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Revue 172 - Pour plus d'efficacité énergétique

Articles Revue TELECOM

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10/04/2014

Pour plus d’efficacité énergétique

 

dans le secteur des TIC et dans les

autres secteurs grâce aux TIC

 

par Jean-Manuel Canet (1991) dans la revue TELECOM n° 172

Les relations entre technologies de l’information et de la communication (TIC) et énergie recouvrent deux dimensions : la consommation d’énergie propre de ces technologies, spontanément en croissance si rien n’est fait et que les acteurs du secteur cherchent à limiter, et les apports de ces technologies pour réduire la consommation d’énergie dans l’ensemble des secteurs. Cet article présente des exemples d’actions selon ces deux dimensions.


Plusieurs incitations à agir

Augmentation du coût de l’énergie, sécurité d’approvisionnement, émissions de gaz à effet de serre et risque climatique : les défis associés à l’énergie ne manquent pas.

Le développement des réseaux haut débit fixes et mobiles, des centres de données, la croissance phénoménale des données échangées entraînent, s’y rien n’est fait, une croissance régulière de la consommation d’énergie des technologies de l’information et de la communication.

En parallèle, le coût de l’énergie augmente et la fiscalité carbone se développe dans plusieurs régions dans le monde. Au total, le poids du coût de l’énergie dans l’ensemble des coûts augmente.

Par ailleurs, les réglementations se renforcent en matière de reporting nationaux et internationaux énergie et gaz à effet de serre. Les référentiels, tels que l’ISO 50001 ou l’ISO 26000 se développent.

Pour les acteurs du secteur des TIC viser plus d’efficacité énergétique correspond aussi à identifier et à gérer les risques associés à leur dépendance à la consommation d’hydrocarbures et aux émissions de gaz à effet de serre.

De plus, le secteur des TIC a la particularité d’inventer et de proposer des produits et services qui peuvent réduire et optimiser la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble des secteurs de l’économie. Eco-concevoir des produits et services et convaincre des bénéfices apportés, dans certains cas, par ses produits et services c’est un enjeu qui sera probablement de plus en plus important à l’avenir.
 

Limiter les consommations d’énergie du secteur des TIC

Cette ambition concerne désormais tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement. Depuis les constructeurs d’équipements en passant par les grands acteurs de l’Internet, les développeurs de logiciel, d’applications, les intégrateurs ou les opérateurs.

Comme le défi est de taille et qu’une seule action ne suffit pas, les acteurs mettent en œuvre des plans d’actions détaillés souvent pilotés par une ou plusieurs équipes dédiées. Ces actions sont plus efficaces lorsqu’elles concernent toutes les étapes du cycle de vie, depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie.

L’efficacité énergétique est d’abord celle de chacun des équipements, depuis l’énergie nécessaire pour les fabriquer, en passant par leur consommation durant leur phase d’usage et en terminant par la capacité à recycler tout ou partie de leurs composants.

Elle passe aussi par une chasse à l’énergie consommée non utile, et cette chasse peut prendre des formes très variées : extinction automatique des ordinateurs ou imprimantes de bureau non utilisés la nuit ou en fin de semaine, réalisation de cartographie des applications tournant sur les serveurs pour optimiser ces serveurs en les consolidant ou en les virtualisant. L’écoconception logicielle fournit aussi un axe de progrès intéressant.

Orange a par exemple engagé de nombreuses démarches pour limiter, à l’échelle du Groupe, ses consommations d’énergie et ses émissions de gaz à effet de serre. Orange s’est donné comme objectif de réduire de 15% ses consommations d’énergie en 2020 par rapport aux niveaux de 2006 et de 20% ses émissions de gaz à effet de serre sur la même période. Les actions engagées et progrès réalisés sont suivis régulièrement par le Comité Exécutif du Groupe.

Les actions se déclinent selon 3 grandes dimensions : les réseaux, les bâtiments et les transports.

Concernant les transports, la politique du Groupe comprend notamment le renouvellement progressif de la flotte par des véhicules plus économes, de nombreuses formations à l’éco-conduite et l’incitation à utiliser les solutions d’audioconférence ou de visioconférence plutôt que se déplacer physiquement.

Concernant les bâtiments, le Groupe met en place progressivement des solutions permettant de réduire les consommations d’énergie associées à l’éclairage, au chauffage ou à la climatisation. Le Groupe lance régulièrement des programmes de sensibilisation de ses salariés aux « gestes verts » et les nouveaux bâtiments sont aux meilleurs standards d’efficacité énergétique.

Concernant les réseaux, un plan d’action très détaillé mobilise les équipes de Groupe pour la limitation des consommations d’énergie de l’ensemble des réseaux, des centres de données et de la bureautique.

De nombreuses solutions sont testées puis déployées. A titre d’exemples le Groupe :

• met en œuvre la ventilation assistée pour rafraîchir ses centres de données,

• autorise des plages de températures plus larges dans ses centres de données,

• remplace l’alimentation au diesel de stations mobiles en Afrique par une alimentation à partir d’énergie photovoltaïque produite sur place,

• remplace progressivement les équipements de ses réseaux mobiles par des équipements plus efficaces énergétiquement.
 

Les technologies de l’information et de la communication pour les autres secteurs

Les technologies de l’information et de la communication apportent de nombreuses opportunités pour réduire les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre dans de nombreux secteurs de l’économie. Plusieurs études (Commission Européenne, Smart 2020, UIT avec le Gouvernement de Corée du Sud…) ont estimé que les gains apportés par les TIC pourraient être jusqu’à 3 à 5 fois supérieur aux émissions de gaz à effet de serre du secteur des TIC.

Les technologies de l’information permettent et permettront d’optimiser la production et la consommation d’électricité, en particulier dans un contexte où la production d’électricité distribuée est amenée à se développer, avec la gestion de l’auto-consommation d’électricité produite, le stockage distribué de l’énergie et la gestion de la mobilité électrique automobile. Bien sûr les TIC permettent et permettront d’effectuer cette gestion à distance et de manière programmée, optimisée.

La généralisation de la télémesure et de l’optimisation des consommations énergétiques dans les bâtiments, professionnels et privés, en complément de leur rénovation physique, est porteuse de gains potentiels significatifs. D’ores et déjà les bâtiments qui sont équipés de ce type de systèmes obtiennent des réductions de consommation de l’ordre de 20 à 30%.

Par ailleurs, les services de visioconférence permettent d’éviter les déplacements et, par exemple vis-à-vis de longs trajets intercontinentaux, de réduire très significativement l’énergie consommée et les émissions de gaz à effet de serre associées, y compris lorsque l’analyse est menée sur tout le cycle de vie.

Les TIC facilitent grandement le développement de services de partage d’utilisation. De nombreuses applications se sont développées, dans le domaine de l’automobile, des vêtements, des outils… Dans un monde où la ressource énergétique devient plus onéreuse, ces applications sont promises à un bel avenir.

Au-delà de ces exemples, les TIC devraient permettre chaque jour davantage la diffusion, à moindre coût et sur l’ensemble de la planète de solutions qui permettent davantage d’efficacité énergétique.
 

Mesurer et piloter pour agir dans la bonne direction

Que ce soit pour évaluer ses propres consommations d’énergie, émissions de gaz à effet de serre ou pour évaluer les bénéfices apportés par les TIC dans d’autres secteurs, il est nécessaire d’évaluer et de piloter les impacts énergétiques et gaz à effet de serre.

La comptabilité énergétique et gaz à effet de serre se développe progressivement au sein des entreprises. L’adoption de méthodes communes, comme celles développées par l’Union Internationale des Télécommunications, l’Agence des Nations Unies en charge des Technologies de l’Information et de la Communication, permet déjà et permettra à chaque acteur de progresser, d’évaluer ses actions et de mettre en avant les bénéfices concrets apportés par les TIC.

Plus d’efficacité énergétique dans le secteur des TIC et dans tous les secteurs de l’économie grâce aux TIC : quels beaux défis ! et, pourvu que les investissements soient au rendez-vous, que d’emplois et d’échanges sociaux positifs en perspective ! 
 

L’auteur


Jean-Manuel Canet (1991) est Senior Manager chez Orange Consulting.

Il intervient comme Vice-Président du Groupe de Travail « TIC et Changement Climatique » à l’Union Internationale des Télécommunications , UIT-T Commission d’Etudes Environnement et Changement Climatique.

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