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Revue 171 - Un même diplôme, des choix de carrière différents

Articles Revue TELECOM

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15/01/2014



Un même diplôme, des choix

de carrière différents





Rencontre avec Jacques Lauvergne dans la revue TELECOM n° 171


Selon la filière que le jeune ingénieur aura choisie, son parcours présentera des caractéristiques et des enjeux différents. Un même point de convergence cependant : la valorisation du métier d’ingénieur


Combien de temps un ingénieur reste-t-il compétent dans sa technique ? Selon moi, 8 ans, voire 10 ans après sa sortie d’école ! Car les ingénieurs qui ont des capacités relationnelles bifurquent bien avant vers la gestion de projets ou d’entités, et leur évolution est d’ailleurs accélérée par la prise de responsabilités managériales.  Les ingénieurs qui restent dans la technique, (hormis ceux qui sont jugés peu aptes au management, mais là c’est un autre sujet…), le feront par choix, par goût personnel et par absence d’intérêt pour la gestion au sens large. Mais ils n’ont pas tous fait les mêmes choix, cela dépend des secteurs.

Là où il y a de la recherche, il existe des passionnés, et d’ailleurs leur rayonnement dépasse le cadre de l’entreprise car, bien souvent, ils sont amenés à publier, à participer à des conférences nationales et internationales, en tant qu’experts. Il y a d’autre part les ingénieurs qui travaillent dans les laboratoires de contrôle qualité, les départements de production, travaux neufs, maintenance. Là, ils font de la technique, mais ce ne sont pas des experts. Ces ingénieurs combinent la faculté de comprendre la complexité de la technique avec la faculté d’arbitrer à bon escient les décisions à prendre. Je discerne également une autre catégorie, celle des ingénieurs issus d’Ecoles particulièrement réputées et qui se concentrent sur des innovations de rupture. Ceux-là, il faut savoir les retenir, et en particulier éviter qu’ils se fassent happer par exemple par le monde de la Finance. Car c’est notamment par le biais des innovations technologiques qu’un pays peut  faire la différence dans la compétition internationale. Sur ce sujet, c’est 
la responsabilité des Ecoles qui est en jeu,  dans le sens où elles ont une influence certaine dans l’orientation professionnelle vers le premier emploi de leurs diplômés.  Donner envie… c’est le point sensible.  Pour terminer, se développe enfin une  nouvelle sorte d’ingénieurs, ceux formés par apprentissage, qui ont la particularité  de concentrer à la fois le goût et le savoir-faire opérationnel, ils savent « mettre en  œuvre ». Et c’est aussi un excellent moyen de faire fonctionner l’ascenseur social, ce  qui ne gâche rien, là où notre pays a des progrès à faire.

Il est tout à fait regrettable que faire le 
choix d’une carrière « technique » subisse un déficit d’image, et que l’évolution des ingénieurs dans l’entreprise soit, sur ce type de fonctions, moins rapide. Je  remarque, pour la première catégorie  d’ingénieurs que j’ai citée, celle des chercheurs, qu’ils reçoivent plus souvent les signes de reconnaissance de l’extérieur ou de leurs pairs, alors que c’est l’entreprise qui les emploie qui devrait mieux  les reconnaître !  Un autre constat que j’ai pu faire est que l’ingénieur qui fait  une carrière technique en entreprise est moins mobile géographiquement que ses collègues managers. Certes il partira en mission, mais il restera la plupart du temps basé en France. Et cela se paye aussi en termes de rapidité d’évolution dans l’entreprise.

Oui, de belles carrières « techniques » j’en connais, je pense en particulier à cet ingénieur qui au début du vingtième siècle a inventé un alliage qui reste toujours en avance sur les autres. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs souvent l’équipe technique que l’on reconnaît plus que l’individu pris 
isolément. C’est moins vrai pour d’autres  fonctions dans l’entreprise.

A mes yeux, un des défis à relever pour les nouvelles générations consiste à donner à nos ingénieurs l’envie et les moyens d’oser et d’entreprendre : pour devenir des « ingénieurs-entrepreneurs ». Certains cursus académiques sont  facilitateurs dans ce sens et  forment des jeunes capables à  la  fois de créer, de maîtriser un domaine technique et de diriger une unité opérationnelle. Je pense en particulier aux doubles formations Ecoles d’ingénieurs/ Ecoles de commerce. Et les Ecoles, dans le  rôle qu’elles jouent et les moyens qu’elles déploient en tant qu’incubateurs, ont bien compris combien il est important de soutenir les jeunes créateurs d’entreprise dans leurs idées novatrices…

L'auteur

Jacques Lauvergne : titulaire d’un Doctorat Droit, il a été DRH dans des grands groupes de la métallurgie et de la sidérurgie : IMPHY, UGINE,   SOLLAC, USINOR-France, ARCELOR-France,  ARCELOR-MITTAL France. Il est également Président du GESIM.

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