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Revue 172 - Le soutien des énergies renouvelables en France : quel bilan ?

Articles Revue TELECOM

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10/04/2014


Le soutien des énergies

renouvelables en France :

quel bilan ?




par Wael Elabed (2006) dans la revue TELECOM n° 172
 

Au moment où une nouvelle loi sur la transition énergétique est en train de se dessiner, il est nécessaire de faire un bilan objectif de l’efficacité des politiques de soutien des EnR en France et d’en tirer les leçons, histoire de ne pas faire la même chose encore et encore en espérant des résultats différents


Au premier abord, les résultats de la France en termes de développement des énergies renouvelables semblent être honorables. En effet, en 2010, la part des énergies renouvelables en France s’élève à 13.4% de la production de l’électricité, 13% de la production de la chaleur et pèse 11% dans la consommation d’énergie finale (contre 11.8% pour l’Allemagne). Ces chiffres sont utilisés par certains pour montrer le rôle prépondérant que se donne la France pour atteindre les objectifs européens dits 3*20 à horizon de 2020 (+20% d’efficacité énergétique, +20% d’énergies renouvelables et -20% d’émission de Gaz à effet de serre).

En fait, ces chiffres masquent une réalité tout à fait différente. Ils s’appuient sur :

• Des centrales hydrauliques de 26 GW, installées entre 1950 et 1970. Elles représentent à elles seules plus de 80% de la production de l’électricité renouvelable ;

• Et sur une consommation domestique soutenue du bois de chauffage (principalement en dehors des grandes zones urbaines).

La capacité hydraulique n’évolue pratiquement pas depuis 20 ans et le chauffage par le bois est inadapté aux logements dans les grandes zones urbaines. Alors que ces deux leviers ont atteint leurs limites de progression, le France peine à développer les technologies modernes telles que, le photovoltaïque, l’éolien, les hydroliennes, les micro-turbines hydroélectriques et la biomasse de nouvelles générations (les micros algues, bioéthanol extrait des déchets agricoles …).
 

Historique du développement des EnR en France.

Le soutien du développement des énergies renouvelables en France est passé par plusieurs phases :

• 1ère période : jusqu’au début des années 2000

A part l’investissement massif dans l’installation de grands barrages entre les années 1950 et 1970, le soutien des énergies renouvelables électriques est resté marginal. Cette période a plutôt bénéficié au développement massif des centrales nucléaires.

2ème période : entre 2001 et 2010

Avec l’arrivée de la « Loi de Modernisation et de développement du service public de l’électricité » en 2000, la loi POPE en 2005 puis le Grenelle de l’environnement en 2009 et 2010, comment à émerger des politiques incitatives encourageant des filières comme l’éolien ou le photovoltaïque. On constate alors un décollage sans précédent des capacités raccordées pour passer de 48 MW d’éolien et 0.2 MW de photovoltaïque en 2000 à 5000 MW d’éolien et 510 MW de photovoltaïque à la fin de 2010.


Durant ces années, la France a réussi à soigner son rang dans le classement mondial des pays en termes d’investissement dans les EnR en accédant en 2010 à la neuvième place. L’Allemagne reste le leader dans ce domaine à l’échelle européenne, et deuxième sur le plan mondial.




3ème période : Depuis 2011

La crise de la dette publique et les incertitudes liées aux politiques publiques de soutien des EnR, ont impacté de manière dramatique la courbe d’investissement dans les nouveaux projets. La capacité cumulée des nouvelles centrales éoliennes a été divisée par 3 entre 2010 et 2011, et par 5 pour les centrales PV.
 

Objectifs officiels de la France en termes de développement d’EnR

Les objectifs de la France ont été bien définis dans le Grenelle de l’Environnement de manière claire et précise. Ils s’inscrivent dans la transposition des objectifs européens dits 3*20 à horizon de 2020. Ils consistent à porter :

  • à 33% le pourcentage des sources d’énergies renouvelables de la chaleur (contre 13% en 2010), = Géothermie, solaire thermique et pompes à chaleur

• à 27% la part des EnR dans la production de l’électricité (contre 13.4% en 2010) = Eolien, PV, biomasse

• et à 10.5% la part des EnR dans le transport = véhicules propres, transport commun, éthanol

Bien qu’il s’agisse d’un objectif honorable et ambitieux, et même en ayant recours à des mécanismes de soutien largement reconnus comme « efficaces », la France peine encore à concrétiser cette ambition. Elle semble aussi être peu encline à afficher des objectifs au-delà de 2020. Peu d’analyses et de certitudes émergent à horizon plus lointain.
 

Les faiblesses françaises dans ses politiques de soutien des EnR


Malgré le recours  à des mécanismes similaires à ceux utilisés par l’Allemagne dans son soutien des EnR, tels que l’obligation de rachat de l’électricité avec un tarif garanti, la France n’a pas réussi à structurer sa propre filière dédiée aux EnR. Par manque de soutien efficace, l’avance technologie acquise pendant les années 70 notamment dans le domaine du photovoltaïque et de la thermodynamique solaire n’a pas été largement dissipée.

Cet échec est dû à différents facteurs :

Un éparpillement des programmes nationaux de soutien : La France compte dans son actif plusieurs dizaines de programmes de soutien d’énergies renouvelables. Le budget dispersé de l’ADEME, les multitudes de procédures de mise en application, les garanties peu rassurantes pour les investisseurs… sont les principales raisons de l’inefficacité de ces programmes.

Un dynamisme exogène : L’engouement pour le développement des EnR en France n’a pu voir qu’après la Directive Européenne de 2001. Il n’est malheureusement que le prolongement de l’élan donné au niveau européen et porté principalement par l’Allemagne et le Danemark. En France, les énergies renouvelables restent un sujet dogmatique entre les différents acteurs et sont toujours mises en opposition aux autres sources d’énergie, et notamment au nucléaire.


Des difficultés de mise en œuvre : Les barrières administratives françaises semblent avoir ralenti voir même gelé certains investissements. A titre d’exemple, un développement de projet éolien en France doit faire des démarches administratives directes ou indirectes auprès de 36 interlocuteurs, soit trois fois la moyenne européenne.

La place du nucléaire joue en défaveur du développement des EnR électriques : L’idée que l’énergie nucléaire est peu couteuse, a longtemps découragé les investissements massifs dans des énergies économiquement couteuses et technologiquement peu mature.

• L’isolement des politiques de soutien aux EnR : Pendant longtemps, le processus décisionnel autour de la politique énergétique de la France été restreint à trois institutions majeures : le CEA, la direction Générale de l’Énergie et des Matières Premières (la DGEMP) et bien sûr EDF. Ces institutions ont été historiquement dirigées par des cadres issus du Corps des Mines ou des Ponts qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes convictions. La faiblesse du lobby des énergies renouvelables comme le Comité de Liaison des Énergies Renouvelables (CLER) ou le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) n’a pas aidé à faire évoluer les convictions conservatrices.


Les politiques contrastées de nos voisins européens

Depuis l’accident de Fukushima, l’Allemagne a décidé de sortir définitivement du nucléaire. Cette stratégie n’est qu’une accélération de son plan Energiekonzept, qui vise à long terme l’adoption d’un modèle énergétique radicalement nouveau. Pour cela, l’Allemagne mise sur une réduction considérable de la demande énergétique (due à la baisse démographique et une meilleure efficacité énergétique) et sur un recours massif aux EnR (objectif 30% de la consommation de l’énergie à horizon de 2030 et 60% pour 2050). A court terme, la fermeture des centrales nucléaires est compensée par une augmentation substantielle des énergies fossiles telles que le gaz ou le charbon.

De l’autre côté de la manche, la politiques énergétique du Royaume Uni est en totale opposition à celle de l’Allemagne. Elle privilégie le développement des énergies à faible émission de CO2 et économiquement compétitives.

L’objectif stratégique est de renouveler le parc vieillissant de centrales électriques tout en réduisant l’impact en termes d’émission de gaz à effet de serre. Pour cela, le plan énergétique britannique pour les deux prochaines décennies s’appuie principalement sur l’extension de son parc nucléaire avec le développement de quelques 19 GW d’éolien offshore.



Quelles conditions sont les conditions nécessaires pour une « bonne » politique de soutien des EnR ?


Pour qu’une politique de soutien soit efficace, certaines conditions sont nécessaires :

• Mettre en place des mécanismes incitatifs pérennes, par filière, adaptés aux degrés de maturité et de compétitivité des énergies renouvelables en veillant à leur stabilité et à leur lisibilité dans le temps ;

• Ouvrir le financement des projets d’énergies renouvelables à taux préférentiels. L’enjeu de l’accès à des financements à bas coût est un facteur déterminant de l’équilibre économique des projets d’énergies renouvelables ;

• Adapter les politiques de soutien aux évolutions technologiques et institutionnelles tout en gardant une continuité et une visibilité à tous les acteurs ;

• Garantir un environnement institutionnel fort et stable ;

• Constituer un vrai tissu industriel basé sur le savoir-faire local ;

• Adapter les réseaux de transport et de distribution de l’électricité aux contraintes des énergies renouvelables, en les faisant évoluer vers des « Smart Grids » (avec des modèles prévisionnels des productions, des techniques de stockage de type pompage-turbinage) ;

• Croire que le modèle alternatif peut devenir la norme. Il est scientifiquement prouvé qu’on peut couvrir l’ensemble de nos besoins énergétiques avec des énergies renouvelables. La confiance peut inciter les acteurs industriels et financiers à développer une activité économique et commerciale porteuse d’avenir et de profits.

 

L’auteur


Wael Elabed (2006)

Diplômé de Télécom ParisTech et de Sciences Po Paris, Wael ELABED a débuté son parcours professionnel dans le conseil en organisation dans les environnements des nouvelles technologies de communication.
Début 2009, il se lance dans une expérience entrepreneuriale qui le mène à la création et le développement d’EKORE, entreprise française spécialisée dans le développement et le financement de centrales photovoltaïques. Depuis 2013, Wael a rejoint à nouveau le monde du conseil.

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