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Revue 173 - La disruption bancaire et les dessous de l'Apple Bank

Articles Revue TELECOM

-

15/07/2014



La disruption bancaire 

et les dessous de

l’Apple Bank


 


Par Emmanuel FRAYSSE dans la revue TELECOM n° 173
 

Nous vivons une époque dynamique… et turbulente. Le secteur de la banque n’échappe pas à la disruption en-cours. Encore périphérique il y a 15 ans, le digital est désormais au centre de toutes les attentions sous la pression des diginautes qui ont adopté les réflexes numériques. Les banques traditionnelles se retrouvent désormais face à de nouveaux challengers prêts à en découdre, notamment les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Apple et Amazon semblent en tête de la fronde mais les autres sont aussi dans la course. Au choix pour eux : développer une infrastructure de paiement ou aller plus loin et devenir une banque à part entière (mais avec un périmètre différent des banques actuelles). Autant la 1ère option autour de l’infrastructure de paiement est déjà en cours, autant la 2nde demeure hypothétique mais, néanmoins, plus envisageable que jamais.
 

Le consommateur semble prêt à faire confiance aux nouveaux entrants

Déjà en 2012, l’idée d’une Apple Bank rencontrait un écho favorable. Selon une étude menée en Angleterre et aux Etats-Unis par KAE1, 1 personne sur 10 envisageait favorablement de considérer Apple en tant que banque potentielle et, surtout, 43% des utilisateursApple étaient favorables à cette idée. Au cœur de cette adhésion : la confiance en Apple. Ainsi, à l’époque, sur la base de plus de 300 millions de comptes iTunes, le lancement aurait permis à Apple de compter plus de 30 millions de membres dès le lendemain de l’annonce… Bien entendu, cette étude induit divers biais mais la question mérite que l’on s’y attarde.

Pour bien comprendre les ordres de grandeur, en France, Boursorama Banque, un des leaders de la banque en ligne, recense environ 500 000 comptes ouverts et Hello Bank, la banque mobile de BNP Paribas lancée fin 2013, vise 500 000 comptes d’ici quelques années mais n’en a acquis pour le moment que quelques dizaines de milliers… Depuis 2012, la position de marché d’Apple s’est renforcée. Apple dispose désormais de plus de 800 millions de comptes iTunes liés majoritairement à une carte bancaire, un record pour toute entreprise dans le monde. Ses challengers digitaux sont Amazon qui peuts’appuyer sur 237 millions de comptes et Paypal qui dispose de 143 millions de comptes actifs. Google semble être distancé pour le moment sur ce sujet. (cf schéma des comptes iTunes)

Brevet Apple : le Guichet Automatique de Banque mobile, virtuel et P2P

 

GAFAM vs banques traditionnelles

D’un côté, les GAFAM ont profondément intégré la logique des données dans leur ADN et savent «connecter les points différemment» pour mieux en tirer profit. De l’autre côté, les banques disposent des données de leurs clients mais peinent à les utiliser autant par manque d’agilité interne qu’à cause des restrictions induites par les réglementations locales.













La création des comptes iTunes s’est accélérée depuis 2012 (Source : BusinessInsider)


Comme l’énonce Francisco González, Chief Executive of BBVA2, nous sommes entrés dans l’ère du BIT (Banking, Information and Technology). Chaque partie prenante possède ses forces et faiblesses. Pour réussir, les acteurs traditionnels doivent profondémentévoluer afin de devenir digitaux notamment en termes d’infrastructures techniques vieillissantes sachant que leurs fondamentaux datent souvent du siècle dernier. Objectif : maîtriser les datas et répondre aux attentes des diginautes qui vont au-delà de la simple gestion de compte. Quant aux GAFAM, leur appétit et leurs positions de marchés acquises en moins de 25 ans ne leur donnent pas encore une totale légitimité mais leur avantage compétitif en termes de traitement des données et leur croissance forte constituent des atouts pour entrer sur de nouveaux marchés stratégiques.

 

Vers l’Apple Bank bientôt ?

Pourquoi lancer une nouvelle banque maintenant ? Parce que, loin d’avoir terminé leur mue, les banques traditionnelles sont fragilisées et peu agiles et que Apple a fait évoluer l’iPhone version après version pour qu’il s’apparente à une agence digitale « à portée demain » grâce notamment à 3 technologies intégrées :

• Passbook, portefeuille digital de cartes (ex : cartes de fidélité, coupons de réduction,…) ;

• iBeacon, technologie de micro-géolocalisation d’intérieur utile pour une approche commerçante ;

• Touch ID, la reconnaissance de l’empreinte digitale par scan, qui constitue bien plus qu’un moyen de sécurisation puisqu’il peut être utilisé comme moyen de paiement.

Apple dispose d’une trésorerie de 150 milliards de dollars pour asseoir la disruption bancaire par la mobilité. Bien sûr, cette Apple Bank se concentrerait sur certaines opérations et pas sur la totalité du périmètre actuel d’une banque de détail. Par exemple, les spécificités locales de la banque de détail telles que les PEA et PEL ne feraient pas partie de son périmètre sachant que sa vision serait « glocale » (globale et locale). Et les législations locales contraignantes constituent des barrières à l’entrée non négligeables. Tout n’est pas si simple.

L’Apple Bank existe déjà, je l’ai vue… A New-York. Et si Apple rachetait l’Apple Bank ? Ce n’est pas parce que cela est possible qu’Apple deviendra une banque. Apple ne rentre sur des marchés que si Apple perçoit une façon disruptive de faire bouger les lignes. Ceci dit, comme le disait Steve Jobs, « soyez insatiables, soyez fous. »
 

1. http://kae.com/ideabank/in-apple-we-trust/

2. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/bc70c9fe-4e1d-11e3-8fa5-00144feabdc0.html?siteedition=intl#axzz30Zc2xbFw


 

L’auteur
 


Digitaliseur depuis 15 ans, Emmanuel Fraysse a travaillé dans les start-ups puis a créé sa propre agence de conseil en Digital Marketing. Ensuite, il a rejoint MSN France (Microsoft) avant de participer au développement des activités digitales du groupe media Infopro Digital. Fondateur de Digilian, agence spécialisée en Digital Business & Social Media, il est par ailleurs enseignant depuis 10 ans (Sciences Po Paris, Université Paris Ouest, …) et auteur de plusieurs livres.Son dernier livre« Business is Digital – C’est le moment » a été adapté en anglais et en russe.


Son empreinte digitale :
 

- Twitter : @manufraysse

- Slideshare : http://www.slideshare.net/emmanuelfraysse/

- Sites : www.businessisdigital.comwww.digilian.com


 

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