
 

Des freins encore à lever

Les constructeurs automobiles offrent de plus en plus de services connectés, mais ces services sont généralement spécifiques à un seul constructeur et très dédiés à une fonctionnalité spécifique. Les solutions de communication entre le véhicule et le monde extérieur ainsi que l’accès aux données véhicule restent basés sur des solutions propriétaires.

Dans le même temps, le monde de l’électronique embarqué offre un très large éventail d’applications liées à la mobilité mais sans lien direct avec les données du véhicule.

Un autre obstacle réside sans doute dans la différence considérable entre le cycle de vie automobile et celui des équipements « grand public » :

Un équipement nomade devient obsolète en moins de 2 ans et chaque génération apporte une avancée significative en termes de puissance de calcul, de capacité mémoire ou de qualité de capteurs (microphone, caméra).
 

Un programme véhicule neuf dure 4 ans

La pénétration dans le parc des véhicules neufs est lente : il faut 11 ans pour renouveler le parc à 75 %.

Enfin, le caractère privé des données portées par le véhicule (destinations, vitesses, …) comme l’interaction forte avec des organes sécuritaires (freins, airbag, …) rendent impératif de concevoir et d’implémenter les mécanismes de sécurité les plus efficaces, comme par exemple un système de gestion de certificats numériques.


Vers un système ouvert et standardisé, mais maîtrisé

En réponse aux obstacles sur le chemin du véhicule connecté, un levier à instruire est la capacité à proposer un environnement de développement d’applications permettant de disposer d’interfaces avec les données du véhicule. L’objectif étant de permettre à un maximum d’acteurs de créer de nouvelles applications, de nouveaux services, voire de nouveaux usages.

Il s’agit pour cela de fournir à la communauté des développeurs le moyen de développer autant d’applications souhaitées et de libérer la créativité sur une très grande diversité d’apps à l’image de l’offre actuelle sur Smartphone. Ceci étant un virage par rapport à l’approche actuelle des constructeurs automobiles qui préfèrent focaliser leurs efforts sur un très petit nombre d’applications à forte valeur ajoutée. Un large ensemble de données véhicule (capteurs, actionneurs) sera donc défini et rendu disponible, mais cela dans le cadre d’un modèle économique spécifique où les constructeurs automobiles pourront valoriser ces données auprès de fournisseurs de services qui pourront, à leur tour, bénéficier des avantages d’un large accès aux clients ainsi qu’à leur mobilité.

Avec le concept que PSA est en train de mettre en œuvre, l’ouverture des données à des tiers n’empêchera pas le constructeur automobile de garder la maîtrise des données produites ou consommées par ses véhicules en assurant leur sécurisation afin notamment d’éviter toute atteinte à la vie privée des personnes.

Le domaine des fonctions d’aide à la conduite (ADAS) est une bonne illustration du potentiel qu’un tel kit de développement peut permettre. Les fonctions ADAS sont naturellement intégrées au véhicule dans leur version la plus aboutie et la plus rigoureuse. Elles sont aussi de plus en plus complexes et donc de plus en plus coûteuses. Ainsi, des fonctions ADAS plus simples et plus abordables peuvent également être envisagées via l’usage d’un appareil nomade connecté à la voiture et disposant d’une interface adaptée à la conduite automobile. Evidemment, il ne peut certainement pas s’agir de fonctions qui agissent sur la dynamique du véhicule, mais un espace existe pour des fonctions exclusivement informatives telles que la détection de panneaux, d’hypovigilance, voire d’humeur du conducteur. Seule la créativité de l’écosystème pourra limiter l’apparition de nouvelles fonctions et de nouveaux services.

Un environnement de développement ouvert et standardisé


 


Les auteurs



Aldric Loyer
est ingénieur diplômé de l’ISEP. Il a rejoint PSA en 2000 au sein du département des systèmes d’information où il a contribué au déploiement d’outils et de méthodologies d’aide à la conception de systèmes embarqués et notamment autour de la mise en place du standard AUTOSAR à PSA. Il a ensuite rejoint le département de recherche et d’innovation de PSA en tant que responsable du département des innovations électronique et logiciel. Depuis 2012, il est responsable des innovations liées à la connectivité, l’infotainement, l’audio et la télématique.




Pascal Chiron
est Ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale de Lyon. Il est rentré chez PSA en 2000 au sein du département après-vente où il a participé à la conception des systèmes de diagnostic après-vente. En 2007, il a rejoint le département recherche et ingénierie avancée où il a dirigé un ensemble d’innovations dans le domaine des systèmes embarqués. Il est désormais responsable prospective pour l’électronique et la connectivité.

 

 

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