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Revue 171 - Du téléphone transportable à l'internet des objets

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014


Du téléphone transportable à

l’Internet des objets

Voyage entre évolution technologique et usages



par Paul Jolivet (1995) dans la revue TELECOM n° 171
 
D’évolutions en révolutions, le téléphone mobile s’est rapidement  installé dans nos poches et dans nos vies. Au-delà de téléphoner, le mobile  permet de communiquer et de se connecter. L’appareil devient même  peu à peu autonome dans son environnement.


De l’outil des agents secrets au businessman, puis à tous

Le téléphone, dans les années 1970-80 est l’apanage des services secrets ou des services de secours. Les années 1980 voient le service offert au businessman prêt à payer le prix (fort). Le service remporte finalement un succès majeur dans le grand public de la téléphonie mobile à partir des années 1990.

Aujourd’hui, dans les pays industria-lisés, chacun a son téléphone mobile. Il est entré dans nos vies au point que selon des études récentes, nous sommes prêts à faire des kilomètres pour revenir chercher au domicile un téléphone oublié le matin. Il est devenu un outil indispensable, plus de rendez-vous précis fixé, mais une confirmation par téléphone, arrivé sur le lieu convenu. Tout se fait dans l’immédiat, chacun étant presque toujours joignable.

L’usage même du téléphone a évolué, on parle plutôt moins, pour communiquer par minimessages ou pour se connecter par des réseaux sociaux. Il est aussi facile de communiquer avec un contact à l’autre bout du monde qu’avec son voisin.


La globalisation de la téléphonie mobile, une affaire de standards.

La première génération de téléphonie mobile a été développée à un niveau national : on voyage alors moins que maintenant. C’est par exemple Radiocom 2000 en France pour l’opérateur historique ou l’AMPS au Royaume-Uni. La première exception vient des pays nor-diques avec le système NMT développé à la fin des années 19701 qui permet une itinérance entre Danemark, Finlande, Norvège et Suède.Quand les systèmes numériques voient le jour (la seconde génération à la fin des années 1980), il y a une volonté de créer un standard qui serait utilisable dans le monde entier en itinérance. Dans cette optique, le GSM est inventé en Europe et placé sous l’égide de l’ETSI. Le CDMAOne est in-venté aux Etats-Unis pour le continent nord américain. Certains pays comme le Japon font évoluer un système national (le PDC).

Un des objectifs de la troisième génération a été de développer un système mondial. Le choix de la technologie (WCDMA, le Wideband CDMA) sera d’ailleurs un com-promis négocié dans ce but. Si les deux systèmes les plus importants évoluent, le GSM vers l’UMTS et le CDMAOne vers le CDMA 2000, c’est finalement l’UMTS rebaptisé 3G qui finit par s’imposer dans le monde, y compris sur le continent américain au début des années 2000. C’est au 3GPP que les spécifications sont développées par l’ensemble des acteurs du domaine. La 3G est un succès mondial, dans les années 2010 un téléphone GSM/3G peut fonctionner partout dans le monde. L’ultime développement de la 3G est LTE vendu par les opérateurs comme un standard de 4G.

Deux standards satisfont aux spécifi-cations de l’UIT-R pour la quatrième génération  : LTE-Advanced (évolution de LTE) et Gigabit WiMAX (défini à l’IEEE). Le premier répond plus par-ticulièrement à l’évolution de réseaux mobiles, alors que le second serait plu-tôt l’évolution de l’Internet sans fil... si tant est qu’on puisse encore faire la différence entre ces deux approches.


L’évolution des technologies

La partie visible de l’évolution des technologies est la capacité continuelle à miniaturiser l’appareil. L’imposant télé-phone de voiture est devenu un minus-cule téléphone portable ou même une montre. On note même une tendance actuellement avec les smartphones à grandir, au point de ressembler à des tablettes, on parle de phablettes2.

 
Les technologies évoluent à un rythme effréné. Les industriels doivent innover pour survivre et susciter l’envie d’acheter dans un marché qui va arriver à saturation dans quelques années, dans un domaine où les produits sont de moins en moins différenciés. Il existe peu de fournisseurs de microprocesseurs, peu de fabricants d’écran et de vitre tactile. Pour le système d’exploitation, Android (Google) représente fin 2013 81% de part du marché mondial, face à l’iOS d’Apple à 14% et Windows Mobile de Microsoft à 4%3. Le choix d’un mobile par l’utilisateur se fait éminemment sur une innovation technique, un design et la reconnaissance d’une marque. Il y a eu des tentatives heureuses (l’écran tactile), d’autres moins (les écrans 3D). La prochaine innovation est du côté des écrans courbes (avant les écrans souples ?).


En termes de services, le réseau mobile suit le fixe en proposant une approche de plus en plus orientée données (paquets) et des capacités qui explosent (voir tableau), passant de 9600 bps pour le GSM à 1 Gbps en LTE-Advanced. L’interaction avec les hotspots Wi-Fi vient compléter ces capacités. Les performances des appareils mobiles s’alignent sur celles des réseaux fixes.



 

L’évolution des usages, le téléphone sous toutes ses formes

Le téléphone mobile est rapidement passé d’un outil fonctionnel, une cabine téléphonique portable, à un élément dans lequel chacun range des informations très personnelles. On est passé d’une utilisation pour communiquer oralement à l’appareil qui envoie desmessages (SMS, MMS, e-mails) et interagit avec les réseaux sociaux.


Dans l’histoire du téléphone mobile, le smartphone et son écosystème d’applications auront été une révolution d’usage. C’est Apple qui innova en introduisant simultanément en 2007 son iPhone et son AppStore, en entrant sur le marché de la téléphonie mobile. La société californienne a compris alors que l’introduction d’un smartphone tactile ne suffisait pas (LG Electronics avait sorti peu avant avant la première version du Prada avec moins de succès). Le smartphone existe par le nombre d’applications disponibles et par la facilité d’accès à ces applications. Le modèle de boutique applicative (iTunes Store chez Apple) est rapidement décliné par les concurrents sous plusieurs formes dont les plus importantes sont Google Play et Windows Phone Store.

Le smartphone qui représente plus de la moitié des ventes de téléphone en 2013 étend ses fonctions en phagocytant tout ce qui peut traîner dans nos poches. Les montres (sauf portées comme un bijou), les organiseurs, les appareils photo compacts ont déjà été intégrés au téléphone. Les cartes bancaires, passe de transport, portemonnaie sont en cours d’implémentation dans ces téléphones. Les livres et magazines papier pâtissent de leurs versions sur phablettes ou tablettes. Les papiers d’identité, permis de conduire pourraient peu à peu y migrer également.

Et si demain, tout communiquait ?

Google démontre des lunettes qui pourraient changer les modes de communication en libérant l’utilisateur de l’appareil mobile. C’est aussi une mise en œuvre avancée du concept de réalité augmentée : l’appareil peut identifier un lieu et apporter des commentaires, des conseils ou un guidage.

Les progrès technologiques permettent d’envisager encore une capacité importante de miniaturisation. Beaucoup d’objets pourront être donc connectés au réseau dans un futur parfois proche. L’introduction de systèmes de communication entre machines est encours de développement, on parle de M2M (Machine to Machine). C’est dès aujourd’hui la possibilité de pouvoir commander à distance, dans une maison connectée, un téléviseur, l’électroménager, le chauffage, des prises électriques ou l’alarme. Pour une société de gestion de distributeurs de boisson, l’opportunité de suivre la consommation des produits en fonction de la température, de l’heure.

Ce même système permettra à un distributeur d’énergie de relever ses compteurs à distance ou encore de contrôler en temps réel la consommation d’eau ou de gaz. Ce type de communication permettra à une voiture de communiquer un auto-diagnostic à un garagiste avant révision ou encore de déclencher un appel d’urgence (localisé) sur déclenchement d’un airbag.

Cette tendance au tout connecté définit l’Internet des objets (IoT comme Internet of Things). Chaque objet connecté (cyberobjet) devient un acteur autonome pouvant être commandé, pouvant interagir via Internet avec d’autres objets. Le potentiel de service, d’applications et d’interactions est énorme. Le risque est évidemment à la hauteur pour ce que nous appelons encore la vie privée. 

 
 
Glossaire
3GPP 3rd Generation Partnership Project
ETSI : european telecommunication Standard Institute
GSM : Global System for Mobile communication 
NMT : Nordic Mobile telephone
UIT-R Union Internationale des télécommunications, Radiocommunications
UMTS : Universal Mobile telephone System

 
1/Ce système a été utilisé en France par SFR sous la marque SFR analogique 
2/Appareil dont le format se situe entre celui d’un téléphone et d’une tablette
3/Chiffres des ventes pour le troisième trimestre 2013 selon ABI Research



L'auteur


Paul JOLIVET (1995)
est Directeur Standards et Technologies Avancées en Europe pour la division téléphone mobile de LG Electronics. Il intervient régulièrement comme enseignant vacataire dans plusieurs écoles dont Télécom ParisTech et Telecom Bretagne pour les domaines du téléphone mobile et de la carte à puce.

 

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