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Revue 171 - Comment le secteur spatial fait-il face à la crise ?

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014



Comment le secteur spatial

fait-il face à la crise ?

 



par Pascale Sourisse (1986) dans la revue TELECOM n° 171


Le domaine spatial reste un secteur dynamique malgré la crise économique. Plusieurs facteurs expliquent cette relative résistance au cycle baissier  qui affecte aujourd’hui l’environnement économique mondial.

Tout d’abord, le spatial répond à des besoins réels et renouvelés qui concernent toutes les couches de la population. Il sert les attentes de l’utilisateur final qu’est le citoyen comme celles des états pour lesquels il est garant d’indépendance et de souveraineté. Télécommunications civiles ou militaires, observation de la Terre, météorologie, gestion de l’environnement, localisation, applications stratégiques, les satellites sont présents au quotidien et les besoins sont en constante évolution.

Les télécommunications par satel-lite sont aujourd’hui tirées par une recherche constante d’amélioration de la qualité de la télédiffusion (TVHD, 3D...). Elles participent également à la réduction de la fracture numérique sur les zones sous-équipées ou non équi-pées en réseaux terrestres performants. Elles permettent le développement des communications via les mobiles et la distribution de l’Internet haut débit et des télécommunications militaires sur les théâtres d’opération.

Les satellites d’observation de la Terre haute résolution optiques ou radars répondent aux besoins d’accroître toujours plus la précision des données des prévisions météorologiques, de mieux faire face aux grandes problématiques environnementales en supervisant l’évolution de notre planète, de mesurer les conséquences de catastrophes naturelles ou industrielles. Par ailleurs, ces satellites permettent de fournir des données de plus en plus pertinentes sur les zones sensibles du point de vue militaire.

Mais, si les besoins sont bien identifiés, les acteurs doivent faire face, quand il s’agit de les satisfaire, à une contrainte économique qui oblige chacun à optimiser ses investissements. Qu’ils soient grands ou petits opérateurs, étatiques ou institutionnels, publics ou privés, les clients ont dû repenser la manière de bâtir leur capacité satellitaire. Les industriels, quant à eux, doivent mettre davantage l’accent sur l’innovation en proposant à leurs clients des services toujours plus flexibles. Ils doivent aussi les accompagner pour trouver avec eux les solutions les plus optimisées en matière de budget sans jamais relâcher leur effort en matière de compétitivité. De ce point de vue, l’Europe n’est pas épargnée, puisque ses industriels doivent aujourd’hui faire face à leurs concurrents historiques américains, mais également à l’entrée de nouveaux acteurs, le plus souvent issus de pays émergents.

L’effort d’optimisation en matière d’investissement peut prendre plusieurs formes. A l’instar de la France et de l’Italie, certains pays européens n’hésitent plus à s’associer pour mutualiser leurs besoins dans le domaine de la défense.



Défense & Sécurité. Satellite : SICRALVue d’artiste du satellite Sicral en orbite, avec ses panneaux solaires déployés. Sicral est un système satellite italien de télécommunication complexe, com-posé de satellite, d’un Centre de Contrôle à Vigna di Valle et de plus de 100 terminaux utilisateurs entre les plateformes terrestres, navales et aériennes. E. Briot ©THALES ALENIA SPACE



La réponse industrielle au développement de la coopération spatiale militaire franco-italienne est aujourd’hui vivante grâce à Thales Alenia Space, entreprise commune entre Thales (67%) et Finmeccanica (33%), qui agit dans le domaine des télécommunications ou de l’observa-tion avec succès. Ainsi, les programmes de télécommunications SICRAL 2 et ATHENA-FIDUS et d’observation de la Terre MUSIS (CSO1 et CosmoSkyMed) ont permis à Thales Alenia Space de consolider son intégration en France et en Italie aussi bien dans le domaine des télécommunications (la gamme de satellites a été renouvelée et est partagée entre les deux pays), que dans celui de l’observation (technologie optique en France et radar en Italie). Si l’on regarde vers le futur, cette coopération franco-italienne (qui pourrait être ouverte à d’autres pays européens) est un cadre naturel pour le développement de la prochaine génération de satellites de télécommunications de défense et de sécurité français (COMSAT-NG). Dans le domaine de l’observation de la Terre, un échange capacitaire va se poursuivre et être amélioré en matière d’interopérabilité puisque les satellites de nouvelle génération CSO (optique) et COSMO NG (radar) devraient être opérationnels aux mêmes dates.

Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget 2013
Stand Thalès au Salon International de l'Aéronautique
et de l'Espace du Bourget : pleiades.fr.instrument.

 

La dualité est une autre réponse à ce besoin d’efficacité économique. Elle peut prendre la forme de plateformes affectées à des usages à la fois civils et militaires. Thales Alenia Space a ainsi fourni des satellites de télécommunications duaux dans de nombreux pays comme la Corée et le Brésil, ou les Emirats Arabes Unis. Il construit actuellement Athena Fidus pour le CNES et l’Agence Spatiale Italienne et a été sélectionné cette année pour développer le programme de satellite gouvernemental SGDC au Brésil. L’observation de la Terre se prête, elle aussi, aux missions duales comme l’illustre le programme Pléïades en France ou le programme CosmoSkyMed, en Italie, répondant à la fois aux besoins du Ministère de la Défense italien et à ceux de l’Agence Spatiale italienne à des fins environnementales.

La dualité peut aussi prendre la forme de missions complémentaires assurées par des charges utiles secondaires montées à bord d’un satellite dédié à une mission principale (Hosted payloads). Thales Alenia Space a une grande expérience de ce type de mission qui nécessite une grande flexibilité de la part de la charge utile et une grande robustesse de la plate-forme. Cette approche est également exploitée par la société Iridium qui vient de lancer l’initiative Iridium PRIME. Il s’agit d’adjoindre à la constellation Iridium NEXT (80 satellites), initialement destinée aux communications vers les mobiles, de nouvelles plateformes emportant des charges utiles spécifiques, afin de mettre l’inter-connectivité de l’ensemble de la constellation au service de nouvelles missions telles que l’observation de la Terre, de la climatologie ou encore de la surveillance maritime.

Dans cet environnement de contrainte, les industriels du spatial peuvent heureusement compter avec le dynamisme insufflé par des marchés nouveaux, à croissance rapide, en Asie, en Amérique Latine, au Moyen-Orient et en Afrique. Ainsi, certains grands pays émergents comme le Brésil et la Russie – qui bénéficie déjà d’une longue tradition spatiale – se sont dotés de plans spatiaux ambitieux ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour les industriels. Si l’expérience accumulée par les acteurs historiques du secteur leur donne un avantage, ces derniers doivent aussi s’adapter à la nouvelle donne internationale et entendre le souhait des Etats émergents de développer un potentiel industriel local en devenant eux-mêmes des acteurs du spatial.

Aux industriels historiques de tenir compte de ces enjeux et de proposer à ces clients potentiels des transferts de savoir-faire, de compétences et de technologies. Ces attentes trouvent une résonnance dans la stratégie à long terme d’une entreprise comme Thales, qui fait de la croissance dans les pays émergents un axe prioritaire de son développement. De ce point de vue, la Russie offre un très bon exemple de ce qu’il est possible de faire. En 20 ans, Thales Alenia Space a en effet bâti une coopération solide avec les acteurs de premier plan comme ISS Reshetnev et Gazprom Space Systems. Avec ISS Reshetnev, les liens historiques ont été confirmés par la création d’une co-entreprise qui fabriquera des équipements aussi bien pour le marché russe que pour l’export.

Ingénieux par la nature même de leur activité intensive en capital technologique, les industriels du secteur spatial montrent au quotidien qu’ils savent diversifier leurs modèles économiques, étendre leur offre, reconfigurer leurs interactions… C’est aussi cette agilité qui permet de faire la différence dans un environnement économique mondial aussi exigeant que le nôtre.


1/Composante Spatiale Optique, suite d’Hélios


L'auteur


Pascale Sourisse (1986)

Directeur Général, Développement International de Thales 
Diplômée de l’École Polytechnique et de Télécom ParisTech, Pascale Sourisse a commencé sa carrière par des fonctions de direction à France Telecom, Jeumont-Schneider et la Compagnie Générale des Eaux, ainsi qu’au Ministère de l’Industrie. Elle a rejoint Alcatel en 1995 et devient en 2001, Président-directeur général d’Alcatel Space, puis en 2005 PDG d’Alcatel Alenia Space devenu en 2007 Thales Alenia Space. En 2008, elle prend la direction des activités Systèmes C4I de défense et sécurité de Thales avant de se voir confier début 2013 le développement international du Groupe. Pascale Sourisse est Officier de la de la Légion d’honneur et Commandeur de l’Ordre du Mérite. Elle est administrateur des sociétés Renault et Vinci et Présidente du Conseil d’Ecole de Télécom ParisTech.

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