Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue 170 - Telematics, l'Internet of Cars Enjeux & Avenir

Articles Revue TELECOM

-

15/10/2013


Telematics, l’Internet of Cars

Enjeux & Avenir

 




par Alexis Ferrero (1987) dans la revue TELECOM n° 170

 

Après de nombreuses années de gestation, la Telematics est à l’aube de sa rationalisation, tant technique que commerciale

 

Au sein du domaine des communications inter-machines (M2M), versant mobile, se situe la Telematics (parfois appelée l’Internet of Cars (IoC), en référence à l’Internet of Things (IoT).

Le terme Telematics en anglais a un sens bien différent du mot français Télématique introduit par le rapport Nora-Minc en 1977. Il traite de l’implémentation de solutions Télécoms & IT embarquées dans un véhicule (principalement automobile), donc associées, mais pas limitées, au GPS et aux solutions de navigation connectées.

Il s’agit aujourd’hui d’un secteur qui, émergeant il y a 25 ans, est encore en devenir, car peu ou pas structuré à l’échelle géographique, et non-rationalisé tant sur le plan des acteurs et fournisseurs, que sur celui des technologies et standards.
 

La Telematics

Tout le monde connaît la partie visible du sujet, bien répandue aujourd’hui : les GPS intégrés au tableau de bord des constructeurs automobiles, et les PND à fixer à l’aide d’une ventouse sur le parebrise, guidant le conducteur et l’avertissant des zones de danger. Mais le domaine est bien plus étendu que cela.

Au delà de l’usage grand public, il possède un pendant professionnel, avec les boîtiers permettant la communication temps-réel avec le véhicule.

Ces solutions permettent, selon, de tracer et/ou de communiquer avec un véhicule utilitaire (taxi, ambulance, camion-benne, autobus, véhicule de leasing, etc.), de fournir un service de sécurité (avec des “mouchards” embarqués dans le tableau de bord, capables d’alerter un central), de relever des informations sur le type de conduite avec des capteurs spécifiques (à destination des assurances, ou pour optimiser la conduite).

Il y a de plus un certain nombre de réglementations récentes ou à venir, tel le système d’alerte/SOS (eCall en Europe), ou encore la facturation des poids-lourds selon leur utilisation du réseau routier (écotaxe), qui participent à dynamiser le domaine de la Telematics.
 

Composants

Toutes ces solutions requièrent plusieurs blocs fonctionnels : 

Un petit boîtier embarqué
doté d’un récepteur GPS (ainsi que Glonass, et bientôt Galileo), d’une connectivité cellulaire (2G, et de plus en plus fréquemment 3G), de capacités de traitement courantes (CPU, mémoire), de senseurs (accéléromètres, éventuellement gyroscope), et naturellement, s’il est placé sur le tableau de bord, d’un écran tactile + quelques boutons. Ce boîtier pouvant être relié à différentes interfaces internes du véhicule : système média (son, vidéo, pour les IVI), climatisation, vitres électriques, voire à des interfaces beaucoup plus spécifiques : port OBD-II & bus CAN (permettant de suivre vitesse «mécanique», consommations temps-réel du carburant, etc.), mais aussi : vérin de benne hydraulique, capteurs, signaux lumineux, tachygraphe, taximètre, lecteur d’iButton pour authentification, etc. Il peut aussi disposer d’autres types de connexions radio en plus de son modem 2G/3G : BlueTooth pour échanger des data ou relayer la voix avec un smartphone, Wi-Fi, pour offrir une cellule aux terminaux portables situés dans le véhicule, FM pour émettre de l’audio sur le tuner. Enfin, on le souhaitera doté d’une batterie si l’on désire qu’il continue à “reporter” périodiquement quand le véhicule est en stationnement.

Un logiciel embarqué
capable d’échanger avec un système central, à l’aide d’un protocole optimisé (les contraintes Télécom du monde de la Telematics étant une connectivité de qualité peu prévisible, en terme d’accès, comme de vitesse de transfert). A noter que le débit des abonnements data M2M est généralement commercialement limité à quelques MégaByte par mois.

Les capacités de ces logiciels sont très variables, allant d’un système rudimentaire “fermé “qui transmet les chiffres prévus périodiquement, à de véritables plates-formes, configurables et capables de faire évoluer le traitement local par programmation ou par adjonction d’applications «clients» embarquées.

Une solution de serveurs centraux,
permettant de gérer une flotte plus ou moins conséquente (on trouve assez na- turellement des solutions SaaS, Cloud based pour obtenir une « scalabilité » effective et une indépendance vis-à-vis du point géographique de connexion). La partie SW dé-barquée accueillant naturellement les applications métiers et pouvant servir de passerelle vers d’autres plates-formes applicatives.

On notera pour les équipements dotés d’un écran, que les définitions précé- dentes correspondent plus ou moins à un sous-ensemble des spécifications d’un smartphone ou d’une tablette, confirmant une forme de concurrence implicite avec les environnements iOS et Android.
 





Acteurs & Solutions

A l’instar de la Set-Top-Box ADSL du domicile, qui a été un point focal de concurrence pour les OS grand public (MS-Windows MediaCenter, etc.), les chaînes Hi-Fi connectées, et finalement remporté par les FAI grand public avec leur modem-ADSL/Cable, la Telematics est aussi un point focal pour les ambitions de plusieurs types d’acteurs, à savoir:

  • les équipementiers automobile, four- nisseurs, entre autre, des calculateurs embarqués, pilotant les organes vitaux du véhicule (injection, freinage, etc.) ;
  • les OEM multimédia (audio, radio, DVD), pouvant ambitionner de deve- nir la principale interface graphique du véhicule ;
  • les fournisseurs de cartographie de navigation ;

  • les constructeurs de smartphones, lesquels apportent la connectivité 3G et un AppStore déjà fourni ;
  • les opérateurs Télécom qui voient en la Telematics un moyen de commerciali- ser leur offre M2M et de vendre un ser- vice complet, au-delà de l’abonnement « data » ;
  • les éditeurs d’applications (y com- pris spécialisées : zone de danger, place de parking, station essence) mais aussi le contenu multimédia (audiothèque, annuaire contacts téléphoniques) ou au- tomobile (consommation de carburant, suivi mécanique/diagnostic) fourni par un boîtier spécialisé qui peut communi- quer en USB ou BlueTooth.

Au final une bataille très éclatée entre un grand nombre d’acteurs, avec des spécialisations régionales (telles que CDMA, typologie des risques pour les assurances, législation) qui entrave les déploiements à grande échelle.

Les tentatives de standard (Genivi Alliance, IEEE 802.11p WAVE) ayant souvent une volonté de privilégier un constructeur ou un consortium, aucune n’a véritablement émergé, même si Apple semble vouloir prendre pied dans le secteur à présent.

Les prémices des révolutions du domaine automobile, les Véhicules Electriques (EV), mais surtout les DriverlessCars (GoogleCar), auront inévitablement un impact majeur. Les voitures sans chauffeur nécessiteront des capacités de type V2V ou V2I, qui permettront aux véhicules de communiquer directement entre eux, pour s’éviter de manière plus sure aux intersections ou en dépasse- ment, réguler/optimiser le trafic, se synchroniser sur le passage des feux, etc. qui vont bien au-delà du périmètre actuel de la Telematics.
 

Services émergeant 
& concurrents potentiels

Les applications que l’on peut construire sur la Telematics sont innombrables, et loin d’être toutes identifiées. C’est bien dans cette diversité et cette innovation que réside le parallèle avec le monde des Smartphones.

Au cœur des services géolocalisés (LBS), on trouve des solutions de covoiturage (CarPooling) qui présentent l’avantage d’être quasi-temps-réel, de taxi / chauf- feur privé (Uber) des solutions d’ecodri- ving (éco-conduite), d’échange de places de stationnement, de mesures et reporting de sa propre conduite (dans la lignée du quan- tified-self).

Le cas des assurances est assez particu- lier. Grâce à un boîtier Telematics em- barqué en deuxième monte, l’assureur peut disposer de données concrètes pour juger la conduite de son client-as- suré, ajustant ainsi ses prix en fonction de relevés objectifs et non de préjugés (âge, sexe, métropole/province), comme l’ambitionne les nouveaux modèles UBI, PAYD, PHYD.

L’assureur peut aussi surveiller de ma- nière fiable la position du véhicule à l’intérieur d’un périmètre donné (cas des pays où le vol reste/devient un fléau), mais aussi le comportement d’un véhicule au moment d’un accident (on rejoint aussi ici le domaine des caméras placées derrière le pare-brise (DashCam), témoin des situations extrêmes).

D’une manière générale, la valeur du service repose sur la taille de la communauté, et sa dynamique. Le succès de Coyote il y a quelques années, et le montant du rachat récent de la société Waze par Google sont des exemples tangibles de le reconnaissance par le marché du potentiel commercial de la Telematics et sa maturité prochaine.
 

Défis et business model de demain

La grande majorité des solutions actuelles résulte du développement adressant chacune un besoin vertical bien particulier constituant ainsi globalement un environnement fragmenté, en silos, avec une grande hétérogénéité de fournisseurs et de parties prenantes, sans émergence de standards technologiques universels, sans réutilisation possible des composants, sans véritable facteur d’échelle, et quasiment sans capitalisation sur les acquis. Cette immaturité du secteur, résultant pour beaucoup des divergences des grands acteurs (constructeurs plutôt “protectionnistes”, répartis sur plusieurs zones géographiques) expliquant la lenteur de son développement.

C’est aussi un secteur pour lequel les constructeurs automobiles et leurs équipementiers (pour la première monte) sont soumis à de nouvelles contraintes à l’opposée de leur métier traditionnel (durée de développement, exigence des processus de qualification, règle de sécurité, cycle de vie des produits). La technologie cellulaire, par exemple, connait plusieurs générations au cours de la durée de vie d’un véhicule (8 ans en moyenne)

Parallèlement, c’est aussi, depuis peu, un secteur challengé par le monde des smartphones, les opérateurs mobiles et les éditeurs d’applications, qui viennent occuper les véhicules de façon transitoire, et présentent des Apps, pas nécessairement robustes, ni dédiée à l’environnement Automobile, mais dotée d’une ergonomie avancée.

Le monde de la Telematics apparaît bien à l’aube d’une uniformisation et d’une rationalisation, qui, à travers des regroupements, permettra implicitement d’atteindre des seuils critiques, avec la normalisation des briques de base, et enfin le déploiement de quelques solutions majeures capables de s’accaparer le gigantesque marché annoncé.

Dans cette perspective, demain les revenus seront tirés de l’ARPU de l’usager/ client en fonction de sa fidélité (stickiness). Avec une concurrence d’autant plus rude, l’uniformisation du marché, la vente ou l’abonnement d’une solution Telematics (boîtier et/ou application) ne permettra plus de dégager une marge suffisante pour la plupart des acteurs. On voit poindre des modèles de revenu-sharing entre acteurs, partagés entre le fournisseur de la plate-forme technique, et les éditeurs d’applications ou de services qui s’appuient sur celle-ci, qui n’est pas sans rappeler le modèle introduit avec l’iPhone, dans lequel le HW et le data plan sont relayés au statut de composant, et où sont valorisés dans les opérations de M&A, la teneur de la relation avec l’utilisateur, le capacité de profiling et la communauté, plus que la technologie.

Cette révolution du Business Model pouvant se propager jusqu’à la commercialisation du véhicule, faisant place à une notion de client “abonné” (véhicules disponibles à la demande, tel qu’Autolib), et où le revenu n’est plus nécessairement unitaire et en amont de l’usage.
 

Lexique

ARPU : average revenue per user
CAN : Controller area network 
EV : Electric Vehicle 
FAI : Fournisseur d’accès internet 
GPS : Global Positioning System 
HW : hardware

IVI : in-Vehicle infotainment lbS : location based Service 
MB : Megabyte 
M&A : Merge & acquisition 
OBD : on board Diagnostic 
OEM : original Equipment Manufacturer 
PAYD : Pay as you Drive 
PHYD : Pay how you Drive 
PND : Portable navigation Device 
SW : Software 
TSP : Telematics Service Provider 
UBI : usage based insurance 
V2I : Vehicle to infrastructure communication 
V2V : Vehicle to Vehicle communication 
WAVE : Wireless access in Vehicular Environments


 

L'auteur


Ingénieur Telecom ParisTech & eMBA HEC, Alexis Ferrero (1987) a plus de 25 ans d’expérience, dont une majeure partie en tant que CIO dans diverses grandes entreprises, Directeur Technique dans des start-up HighTech et chez un opérateur Internet. Il est aujourd’hui DGA dans une PME innovante du domaine de la Telematics.


 




.

256 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Quels rôles jouent les technologies numériques dans l’évolution de la médecine du travail ? Groupe Santé#196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

Le numérique au service de la décarbonisation #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

DC Brain nommé au prix de la croissance #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril