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Revue 171 - De Sup'Télécom à Télécom ParisTech

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014

 
 

De Sup’télécom à

télécom Paristech



par Jean-Claude Merlin (1973) dans la revue TELECOM n° 171


Décrire, dans un simple article, l’évolution, dans les 50 dernières années, d’une école plus que centenaire est une gageure. C’est pourtant ce que va tenter de faire l’au-teur de ces quelques lignes qui a été successivement, à Télécom ParisTech pendant cette période, élève (de 1960 à 1962), enseignant vacataire (de1963 à 1973) et en particulier membre du Comité de l’enseignement, acteur de la formation continue (de 1963 à 1975), directeur (de 1985 à 1988), membre de la tutelle (de 1998 à 2003), enfin membre assidu du Conseil d’administration de l’association des anciens élèves (jusqu’en 2010) et responsable du Bureau carrières (de 2003 à 2006). des « postes d’observation » très différents, certes, mais complémentaires...


D’une école spécialisée à  une école généraliste

L’évolution la plus importante est sans doute celle qui a fait passer l’Ecole en 50 ans d’une école d’ingénieurs spécialisée, voire très spécialisée, à une école généraliste.

En effet, il faut se rappeler que l’origine de Télécom ParisTech remonte à la créa-tion en 1878 de l’Ecole Supérieure de Télégraphie destinée à former les fonctionnaires du Service technique des Postes et Télégraphes, puisque ces deux branches appartiennent à la même administration. L’EST recrute déjà à la fois en tant qu’école d’application de l’Ecole Polytechnique et par concours externe, voire par concours interne à l’administration. Ce schéma perdurera jusqu’à nos jours, avec des évolutions sensibles, bien sûr. Devenue en 1888 l’Ecole Supérieure des PTT, c’est typiquement alors une école profession-nelle formant le personnel supérieur de l’administration et notamment les ingénieurs.

En 1945 naît l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications qui restera une école de spécialistes jusqu’en 1968. Elle forme exclusivement des ingénieurs, la formation des cadres administratifs étant du ressort de l’Ecole Nationale Supérieure des PTT.

C’est à partir de 1968 que se fait la mutation vers une école d’ingénieurs généralistes. Cette évolution se manifeste de deux façons : d’une part au niveau de l’enseignement qui non seulement se modernise mais également intègre des disciplines telles que les sciences humaines, économiques et sociales ; simultanément, les méthodes d’enseignement évoluent avec l’introduction d’une plus grande responsabilisation des étudiants par le biais notamment des projets. D’autre part l’évolution se manifeste par l’élargissement des débouchés dont bénéficient les diplômés qui se voient offrir de nombreux postes dans des secteurs tels que la finance, le conseil, etc., leur expertise et leurs connaissances des technologies de l’information et de la communication y étant fort appréciées.

Au niveau de l’enseignement, encore actuellement, si la première année reste l’année de formation assurant la transition à la sortie des classes préparatoires, la deuxième année s’affirme comme l’année-clé de la formation de l’Ecole, tandis que la troisième année est plus orientée vers non pas une vraie spécialisation mais plutôt un approfondissement dans un domaine donné, avec de nombreux modules optionnels d’enseignement.

Parallèlement les promotions augmen-tent sensiblement. D’une centaine dans les années soixante (dont presque un quart de fonctionnaires) les promotions sortantes passent à environ 550 diplômés (dont non seulement les ingénieurs qui sont plus de 250 mais aussi notamment des docteurs, des masters et des mastères spécialisés à Bac + 6.


La recherche

Une autre évolution importante et déci-sive de Télécom ParisTech a été l’introduction d’une activité de recherche.

Jusque dans les années 1960, les seuls laboratoires de l’Ecole étaient les laboratoires de travaux pratiques. Au tout début des années 1970, apparaît pour la première fois à l’Ecole un laboratoire de recherche, dédié au traitement du signal. Désormais, les activités de recherche vont se développer dans différents domaines liés aux pôles d’excellence de l’Ecole. Support de l’enseignement, qu’elle contribue grandement à moderniser et dynamiser, la recherche permet simultanément aux enseignants de s’épanouir et la notion d’enseignant permanent fait rapidement place à celle d’enseignant-chercheur.

Pour ne citer qu’un exemple, dans le domaine de l’électronique, pendant le demi-siècle considéré, on est passé des tubes électroniques aux puces contenant des millions de circuits, en passant par les transistors, les circuits intégrés comportant une dizaine puis quelques milliers de circuits, etc. L’Ecole a pu, grâce à la recherche, suivre cette évolution et passer ainsi de l’étude des tubes, puis des transistors, à la conception de circuits complexes par ordinateur, enfin à la conception de systèmes entiers.

Participation à des colloques internationaux, dépôt de brevets, dans les domaines d’excellence des laboratoires de recherche  – traitement du signal, traitement des images, informatique, réseaux, communication, électronique, etc.- autant d’occasions de nouer des partenariats (y compris avec le CNRS sous forme d’unités associées) et de communiquer vers l’extérieur en faisant mieux connaître l’Ecole, ses activités et le profil de ses diplômés.

S’introduit simultanément la possibilité d’utiliser les laboratoires pour y accueillir des «  thésards  » qui vont y préparer un doctorat. Rapidement, l’excellence de l’Ecole dans ce domaine conduit à lui donner l’autorisation de délivrer seule le titre de Docteur.

A la fin des années 1980, l’organisation de l’Ecole se structure autour de départe-ments liés aux activités de recherche, qui abritent en même temps les options de 3ème année et l’enseignement des Mastères spécialisés.

La recherche devient dans les années 1980 un support essentiel pour la création d’entreprise et un incubateur, utilisant les enseignants-chercheurs comme conseillers des jeunes entrepreneurs, est mis en place ; il ne cesse de se développer depuis et son rayon d’action a été étendu à l’ensemble des écoles de ParisTech (voir plus loin). 

Actuellement environ 45 brevets et 35 logiciels constituent le porte-feuille de l’Ecole.


L’international

De longue date l’ENST a accueilli des élèves étrangers, souvent liés à des accords de coopération. A l’inverse, rares étaient dans les années 1960 les élèves qui allaient faire des stages à l’étranger.

La proportion d’élèves étrangers s’est sensiblement accrue depuis et atteint mainte-nant au total plus de 40% (et même 50 % dans le cas des Mastères spécialisés) avec un accroissement des étudiants en provenance de pays européens. L’ouverture de la délivrance du doctorat a également attiré un nombre croissant d’étudiants étrangers, ce titre étant mieux reconnu par eux et leurs pays que le diplôme d’ingénieur «  à la française  ». C’est le cas notamment des étudiants chinois.

Parallèlement, les étudiants de l’ENST font de plus en plus souvent des stages à l’étranger (ils sont maintenant quasi obligatoires) surtout en entreprise (Etats-Unis en particulier). Ils font aussi dans certains cas leur 3ème année dans une université étrangère dans le cas d’accords bilatéraux.

Les échanges avec d’autres établissements d’enseignement supérieur à l’étranger ne commencent à voir le jour que vers la fin des années 1960 avec la signature d’un accord avec l’Université de Stuttgart. Il faudra attendre le courant des années 1970 pour que d’autres coopérations se nouent avec diverses universités étrangères. Actuellement ces échanges concernent plusieurs dizaines d’établissements.

Il est à noter qu’en 1977, en grande partie sous la pression de forces gouvernementales « décentralisatrices » et aussi pour protéger l’ENST d’une décentralisation autoritaire, fut mise en place l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications de Bretagne à Brest, avec pour objectif de former des ingénieurs en télécommunications à vocation «  ingénieurs d’affaires  » et plus particulièrement orientés vers l’international. S’il est vrai que ce fut l’orientation initiale de l’Ecole, très rapidement celle-ci dériva vers une école plus généraliste, à l’instar de l’évolution qu’avait connu l’école parisienne.

Enfin, il faut noter, après quelques tentatives plus ou moins avortées d’écoles en coopération internationale (Institut Théseus, Ecole franco-polonaise de Poznan), la création à Sophia Antipolis d’EURECOM, initialement en partena-riat avec l’Ecole polytechnique Fédérale de Lausanne devenu depuis un partenariat multilatéral, y compris industriel et essentiellement européen.

Il n’en reste pas moins que la visibilité à l’international devient rapidement un sujet de préoccupation important. Cela se manifeste dans les dénomi-nations successives de l’Ecole (voir le paragraphe sur la communication) et par la recherche d’une taille critique, la dimension d’une grande école à la fran-çaise étant négligeable à côté de la taille des universités étrangères notamment anglo-saxonnes. Cela conduit dans un premier temps à fédérer les différentes écoles de télécommunications de même obédience (voir la DEST puis le GET) mais aussi au souhait de participer avec d’autres écoles à la mise en place d’un pôle pluridisciplinaire   – ParisTech   - dont c’est l’une des vocations principales.


La relation avec les entreprises

Les entreprises ont commencé assez tôt à être « clientes » des anciens élèves de l’ENST ; Mais si, au départ, il s’agissait surtout des entreprises de l’industrie des télécommunications, dès le début des années 1970, des sociétés de sec-teurs de plus en plus variés, y compris dans le domaine des services, se sont mises à recruter à la sortie de l’Ecole, appréciant la formation reçue et son évolution généraliste.

Les fonctions exercées vont de la recherche et développement au marketing, en passant par l’informatique, les réseaux, le conseil, etc.

De ce fait, la communication de l’Ecole et de son association d’anciens s’est tournée vers ce type de débouché. Les élèves eux-mêmes ont pris ce virage et dès le début des années 1980 les « forums » qu’ils organisèrent connurent un vif succès.

Actuellement, ces relations se manifestent notamment par des conférences organisées à l’Ecole, par la mise en place de « Chaires » et enfin par des offres d’emploi transmises au Bureau Carrières.

Parallèlement, la formation continue fait son apparition. Commencée dans les années 1960 sous la forme de séances de « recyclage » essentiellement suivies par des fonctionnaires des PTT et des ingénieurs sortis de l’Ecole depuis un certain nombre d’années, ce furent à partir des années 1970 des sessions de formationcontinue suivies par des cadres d’entreprises soucieux de se remettre à niveau dans le domaine des nouvelles technologies. Est ainsi apparue une nouvelle source de revenus pour l’Ecole.

Enfin, la création d’entreprise est devenue un nouveau débouché et a été encouragée par la mise en place d’un incubateur. Actuellement, près de 50 projets sont accompagnés chaque année.
 

L’évolution des structures

Au début des années 1960, l’ENST est encore une branche de la Direction des Services d’Enseignement de la Direction Générale des Télécommunications (DGT). L’ENST y est représentée par un Directeur des études.

La période de 1968 entraîne à l’Ecole comme ailleurs des remises en cause importantes. La concertation est introduite. Elle se manifeste par la mise en place à l’Ecole d’un « Comité de l’Enseignement », structure de concertation entre la direction de l’Ecole, les élèves et les enseignants. Y sont examinées toutes sortes de sujets relatifs à la vie de l’Ecole et à la pédagogie, y compris les problèmes de redoublement et d’éventuelles exclusions… Parallèlement, la concertation avec l’aval, les employeurs, est mise en place en instituant un « Conseil de Perfectionnement ».

La réforme de 1970 confirme l’évolution tant sur le plan de la pédagogie, avec l’introduction significative d’enseignants permanents, que sur celui de la recherche (voir le paragraphe sur ce sujet).

Simultanément, au début des années 1970, est créée la Direction de l’Enseignement Supérieur Technique (qui deviendra très vite en 1971 Enseignement Supérieur des Télécommunications) et l’ENST a droit à un Directeur Délégué. Ce n’est qu’en 1978 que l’Ecole est dirigée par un Directeur à part entière, toutefois rattaché à la DEST (Direction de l’Enseignement Supérieur des Télécommunications).

La DEST coordonne ainsi l’ENST, l’ENST de Bretagne et l’INT (Institut National des télécommunications) créé en 1979 pour former les cadres techniques et administratifs non ingénieurs de la DGT et devenu lui aussi progressivement généraliste. Pour s’y retrouver par rapport à la situation actuelle, ces 3 écoles sont maintenant respectivement Télécom ParisTech, Télécom Bretagne et, pour ce qui concerne l’INT (initialement divisée en deux écoles, l’une d’ingénieurs, l’autre de gestion) Télécom Sud-Paris et Télécom Ecole de Management.

Dans le même temps, l’ENST noue des relations avec les autres grandes écoles, notamment parisiennes, et fait partie de la Conférence des Grandes Ecoles mise en place en 1973 pour coordonner les réflexions et travaux des grandes écoles et effectuer des démarches d’intérêt commun.

Fin 1997, le changement de statut de l’opérateur historique de Télécommunications devenu France Télécom conduit à un rattachement des écoles d’enseignement supérieur au Ministère de l’Industrie, avec la mise en place d’une structure de coordination dénommé « Groupe des Ecoles des Télécommunications » (GET), qui prend la relève de la DEST. Le GET est placé sous la tutelle du Conseil Général des Technologies de l’Information (CGTI) du Ministère de l’Industrie. Un Administrateur général est chargé de la gestion de l’ensemble tandis que la tutelle est assurée par un « Directoire » présidé par le Vice-Président du CGTI et comprenant les Directeurs des écoles. Le GET devient en 2009 l’Institut Télécom.

Enfin, en début 2012, suite à la fusion des corps des mines et des télécommunications, l’Institut devient Institut Mines-Télécom et fédère l’ensemble des écoles des mines et des écoles des télécommunications. Le CGTI devient CGEIET (Conseil Général de l’Economie, l’Industrie, l’Energie et les Technologies). C’est la situation actuelle.
 

La communication

La communication n’a malheureusement pas toujours été le point fort de l’Ecole.

Au début des années 1960 et pendant près d’un quart de siècle, malgré le nom « officiel » ENST de l’Ecole, l’habitude avait été prise, au sein de l’Ecole, dans les classes préparatoires, voire chez les employeurs, d’utiliser le vocable de « Sup’Télécom ». Il y a même eu du papier à en-tête avec cette dénomination.

En 1988, après consultation d’un Conseil en communication, et déjà pour des raisons de visibilité à l’international, il est décidé de dénommer l’Ecole « Télécom Paris » et de communiquer sur cette appellation, tout en conservant le nom officiel d’ENST. Un logo est promu et utilisé largement sur tous les supports. Cette situation perdurera jusqu’en 2008 où la mise en cohérence des marques des écoles du GET (devenu Institut Télécom) et la montée en charge de ParisTech conduisent l’Ecole à adopter la dénomination et le logo associé de « Télécom ParisTech » toujours en vigueur.

Parallèlement, l’Association des anciens élèves, qui contribue largement à la communication, notamment auprès des institutions qui emploient les anciens, essaie de suivre le mouvement… Initialement dénommée « AAIENST », vocable à la limite du prononçable (Association Amicale des Ingénieurs de l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications), elle opte au milieu des années 1980 pour « AIST » (Association des Ingénieurs de Sup’Télécom) ; prise « en fourchette » par la migration vers « Télécom Paris », elle décide de conserver quand même AIST, dont presque personne ne connaît la signification mais qui est facilement mémorisable, en évitant soigneusement d’utiliser le développé. En 2008, elle s’aligne sur le nouveau nom de l’Ecole et, pour marquer le fait que les anciens ne sont plus uniquement des ingénieurs mais plus généralement des diplômés, elle adopte la dénomination (et le logo proche de celui de l’Ecole) de « Télécom ParisTech alumni » toujours utilisée aujourd’hui.
 

Et après ?

En 2008, l’Institut Télécom s’est engagé dans le projet du « Campus Paris-Saclay » initié par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Confirmée par l’Institut Mines-Télécom, cette participation lui permettra de contribuer en particulier aux domaines des sciences et des techniques de l’information et de la communication (STIC), des mathématiques et des sciences économiques et sociales. Télécom ParisTech est évidemment une des parties prenantes importante.

Parmi les 23 partenaires, on compte notamment l'Ecole Polytechnique, l'INRIA et l'ENSTA ParisTech.

Le projet de bâtiment vient d’être approuvé et l’architecte choisi. L’implantation de l’Ecole à Saclay est prévue pour 2017.

Il ne reste plus qu’à attendre cette échéance décisive pour juger de la pertinence de cet engagement qui devrait placer enfin l’Ecole dans une trajectoire internationale reconnue. C’est en tous cas le souhait le plus cher de l’auteur.
 

L'auteur

Ingénieur général des télécommunications, Jean-Claude Merlin (1962) a commencé sa carrière au Centre National d’Etudes des Télécommunications (CNET). Il a ensuite rejoint la Direction commerciale de la Direction générale des Télécommunications devenue depuis Orange, où il a eu la responsabilité des applications du Minitel autres que l’annuaire électronique. De 1985 à 1988, il a dirigé l’ENST (devenue Télécom ParisTech). Il a été ensuite DRH de CSEE, puis Directeur général de l’APEC, avant de terminer sa carrière au Conseil Général des Technologies de l’Information (CGTI) au Ministère de l’Industrie. Fidèle de Télécom ParisTech alumni, il en a eu de 2003 à 2006 la responsabilité du Bureau carrières.

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