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Revue 171 - Emplois et métiers : trente ans de prévision en milieu incertain

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014


Emplois et métiers 

trente ans de prévision

en milieu incertain



par Pierre Baylet dans la revue TELECOM n° 171


La refonte de la Revue TELECOM en 1980 en a fait un lien privilégié entre les diplômés, mais aussi un outil à leur service. À ce titre les questions d’emploi,  de métiers, de carrières trouvaient désormais dans ses colonnes une place qui ne s’est jamais démentie, avec notamment un numéro spécial carrières à l’automne.

Arrivé à l’ENST en 1981 comme responsable (à temps partiel) du bureau carrières, et jusqu’en 1994, j’ai eu l’occasion d’interviewer pour la revue de nombreux experts en la matière  : responsables des ressources humaines d’entreprises de toute taille, cabinets de recrutement, dirigeants d’entreprise. J’y ai aussi publié de nombreux articles sur les métiers des Telecoms, leurs  évolutions, leur avenir.

Quelque trente ans plus tard, une lecture transverse de ce qui a été écrit dans la revue sur le sujet invite à la réflexion et laisse songeur.


Des nouveaux métiers ?

C’est évidemment une banalité de dire que les technologies évoluent vite. Il n’y a bien sûr pas grand chose de commun entre l’environnement technologique (ou simplement bureautique) d’il y a trente ans et celui qui nous entoure aujourd’hui. L’avalanche de nouveautés, de technologie en rupture était certes pressentie mais pas les produits qui ont triomphé. Un journal spécialisé (aujourd’hui disparu  !) titrait en 1990 : « les 500 produits phare de l’année  » dont la plupart ont été de fausses bonnes idées. Il y a toujours une tendance à considérer qu’une nouvelle technologie va tout bouleverser, hier la fibre optique aujourd’hui le Big data.  

J’ai gardé quelques ouvrages de prévi-sions sur les technologies à venir écrits dans les années 80 par les meilleurs experts reconnus par leurs pairs. Pourtant que d’erreurs, de fausses pistes, de révolutions avortées, de larges avenues débouchant sur des impasses, que de budgets investis et évaporés. Mais aussi que de ruptures inattendues !  

Dans  les articles parus au cours de ces trente ans, on sent l’obsession des journalistes pour les « nouveaux métiers qui émergent  ». Acculé pas un journaliste, j’avais un jour fini par lâcher «  l’avenir sera dans la connectique et le câblage ».Patatras ! je n’avais pas vu venir (et je n’était pas le seul !) l’explosion des mo-biles et du Wi FI. Peu de gens avaient aussi vu venir l’arrivée de nouveaux acteurs (Google) la quasi disparition d’acteurs majeurs, Nokia, BlackBerry.

Pour former un ingénieur qui va travailler quarante ou quarante cinq ans le
 problème n’est pas de le former à toutes les technologies existantes. Les ingénieurs diplômés dans les années 1980 ne connaissaient pas grand choses à Internet, mais ils avaient acquis les principes de l’informatique et des réseaux qui allaient leur permettre de le déployer dans les années 1990. Bien sûr, nos ingénieurs doivent maîtriser les fondamentaux disciplinaires, avoir un ouverture sur les domaines connexes et assurer une veille sur les technologies émergentes, Mais l’essentiel est leur capacité à se remettre à niveau en permanence et à surfer sur les innovationsbref ce sont les compétences transverses.
 
 

Un métier ce n’est pas seulement une technologie

Si les TECHNOLOGIES mises en oeuvre ont radicalement changé, beaucoup de METIERS (métier compris ici comme fonction) sont encore largement les mêmes, en tout cas le cœur du métier. Un ingenieur systeme, un chef de projet, un ingénieur commercial doivent faire preuve des mêmes aptitudes de base. Mais les conditions d’exercice du métier, les compétences transverses, la mondialisation des activités, la souplesse et la fluidité de l’accès à l’information, la généralisation du travail coopératif, ont considérablement modifié le rôle et les missions de l’ingénieur. Les dimensions non techniques ont pris une place croissante dans l’employabilité de nos diplômés. La sensibilité au besoin du client, la notion d’usage prennent le pas sur la performance technologique.
 

Et demain ?

A la lumière de ce qui a été écrit depuis trente ans dans la revue mais aussi dans la presse spécialisée, et de ce qui s’est effectivement passé, on peut dire qu’aujourd’hui, personne ne sait ce que feront dans vingt ans nos diplômés. Mais nos écoles font tout pour qu’ils puissent être à des postes de dirigeants en 2030 grâce à leur maîtrise des technologies, à leur capacité permanente à apprendre mais aussi à leur sensibilté aux usages et à l’intégration des compétences nécessaires au management dans un monde numérique.

ET QUELLES ATTENTES POUR LES DIPLOMES ?

Même si les élèves qui entrent dans les écoles ont des origines et des formations proches (classes préparatoires pour une grande partie d’entre eux) ils ont des personnalités et donc des attentes variées. Certains visent des carrières fortement scientifiques, d’autres des métiers à dominante relationnelle. Une question récurrente des employeurs et des journalistes spécialisés était pourtant : qu’est ce qu’un ingénieur telecom ? Qu’attendent les ingénieurs telecom ? etc. Une réponse telle que « cela dépend » ne les satisfaisait évidemment pas.

Une approche basée sur les critères de choix du premier emploi des jeunes diplômés à permis d’identifier des populations sensiblement différentes. La méthode était la suivante :

Les diplômés de la promotion 1985 avaient répondu à un questionnaire sur l’importance relative (très important, assez important, peu important, pas important) d’une
 vingtaine d’items susceptibles d’orienter ou de définir leur choix. Certains critères étaient évidents (image de l’entreprise, technologies mises en œuvre, taille, salaire proposé) d’autres plus précises (qualité du contact avec le patron potentiel et avec le responsable du recrutement..) d’autres apparemment moins importantes (cadre de travail, facilité d’accès...).
Après un petit traitement de données (on sait faire à Telecom ParisTech qui s’appelait alors SupTelecom..) il a été possible de réaliser une distribution des profils selon deux axes discriminants : institution/ individu d’une part, et technicité/relations humaines d’autre part. Le positionnement de chaque répondant selon ces axes à
 permis de définir, lors de l’enquête menée en 1986, trois populations de diplômés assez typés : ceux qui souhaitent être intégrés à une entreprise puissante qui les prennent en charge, ceux qui privilégient l’ambiance de travail et le relationnel, et ceux qui managent leur carrière avec une certaine indifférence aux caractéristiques de l’environnement. 
Pour mieux faire passer le message, j’avais baptisé ces trois familles : les poussins, les cockers et les chats persans (schéma ci contre) La formule à connu un grand succès et c’est pour cela que le transparent présenté ci contre (nous sommes avant powerpoint !) est un peu usé par une fréquente utilisation.L’enquête à été réalisée à nouveau en 1990 faisant apparaître des castors (des ingénieurs bâtisseurs et architectes) et des koalas (focalisés sur une technologie précise). Dans l’enquête 1995 sont apparus des singes (qui savent sauter d’un arbre à un autre avec une liane).

Ayant quitté le bureau carrières en 1995 je n’ai pas poursuivi l’enquête. Si on la renouvelait aujourd’hui que trouverait on, comment se situerait la génération Y (si elle existe !). ?
Des mouflons qui s’aventurent en montagne dans des régions difficiles et avec un pied sûr ? 
Des poulpes, supérieurement intelligents ilet sachant trouver des solutions innovantes ? 
Des faucons à l’œil perçant et fonçant sur les opportunités ?

Quoiqu’il en soit ce seront des animaux astucieux, vigilants et qui sauront évoluer dans des territoires aujourd’hui encore inconnus.

Bonne route !



L'Auteur


Pierre Baylet
a rejoint Télécom ParisTech en 1981 pour diriger le service de formation continue et animer le Bureau carrières. À ce titre il a réalisé des études et rédigé de nombreux articles sur les métiers et les carrières des diplômés. Il est l’initiateur en 1993 de l’enquête « insertion des jeunes diplômés» de la Conférence des grandes écoles. En 1994 il rejoint l’ENIC (aujourd’hui Telecom Lille) dont il devient Directeur en 1997. En 2000 il est campus Manager de France Telecom. De 2003 à 2013 il est directeur développement et métiers à la Direction générale de l’Institut Mines notamment en charge de l’Observatoire des Métiers. 

 

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