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Revue 171 - Des choix de carrières différents, regard sur le monde des SSII

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014


Des choix de carrières

différents, regard sur

le monde des SSII



par Jean Mounet, Vice-Président SOPRA Group,
Ancien Président du SYNTEC Numérique – Fondateur de Pasc@line dans la revue
 TELECOM n° 171

 
Qu’il se spécialise dans la technique, l’expertise ou le management, l’ingénieur reste un ingénieur tout au long de sa carrière et c’est une bonne nouvelle !
 
Un ingénieur reste un ingénieur, même s’il «  grandit  » en prérogatives managériales  : prenons l’exemple de l’informaticien en SSII. En sortant d’Ecole, on va demander au jeune ingénieur de « faire de la technique », puis s’il réussit, il va devenir «  petit  » chef de «  petit  » projet, puis chef de projets de plus en plus importants, et ainsi de suite. A ses talents techniques on va lui demander d’ajouter des compétences d’avant-vente mais surtout des compétences de coordination, d’animation d’équipe, qui pourraient nous faire croire qu’il s’éloigne voire qu’il perd en technicité. A mes yeux, il n’en est rien : c’est grâce à ses expertises qu’il va pouvoir évaluer le travail accompli par ses équipes, qu’il va pouvoir faire les bons choix, prendre les décisions adaptées. En d’autres termes, même si la part de technique pure s’amenuise au vu des tâches effectuées, c’est quand même ce background technique qui lui permet d’être pertinent autant en interne dans son management et sa gestion que vis à vis des clients grâce à une autorité de compétences qu’il peut mettre en avant. J’irais même jusqu’à dire, au risque d’oublier (et ils ne m’en voudront pas) certains contre-exemple que j’ai croisés dans ma carrière, qu’un Directeur de Business Unit sera meilleur grâce à son bagage d’ingénieur car il a de meilleurs réflexes : il sait de quoi il parle, il sait comprendre les enjeux, les risques, les ressorts de la motivation des équipes. Car je crois beaucoup au cumul des expériences qui, années après années, projets après projets, forge la performance.


J’ai aussi rencontré des ingénieurs qui ont opté pour la filière de l’expertise, du «  spécialiste  ». Et là encore leur expérience cumulée fait qu’ils se «  bonifient  » à plusieurs niveaux  ; je m’ex-plique  : non seulement, ils deviennent l’expert d’une technique (le big data, la mobilité,...) parce qu’ils ont creusé le sujet à maintes reprises et dans différents environnements, mais aussi ils maîtrisent l’application de leur spécialité à un domaine. Par exemple, ils vont exceller dans les systèmes de «  paiement sans contact  ».C’est encore plus vrai si ces ingénieurs ont eu l’envie de participer à des communautés, des conférences, qu’ils ont pris le temps de se former, d’actualiser leurs connaissances  ; ainsi ils se seront fait bon an mal an une « réputation »

Je suis tout à fait conscient, et je le regrette, que l’ingénieur français qui reste dans des fonctions techniques ne bénéficie pas en général d’une image fabuleuse, si l’on sort de son environnement professionnel direct. Etudes ingrates et difficiles, perspectives de carrière peu valorisées aux yeux du grand public, désaffection des populations féminines pour la filière technique dès le bac (alors qu’elles réussissent très bien dans nos métiers), ce constat amère me semble caractéristique des pays occidentaux. En Inde et en Chine en particulier, être ingénieur, c’est le « Graal ». Le nombre impressionnant d’ingénieurs sortis chaque année des universités asiatiques nous fragilise à terme. Il est vrai que nous avons souffert longtemps d’une pénurie d’ingénieurs en SSII  ; c’est un peu moins vrai depuis 2 ou 3 ans à cause d’une croissance économique moindre.

Et pourtant, je rencontre chaque jour des ingénieurs, quelle que soit leur maturité, qui travaillent sur des projets in-formatiques et qui sont épanouis. Pour en avoir discuté souvent avec eux, un énorme facteur de motivation est leur passion pour le projet, la curiosité intel-lectuelle qu’ils entretiennent au quotidien. Un autre « moteur » est leur rôle de « mentor » ; en encadrant leur équipe, ils font passer leur savoir-faire à des juniors et ainsi ont le sentiment de transmettre. Il me semble enfin que la qualité des relations entre le directeur de projet, par exemple, et la hiérarchie joue fortement sur sa motivation  : le sentiment d’avoir une influence sur la marche et les succès de la Société, la façon d’être récompensé de ses efforts, la complémentarité qu’il est possible de jouer avec des « non-techniciens  » pour gagner des affaires, sont autant de facteurs qui fournissent de l’énergie à nos ingénieurs.
 
Oui, on peut faire de très belles carrières en ayant opté pour la filière technique : je côtoie des directeurs de programmes, par exemple, auxquels on confie des projets de plus en plus complexes, qui sont légitimes en quelque sorte à 360°, aussi bien en interne qu’en externe, et qui ne bénéficient certes pas d’un pouvoir hiérarchique immense, mais d’une autorité d’influence certaine et reconnue. Ils ont souvent la cinquantaine, ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à manager eux-mêmes, mais on y tient et on veut les garder !

Pour ces ingénieurs qui ont choisi de rester dans la filière technique, l’avenir me semble plutôt ouvert mais à plusieurs conditions : la rapidité des mutations technologiques leur impose de rester dans la course technique et il faut pouvoir suivre et se remettre en cause. Celui qui fera la différence c’est celui qui deviendra, au-delà de sa compétence technique, l’expert de cette technique appliquée à un marché, à un secteur : c’est cette double casquette qui fera la différence. Et enfin, si cet ingénieur, au fil de sa carrière, fait preuve d’une richesse humaine et relationnelle incontestée, il pourra se prévaloir d’être un « manager-expert » accompli et n’aura rien à envier à ceux qui ont choisi d’autres trajectoires professionnelles.

L'auteur


Ingénieur de l’École Supérieure de Chimie de Lyon, Docteur-ès-sciences physiques, diplômé de l’Université de Stanford (USA) en marketing stratégique, Jean Mounet a occupé plusieurs fonctions au sein du groupe Bull avant de rejoindre SOPRA Group dont il est actuellement vice-Président. Il a été également Président du SYNTEC Numérique pendant 7 ans et a fondé l’association Pasc@line, destinée à promouvoir les métiers du numérique auprès des nouvelles générations.


 

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