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Revue 171 - Ingénieur au Canada : une formation continue obligatoire pour exercer

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014


Ingénieur au Canada
 
une formation continue

obligatoire pour exercer



Rencontre avec le Dr. Guy FéLIo, P.eng.dans la revue TELECOM n° 171

Dans un certain nombre de pays, l’exercice de la profession d’ingénieur est réglementé et une formation continue est obligatoire pour exercer ce métier.  Un ingénieur qui se tourne complètement vers le management garde ses qualités analytiques propres à sa formation mais perd son titre « d’ingénieur ».


























Au-delà des différences de cursus académiques qui permettent d’obtenir le diplôme d’ingénieur, l’ingénieur français et « l’engineer » anglo-saxon ne vont pas vivre l’exercice de leur profession dans les mêmes conditions, ni avec les mêmes contraintes.

Pour les pays du continent nord-américain, l’autorisation de l’exercice libéral de la profession est soumis à l’enregistrement à une sorte «  d’ordre des ingénieurs », celui-ci délivrant des agréments géographiquement limités, à renouveler régulièrement.

Prenons l’exemple du Canada. Les ingénieurs exercent une profession, qui est règlementée dans ce qui est appelé le « génie », les domaines étant multiples : génie électrique, mécanique, chimique, etc.

«  Ingénieurs Canada » (http://www.engi-neerscanada.ca) est l’organisme national qui réglemente l’exercice de la profession, regroupant les dix ordres provinciaux et les deux  ordres territoriaux canadiens. Ses prérogatives sont larges puisqu’à la source, il donne son agrément sur les programmes de formation au « génie  » mais surtout il délivre les permis d’exer-cice aux ingénieurs agréés du pays, qui sont actuellement plus de 260 000.

C’est ainsi qu’un ingénieur diplômé, titulaire d’un permis d’exercice, – c’est-à-dire qu’il a le droit d’apposer les lettres «  ing. », « Eng. » ou « P.Eng. » à la suite de son nom – doit dans la plupart des pro-vinces et tout au long de sa carrière participer à un programme de développement professionnel continu s’il veut continuer à exercer. Plus précisément, il va devoir suivre un minimum de soixante heures de cours par année et un minimum de 240 heures sur trois ans sur des sujets très techniques ou plus transversaux tels la gestion de projet ou l’actualisation de ses connaissances en matière de normes, faute de quoi il ne pourra pas maintenir son enregistrement à l’ordre des ingénieurs de sa Province. La localisation joue effectivement un rôle important car les exigences diffèrent selon les Provinces. Ainsi un ingénieur inscrit à l’ordre des ingénieurs en Ontario va, par un système d’équivalence, être éligible à s’inscrire à l’ordre des ingénieurs du Québec ; il existe une exception : la désignation « d’ingénieur en structures » de la Colombie Britannique qui demande des compétences particulières dans le domaine du génie parasismique, car étant une province exposée aux tremblements de terre, les exigences de compétences en la matière sont renforcées dans cette province. Cette désignation est similaire à celle que l’on retrouve dans les états de l’ouest des USA. Rappelons que l’inscription à l’ordre est déterminante  : un ingénieur non-inscrit à l’ordre de sa province ne pourra tout simplement pas signer ses plans par exemple ni avoir le droit d’exercer le «  génie  » au Canada d’une manière plus large.

Qu’en est-il des ingénieurs informa-ticiens  ? Une fois de plus, il existe des discriminants qui viennent opérer des distinctions fondées sur la notion de risques liés à la santé et la sécurité du public. Ainsi, un ingénieur élaborant des logiciels pour les systèmes embarqués de pilotage dans l’aéronautique sera soumis à des obligations de suivi de cours pour exercer ; celui qui travaille dans l’industrie des jeux vidéo aura moins d’obligations et n’aura pas à être inscrit à l’ordre des ingénieurs.

Le système de validation et d’exercice du titre d’ingénieur aux Etats-Unis repose sur les mêmes principes  : une accrédita
tion, reposant sur un renouvellement régulier des connaissances pour prétendre à exercer sous le titre de PE (« Professionnal Engineer ») et être reconnu par une Association d’ingénieurs qui garantit la reconnaissance de la profession.
Allons un peu plus loin et examinons avec le Dr. Guy Félio (Ingénieur conseil et professeur associé à l’université Carleton à Ottawa), ce qui, toutes capacités d’exercice de la profession du génie étant validées, va caractériser sur le long cours, l’exercice du métier d’ingénieur au Canada :

« En effet, de nombreux ingénieurs sont amenés à prendre des responsabilités de gestion de projet, de personnel ou d’entreprises. Ce cheminement va être accompagné d’acquisition de nouvelles connaissances et compétences qui ne sont pas du domaine technique mais par exemple du management, des finances et des communications. Pour ceux qui décident de poursuivre une carrière purement technique, ils deviennent de plus en plus spécialisés dans leur domaine d’expertise d’origine et seront reconnus par l’ordre des ingénieurs au Canada comme « experts conseil » dans un domaine spécifique, par exemple la géotechnique, l’hydraulique, le génie biomédical, l’aérospatiale, etc.
 
Quand l’ingénieur se lance dans le management et fait donc de moins en moins de génie technique, l’entreprise a tendance à ne plus le considérer comme «  ingénieur  », oubliant ainsi que la raison du succès de l’employé comme manager est sa formation d’ingénieur ! Effectivement, la formation de base de l’ingénieur porte sur l’identification et la résolution de problèmes. Les outils utilisés varient bien sûr entre les différents domaines du génie, mais la démarche méthodique de l’ingénieur demeure la même.La capacité analytique acquise, voire imprégnée pendant sa formation devient chose naturelle pour l’ingénieur que ce soit dans sa profession ou ses affaires personnelles. L’ingénieur demeure donc toujours un ingénieur, quelle que soit sa position dans l’entreprise ou la société. »
 

L'auteur

Professeur Associé, Département de génie civil, Université Carleton (Ottawa), Président, Infrastructure Strategies & Research Inc. Conseiller Municipal – Cité de Clarence-Rockland (Ontario), le Dr Félio est ingénieur civil avec un doctorat de l’université Texas A&M. Il oeuvre depuis plus de 25 ans dans le domaine des infrastructures en tant que professeur, chercheur, consultant et conseiller politique. Pendant sa carrière, il a été responsable du groupe de recherche en infrastructures urbaines du Conseil National de Recherches Canada (CNRC), du lancement de l’InfraGuide, et du développement de programmes fédéraux de financement des infrastructures. Présentement, le Dr Félio se concentre à supporter les organisations publiques dans leur développement de stratégies et politiques concernant les infrastructures. Il est très actif dans la communauté professionnelle ainsi que dans des activités de transfert de connaissances. Le Dr. Félio était le coordonnateur du projet de développement du Bulletin de rendement des infrastructures canadiennes publié en septembre 2012 et fut élu en octobre 2010 comme Conseiller municipal à la Cité de Clarence-Rockland (Ontario).

 

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