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Revue 171 - Carrière technique/carrière manageur, faut-il choisir ?

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014



Carrière technique / carrière

manageur, faut-il choisir ?





Dans la revue TELECOM n° 171


Jihane et Loïc sont deux élèves de la promo 2014. Ils entrent donc en troisième année, avec plusieurs expériences de stages et de projets à leur actif (dont un projet d’innovation réalisé dans le cadre du programme First de la Fondation Télécoms).

Nous leur avons demandé ce qu’ils entendaient dans l’expression «métier technique», et comment ils envisageaient leur carrière entre technique et management. Leurs témoignages montrent qu’un étudiant aujourd’hui perçoit diverses opportunités, et construit sa formation à partir de cette perception.




Est-ce que la technique vous fait rêver ? et le management ?

Loïc Galvier (2014) : Ce qui me fait rêver, c’est l’innovation en lien avec les nouvelles technologies. Je préfère avoir une bonne vision globale des nouvelles technologies et utiliser ce savoir comme outil de création de valeur, d’innovation et de gestion de projet.
J’ai commencé par étudier les mathématiques appliquées au biomédical, à la finance et j’ai ensuite développé des modèles pour la performance des réseaux. Je travaille également sur des statistiques, de l’analyse prédictive et des problématiques de Big Data. En soi cet apprentissage est intéressant sans pour autant me faire « rêver », mais mesurer l’impact des implications de ces connaissances techniques sur la vie « de tous les jours » est encore plus stimulant. Je parle de mettre en place un modèle, l’inclure dans un projet global (compréhension des besoins, innovation, proposition d’une solution, performance, marketing), et en faire une solution intégrée à un produit global.
J’ai donc choisi un cursus de Management des Nouvelles Technologies, qui permet de replacer la technique au sein d’un processus plus long de compréhension de besoins, d’établissement d’une solution, d’évaluation des performances et des conséquences. Je suis aujourd’hui des cours « techniques pour le manager ». La « technique » aujourd’hui, je la vois comme l’outil digital de transformation des besoins, des offres et des entreprises. Est ce de la « technique », est-ce du « management » ? Je ne crois plus qu’aujourd’hui cette distinction-là soit pertinente.

Qu’est-ce qu’un métier d’ingénieur pour vous aujourd’hui ?

Déjà, ce n’est pas un métier de technicien. L’ingénieur est un homme de projets et d’innovation.
Il est capable d’intégrer des considérations techniques (conception et réalisation) à un projet plus global qu’il peut gérer avec des outils efficaces. Il sait s’adapter et mener à bien un projet en s’appropriant de manière organisée des connaissances nouvelles, parfois hors de sa zone de confort. C’est ce qui lui permet d’innover en accord avec l’environnement technologique en perpétuelle mouvance. Je pense également que cette « ouverture » lui permet - dans le cadre d’un projet – de faire du lien entre divers acteurs de la chaîne : production, marketing, finance, management, qualité. 

Démarrer par un job technique en sortant de l’école, c’est le paradis, l’enfer ou le purgatoire ?

L. G : Pour moi, ce serait l’enfer ! J’ai eu l’expérience du développement en C++ dans un immense open space, dérangé par le bruit, stimulé par les ondes négatives qui émanaient des erreurs révélées par mon compilateur. Et sans grand « soutien » de la hiérarchie. Je pense que notre formation nous donne lesoutils pour aller plus loin et de nous diversifier. En termes de développement personnel, c’est une nécessité !
Aujourd’hui, je travaille sur un projet de réalité augmentée auquel j’intègre toutes les problématiques de business et de technique au sens auquel on l’entend encore aujourd’hui. Je cherche aujourd’hui à faire du management de projet technique dans le biomédical.
 

Dans l’idéal, souhaiteriez-vous devenir manageur le plus vite possible, un jour, ou plus tard ?

L. G :Le plus vite possible, c’est plus intéressant d’avoir une vue d’ensemble sur toutes les maillons de la chaîne de création d’un produit ou d’une innovation.
J’ai l’impression que les entreprises se hiérarchisent toujours en silos, avec d’un côté les profils techniques, et de l’autre des profils managériaux. D’une part, une DSI souvent isolée au sein d’une division financière, et d’autre part, la direction et les « métiers ». Pour avoir travaillé sur des missions d’audit, il est clair qu’aujourd’hui ces entreprises gagneraient d’une part, à améliorer la transmission de l’information au sein de leur structure, croiser les compétences et mobiliser celles des ingénieurs qui peuvent allier technique et management, et intégrer des ingénieurs sur l’ensemble des étapes de la chaîne de création de valeur (depuis la conception de l’idée, jusqu’à la vente en passant par la gestion du projet).
Un bon manager intégrant les deux profils (technique et managérial) sera plus efficace qu’un manager et un ingénieur qui travaillent ensemble. Le couple geek-business est un couple gagnant ! Dans l’entrepreneuriat, j’ai des exemples à profusion. Google a apprécié mon profil pour cette double vision technico-managérial. Pour les citer : « vous savez développer un produit, le coder, le vendre et en faire un business ! C’est ça un ingénieur chez Google maintenant ».
Quand on me dit, « avez-vous plus un profil technique ? », j’avoue ne pas bien comprendre la question ! Elle est hors sujet ! Les entreprises et les modes de pensés sont bousculés par une transformation digitale forte, et on gagne plus à la diversification des profils qu’à la spécialisation poussée. La « Technique » évolue en ce sens, et il ne faut pas confondre « technique » et « savoir-faire technique ». Les enjeux sont nouveaux et différents.



 



Jihane Khouzaimi (2014)
« Je suis actuellement en stage dans un cabinet de conseil en systèmes d’informations. Je
 suis amenée à cotoyer des équipes qui gèrent les DSI des entreprises clientes et je suis donc en contact à la fois avec des profils purement techniques et des managers. Pour moi, il s’agit de deux profils complètement différents et les choix de carrière ne suivent pas les mêmes critères dans les deux cas. Une première catégorie, celles des personnes qui n’aiment pas ou ont des appréhensions vis-à-vis de la technique, s’oriente naturellement vers le management. En revanche, les ingénieurs qui aiment la technique n’y font pas automatiquement carrière ou alors se lancent en ayant souvent en tête l’idée de rebasculer plus tard dans le management.

Les profils techniques sont souvent passionnés et font vraiment ce qu’ils aiment à longueur de journée. Cependant, la culture des entreprises françaises les met dans une position d’exécutants, ils ne gèrent que leur périmètre sans devoir se soucier des problématiques d’intégration de leur travail dans l’ensemble du projet qui implique souvent plusieurs départements de l’entreprise. Le salaire de l’ingénieur en technique est également en ligne avec cette vision d’exécutant.

La responsabilité du projet est attribuée au manager qui est censé avoir du recul sur les besoins finaux et qui a pour mission de cadrer le travail de l’exécutant en conséquence. Son travail est alors plus mis en valeur et le salaire est évidemment supérieur. De plus, un ensemble d’intermédiaires assurent la communication entre ingénieur en technique et manager, ce qui réduit la qualité du rendu final. Dans d’autres pays, comme les Etats-Unis, les deux profils semblent plus complémentaires et travaillent ensemble dans une grande proximité sans qu’un rapport hiérarchique ne soit automatiquement établi sur le seul critère de la nature du profil.

Je suis personnellement convaincue, de par mon expérience à Télécom ParisTech, que les carrières techniques requièrent plus de compétences que le management. Les étudiants les plus brillants que j’ai connus à l’école ont pris la peine d’approfondir un domaine technique, ce qui n’empêche pas de développer des compétences en management soit par le biais des cours proposés par l’école soit par des expériences extra-scolaires. D’ailleurs, les profils techniques se reconvertissent très facilement et assez naturellement dans le management tandis que l’inverse ne se produit que très rarement.

Je pense que le choix entre ces deux domaine dépend fortement des priorités de chacun. Si la passion, l’intérêt pour le sujet du métier est primordial alors il ne faut pas hésiter à se lancer dans une carrière technique. Cependant, si le salaire est également un critère important alors il faudra à mon avis penser à faire la transition un jour ou l’autre. Dans tous les cas, un manager qui a déjà fait de la technique sera plus valorisé qu’un manager qui n’y a jamais touché. »

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