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Revue 171 - Expert ou Manager : Qui est le patron ?

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014



Expert ou Manager

qui est le patron ?




par Claudine Prune (coach professionnelle) dans la revue TELECOM n° 171


Le regard du Coach pour répondre à cette question. Mais faut-il chercher directement uneréponse ou s’inspirer des belles histoires pour tenter d’y répondre ?


D’abord quelques définitions

Le terme expert désigne un degré de connaissance et d’expérience dans un domaine particulier, technique, humain, politique, artistique, créatif... un expert est reconnu comme spécialiste de sa discipline, autrement dit il fait autorité dans son domaine d’expertise. Ne devient pas expert qui veut, il faut un peu de talent et beaucoup de travail et de temps. Quand vous faites appel à un plombier pour réparer une fuite vous préférez que ce soit un expert car il vous fera gagner du temps et de l’argent en mettant sa sagacité à contribution alors qu’un plombier doué mais débutant trouvera certainement l’origine de la fuite mais votre appartement ressemblera, après son passage, à un champ de bataille.

Un manager, en France, est plus qu’un gestionnaire, c’est un homme ou une femme capable de conduire ses équipes, de les entraîner, de les stimuler et de faire en sorte qu’elles remplissent au mieux la mission du service, du département, de la direction, de l’entreprise ou de l’organisation qu’il ou elle dirige. Au stade ultime, le manager est un leader qu’on écoute et qui a de l’autorité. C’est vrai dans le monde du travail, en politique mais aussi dans au jardin d’enfants ou à l’école car les qualités de leadership d’un individu peuvent se révéler de bonne heure mais dans ce domaine comme d’autres il y a aussi des révélations tardives.

Comparer ou opposer ces deux termes, Expert et Manager, revient donc à éta-blir une relation artificielle entre une fonction et un degré de réalisation dans celle-ci. Est-ce bien raisonnable  ? Peut-être pas, mais c’est intéressant car c’est symptomatique de notre époque qui fait de l’amalgame et de la confusion ses maîtres à penser. Remarquons simplement que si le management et les carrières de managers ont le vent en poupe, l’expertise et les carrières d’experts ont plutôt mauvaise presse. Qui peut envisager de faire une carrière 
d’expert aujourd’hui, de creuser son sujet jusqu’à la fin de sa vie professionnelle ? Les médecins, les avocats, les artistes, les acteurs, les artisans… Dans l’entreprise les changements technologiques, les nouvelles exigences financières à court terme ne permettent pas de considérer le temps comme facteur de progrès mais comme échéance immédiate sanctionnant dans le meilleur des cas des profits ou, dans le pire des pertes. D’où l’obsolescence des carrières d’experts et l’exaltation des carrières de managers vus comme porteurs de résultats. Voyons si cela se justifie et si cette façon d’envisager le travail prépare, tant les entreprises que les hommes et les femmes qu’elles emploient, à faire face aux défis d’aujourd’hui et à ceux qui surgiront demain.

 

Une belle histoire : il était une fois YSL

Acceptons que le temporel et le futile puissent être source d’enseignement et regardons le destin d’une entreprise de mode au siècle dernier. YSL est un sigle connu de tous, il est né dans la couture, il est aujourd’hui présent dans le prêt-à-porter, les cosmétiques, les parfums, la maroquinerie, les chaussures et tous les accessoires de mode tant masculins que féminins.

Pierre Bergé rencontre le jeune Yves Saint Laurent alors qu’il travaille chez Dior. En 1961, ensemble, ils fondent la maison de couture YSL. Ils créent ensuite une ligne de prêt-à-porter féminine, puis masculine, avant de lancer des parfums, des cosmétiques, des accessoires. YSL devient la marque que tout le monde connaît, le symbole même de la France éternelle. Au départ donc un expert absolu Yves Saint Laurent associé à un manager absolu Pierre Bergé (dont le nom ne deviendra fameux que bien plus tard) vont lier leur destin pour construire une maison qui va surmonter toutes les difficultés pour s’installer au premier rang de sa catégorie et effectuer une véritable révolution en instaurant une nouvelle façon d’envisager la couture qui était en voie de disparition dans les années 1970 en raison de l’extinction des clientes capables de se payer des modèles sur mesure.

Quel homme était le plus important dans l’aventure YSL ? Sans l’expert Saint Laurent pas de YSL sans le manager Pierre Bergé non plus. Peut-être le secret réside-t-il dans le fait que Monsieur Bergé n’a jamais prétendu choisir les tissus ou dessiner un robe, de son côté Monsieur Saint Laurent ne s’est jamais occupé de savoir comment payer le loyer, les salaires, rédiger les contrats de licences et gérer au quotidien les ateliers, les problèmes administratifs, la stratégie de développement. Chez YSL il y avait de la place pour un expert à la maestria flamboyante et pour un leader d’envergure capable de protéger, soutenir, stimuler et accompagner la création, le développement de la maison en levant les obstacles, assurant la bonne marche de l’entreprise tout en restant garant d’une vision établie à deux. Le génie de Saint Laurent était le bien le plus précieux de l’entreprise, Pierre Bergé a eu le grand mérite de faire en sorte qu’il soit mis en valeur, connu, reconnu, vendu, servi et qu’il prospère en sortant des limites dans lesquelles le confinait la couture.

S’il est vrai que les activités artistiques comme la mode, la publicité, le cinéma favorisent les tandems manager/créateur, la créativité n’a pas de frontière. Est-il possible d’envisager Apple sans Steve Jobs ou sans Steve Wozniak ? Le succès de JG Durand de Cristal d’Arques est en partie dû à l’association d’un industriel du verre et à un ingénieur de génie qui invente un procédé pour mouler le cristal. Il y a une place pour tous les talents et toutes les façons de les exercer. Le rôle premier des managers est de savoir s’entourer en créant un espace où les talents peuvent s’épanouir.

Nos entreprises ont autant besoin d’experts que de managers et plus encore de leaders, alors cessons de considérer que les experts sont optionnels. Les experts constituent la richesse la plus précieuse de l’entreprise, celle sur laquelle on peut construire de façon solide et durable.

La nature n’étant pas à une injustice près, certains êtres sont à la fois des experts de grand talent et des managers de premier plan, Pierre Cardin ou Claude Berry par exemple. Mais il s’agit d’exception et il n’est pas raisonnable de demander à tout expert en herbe de devenir manager sous peine de rater sa carrière. Les entreprises y perdent gros, les individus diluent leurs qualités et finissent par les oublier, personne ne gagne. C’est sur l’expertise que se bâtissent les entreprises riches avec le concours de leaders éclairés qui ont su identifier et servir le talent.

Le temps est capital dans la formation des experts, les professions libérales le savent bien, on est meilleur avocat ou meilleur médecin avec vingt ans de bouteille, et c’est bien là que le bât blesse. Le temps et l’argent ne font pas bon ménage prétendent certains courants financiers mais attention, à terme, nous nous appauvrissons si nous ne développons pas au jour le jour les aptitudes des experts qui nous permettrons d’affronter les défis à venir.

Si chacun peut développer son expertise dans un domaine privilégié, il est clair que les bons managers sont des experts également dont le premier talent est de découvrir et d’encourager ceux de leurs collaborateurs qui ont du potentiel en leur donnant l’occasion d’éclore afin de bâtir ensemble des entreprises fécondes, à l’identité forte et à l’avenir prometteur. Pourquoi ne pas envisager de développer une forme d’expertise managériale de sorte qu’à l’instar des japonais nous puissions un jour décerner aux meilleurs d’entre eux le titre de « Trésor Vivant ».

Autre point important à noter : l’expertise (la vraie !) est un remède contre le stress. Plus un expert connaît son sujet, moins il est déstabilisé par l’imprévu, les surprises bonnes ou mauvaises, plus est intéressé par les questions soulevées et les solutions à découvrir, plus sa curiosité grandit.

Pour répondre à la question du début : qui est le patron ? Pas de manager sans experts, pas d’experts sans manager, ce qui revient à dire : expert et manager même combat !  

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