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Revue 172 - Modèle économique de l'effacement diffus

Articles Revue TELECOM

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10/04/2014



Modèle économique de


l’effacement diffus

 



par Fabien CHONÉ dans la revue TELECOM n° 172
 

Qu’est-ce que l’effacement diffus ?

L’effacement diffus consiste à reporter ou à anticiper une consommation d’électricité pour l’ajuster aux besoins du système électrique.

L’effacement diffus se distingue de l’effacement industriel ou tertiaire car il fait appel non pas à des gros sites à forte consommation mais à une multitude de petits sites principalement résidentiels.

Si pour les effacements industriels on recourt principalement à la substitution qui vise à utiliser une autre capacité de production sur site pour réduire la consommation sur le réseau (exemple du groupe électrogène) ou bien à l’abandon d’un usage (méthode radicale à mettre en face d’une perte de production), dans le résidentiel on privilégie le report/anticipation d’une consommation : consommer moins durant les heures de tension pour consommer plus à un autre moment.

En France, les usages de l’électricité sont marqués par la présence massive de chauffage électrique et de ballons d’eau chaude. Il y a donc un besoin fort de flexibilité pour permettre de passer la pointe du soir où chauffage, cuisson, télévision et autres se conjuguent. Le développement de sources d’électricité renouvelables comme l’éolien ou le solaire viennent également accroitre les fluctuations entre la production et la consommation d’électricité.

Il faut rappeler qu’à tout moment, pour maintenir le système électrique à l’équilibre, il est nécessaire de produire exactement ce que les utilisateurs des réseaux consomment. Il a donc été historiquement choisi de construire un parc d’unités de production centralisées de forte puissance ayant les flexibilités nécessaires pour s’adapter à la demande. Ce modèle commence cependant à évoluer.

En effet, aux pointes de consommation, lorsque la demande est extrême pendant une ou deux heures, il est nécessaire d’équilibrer le système pour éviter les coupures. Quasiment toutes les centrales de production étant à puissance maximale, le nombre de possibilités est réduit :

  • Soit augmenter la production en démarrant une centrale restée à l’arrêt sur les deux heures concernées
  • Soit réduire la consommation sur les deux heures concernées en modifiant ou en reportant les usages

Première solution : pour augmenter la production pendant un nombre d’heure réduit il est nécessaire d’utiliser des moyens de production flexibles pas encore mobilisés. Par construction les derniers moyens non mobilisés sont ceux dont l’électricité coûte le plus cher à produire : ce sont essentiellement des centrales à gaz ou au fioul. C’est la méthode privilégiée ces dernières années, qui nécessite de construire des centrales ne tournant que quelques heures par an.

Seconde solution, recourir à l’effacement et à l’effacement diffus. Le report/anticipation d’une consommation, méthode la plus répandue chez le consommateur résidentiel, permet de différer la consommation notamment de chauffage pendant un court instant en la reportant dans le temps.

Chauffer un logement bien isolé ou porter à température d’usage un ballon d’eau chaude nécessite une quantité d’énergie fixe quel que soit l’heure de fonctionnement. C’est partant de ce constat qu’EDF a mis en place des heures creuses pour faire fonctionner les ballons hors des périodes de pointe sans perte de confort pour l’utilisateur. C’est dans le même principe que l’on peut stopper quelques minutes un chauffage et chauffer un peu plus longtemps après sans perte de confort.

Les nouvelles technologies permettent désormais de mettre en place des outils commandés à distance de gestion de la charge des radiateurs et les compteurs de demain « Linky » permettront d’envoyer des incitations tarifaires plus précises. Les pouvoirs publics ont donc souhaité inciter au développement de l’effacement notamment au travers de la loi « Brottes ».
 

Quel modèle économique pour l’effacement diffus ?

L’effacement diffus nécessite l’installation de matériel chez le client pour un coût de plusieurs centaines d’euros. Cette installation permet par exemple de couper le chauffage à des moments choisis par l’opérateur d’effacement. Direct Energie a lancé un projet pilote nommé Modelec sur plusieurs centaines de client.
 

Quels sont les gains pour la collectivité?

  • Une flexibilité accrue : cette possibilité d’intervenir sur sa consommation peut être offerte comme un service au Reseau de Transport d’Electricité en échange d’une rémunération
  • Un report d’une consommation d’un moment de tension à un moment de plus faible tension évitant ainsi de démarrer une centrale au fioul. Réduisant ainsi le coût de production de l’électricité
 

Enfin, pour éviter les coupures très couteuses économiquement, la collectivité a le choix entre :

  • Inciter à la construction de capacité de production
  • Inciter au développement de capacités d’effacement

Chaque centrale électrique participe à éviter la coupure, chaque capacité d’effacement y participe également. La centrale qui ne tourne que les quelques heures les plus chères ne peut être rentable sans rémunération au titre de la coupure qu’elle évite : on appelle cela la rémunération de la capacité. Il en est de même de la capacité d’effacement.

Aujourd’hui, le cadre réglementaire naissant prévoit de rémunérer la flexibilité via RTE et les économies d’énergies en revendant l’énergie achetée au fournisseur sur les marchés de gros. Mais il n’est pas envisagé de rémunération de la capacité.

Il est certes vrai que le client final, prenant conscience de sa consommation grâce au matériel installé chez lui, va peut-être réduire la température de son logement pendant ses vacances ou pendant les heures de bureau. Ces économies d’énergie seront pour lui des économies sur sa facture et pourraient donner lieu à avantage au même titre que la pose de nouvelles fenêtres. Ce n’est par contre pas la logique de l’effacement.

L’effacement, pour sa part, déplace une consommation. Nous sommes donc inquiets que les pouvoirs publics essayent de le valoriser comme une économie d’énergie. Il y a un vrai risque de ne pas obtenir une rémunération suffisante ou au moins cohérente avec les vrais bénéfices pour la collectivité.

En réalité la valeur de capacité, valeur qu’aurait l’effacement en ce qu’il pourrait éviter une coupure, n’est pas rémunéré. Or cette rémunération est essentielle pour espérer rembourser le prix d’une installation. Un marché de capacité est aujourd’hui à l’étude, il ne sera opérationnel qu’au minimum dans deux ans et son efficacité n’est pas assurée : ce n’est pas suffisant pour lancer des investissements.
 

Comment améliorer les choses ?

La loi « Brottes » prévoit le versement d’une prime aux effacements. Le contenu de cette prime n’est pas encore défini mais les premières prises de position de la Commission de Régulation de L’Energie sont inquiétantes : la rémunération de la capacité en est absente. Or sans cette rémunération pas de développement des effacements diffus.

Egalement, pour les effacements basés sur des systèmes de commande distante, le coût de déploiement reste important : il faut la plupart du temps avoir recours à un électricien. Nous proposons d’en mutualiser l’installation avec « Linky », le compteur de nouvelle génération, partageant le déplacement de l’électricien pour déployer à moindre coût l’effacement diffus.

Enfin, la rémunération de l’effacement en tant qu’économie d’énergie c’est-à-dire en revendant sur le marché l’électricité injectée par le fournisseur est une impasse. Nous proposons plutôt que soit reversé le différentiel de prix de marché entre les heures chères où la consommation est réduite et les heures moins chères où elle est reportée : ceci inciterait à réduire les tensions sur le système par des effacements aux meilleurs moments. 

 

L’auteur
 


Fabien Choné
, Directeur Général délégué Energie et Stratégie de Direct Energie

Ancien élève de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Ponts & Chaussées, Fabien CHONÉ a exercé différentes fonctions durant 7 ans chez EDF au sein de la direction recherche et développements et de la direction de la stratégie. Il a cofondé Direct Energie en 2003 et en est le Directeur Général Délégué. Direct Energie est aujourd’hui le premier fournisseur alternatif de gaz et d’électricité sur le marché de masse, avec plus d’un million de clients professionnels et résidentiels. Fabien Choné est également le Président de l’ASSOCIATION NATIONALE DES OPERATEURS DETAILLANTS EN ENERGIE (A.N.O.D.E).

 

 

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