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Revue 173 - Solvency 2 La transparence des assureurs

Articles Revue TELECOM

-

15/07/2014



Solvency 2
 

La transparence

des assureurs



 


Par Emmanuel Nusimovici (1991) dans la revue  TELECOM n° 173
 

La directive Européenne « Solvency 2» a pour but de protéger les assurés en garantissant la solvabilité des compagnies d’assurance en toute circonstance. Dans ce cadre, chaque risque doit être couvert par une provision en fonds propres.

En plus du risque assurantiel, les assureurs sont soumis à d’autres risques. Le facteur, quantitativement le plus important est le risque de marché. Il représente souvent 45% environ de la valeur totale en risque. Dans le cas de l’assurance vie, il est même supérieur au risque assurantiel. À titre de comparaison, le risque opérationnel qui inclut la sécurité des systèmes informatiques et les erreurs humaines ne représente qu’environ 15%, c’est-à-dire 3 fois moins.
 

Ordres de grandeurs de la part relative des différentes valeurs en risques

Les différentes mesures de risques sont corrélées et non linéaires. En règle générale, la somme des valeurs en risque est supérieure à la valeur en risque de la somme. Comme les capitaux propres mobilisés en dépendent, il est nécessaire de consolider toutes les données.

Les actuaires ont l’habitude de consolider les informations nécessaires à la couverture assurantielle. Il n’en va pas de même pour les autres risques. Cette question se complexifie lorsque, comme dans le cas de l’assurance vie, les données sont externes à la société.

La gestion des actifs financiers y prend souvent la forme d’investissements dans des parts de fonds gérés par des sociétés de gestions externes. Cette multi-gestion pose un problème de transparence. Solvency 2 impose la maîtrise de tous les facteurs de risques de marché. Il n’est pas suffisant de connaitre le risque global lié à une part d’OPCVM, il faut également connaitre les risques individuels :

• Risques liés à l’évolution des données de marchés : prix d’obligations, d’actions, taux, cours de change, volatilité…

• Risques liés à la nature des produits financiers : options implicites, opérations sur titres…

La « Transparisation » ou « Look Through » en anglais est l’opération qui consiste à convertir un portefeuille contenant des parts de fonds en un portefeuille équivalent portant sur les actifs nus. Il en existe à plusieurs niveaux :

• Un niveau granulaire. Il s’agit d’exposer les positions au niveau de toutes les composantes de risque d’un actif sous- jacents. Ce niveau est nécessaire pour appréhender les risques sur les produits structurés.

• Un niveau consolidé. Il s’agit d’exposer les risques liés à un secteur d’activité, une zone géographique… Ce niveau est celui qui est déjà utilisé pour les rapports mensuels à destination des clients pour les OPCVM actions en multigestion.

L’allocation des fonds propre est faite à un niveau « transparisé ».

La principale difficulté réside dans l’obtention du contenu des fonds. Cette information existe au niveau des gérants et des dépositaires. Si réglementairement ils sont tenus de publier le contenu de leurs portefeuilles, aucun format n’est imposé et le temps réel n’est pas obligatoire.


Indépendamment de Solvency 2, ce problème existe déjà pour les gérants de portefeuilles en « multigestion » - c’est-à-dire de portefeuilles contenant des parts d’autre fonds – dans le cadre du reporting périodique à leurs clients. Une étude réalisée par Gaia transparence révèle que sur un échantillon de 45 gérants de portefeuilles en multi-gestion :

• Seulement 2 affirment avoir une solution entièrement automatisée

• 17 demandent à leurs dépositaires de remplir des tableurs et ensuite les intègrent à leur solution de transparisation

• Le reste obtient les données de façon « artisanal » : fichiers PDF obtenus sur Internet, échange d’e-mail avec les dépositaires ou gérants…
 


Le fait que ce processus soit manuel accroit le risque opérationnel. L’étude de Gaia transparence révèle qu’il y a environ une erreur pour 10 fichiers. Rappelons que le risque opérationnel est également pris en compte dans l’allocation de fonds propres.

En fait, cette tâche peut être automatisée. Le « Parsing » est une opération informatique où un logiciel ouvre un fichier structuré ou non (type PDF), voire une image, et produit un contenu structuré.
 

Nature des données dans le cadre de Solvency 2
(diagramme provenant de HSBC Security Services)

En ce qui concerne les sociétés d’assurance, dans le cadre de Solvency 2, deux approches existent pour l’acquisition du contenu des portefeuilles :

• Une normalisation des formats et des pratiques de l’industrie financière,

• L’utilisation de techniques de gestion de données type « big data » associée à un logiciel de « parsing » et de « transparisation ».

En France, le Club Ampère (Asset Management PErformance & REporting), regroupant les plus grandes sociétés de gestion, œuvre pour la normalisation de la gestion d’actifs. En particulier, il soutient des initiatives telles que « FundXML ». C’est un formatnormalisé pour le reporting des fonds. Si ce processus de normalisation avance en France, c’est plus difficile hors de nos frontières. En particulier la granularité réglementaire de la transparisation n’est pas la même partout en Europe. Si une agrégation par secteur ou pays est suffisante au Royaume Uni, l’autorité française (ACPR) exige un niveau plus fin. Par ailleurs, les pays extra européens ne sont pas concernés par Solvency 2. La marche vers la normalisation se veut consensuelle donc longue.

Cependant l’échéance de Solvency 2 est proche : Janvier 2016 (cf tableau).

Pour faire face à cette échéance, certains assureurs sous-traitent l’obtention des informations à leurs dépositaires. Ils n’investissent ainsi que dans des fonds gardés par leur dépositaire. La méthode est efficace mais contraignante. En effet, l’univers d’investissement est réduit. Les sociétés de gestion ne sont retenues qu’en fonction du respect du format imposé par un dépositaire plutôt que par la performance de leurs gérants. De plus, il devient impossible d’investir hors de France.

Une autre approche complémentaire consiste à utiliser les techniques modernes d’écoute et de « parsing » :

• De nombreux outils permettent « d’écouter Internet ». Ils seront paramétrés pour détecter toute modification de fichier contenant le contenu des portefeuilles.

• Un logiciel charge automatiquement les fichiers, les « parse » (crée un contenu structuré à partir d’une image), et « transparise » le portefeuille.

Tous les acteurs s’accordent sur la nécessité d’une norme. Cependant, l’utilisation de logiciels intelligents pour l’acquisition des données reste une solution intérimaire possible. Elle demeure une option pour les investissements extra Européens.
 

  Pilier 1 Pilier 2 Pilier 3
Marché      
Assurance Analyse Analyse Transparisation
Crédit Quantitative Qualitative Consolidation
Liquidité     Reporting
Opérationnel     Publication
01/01/2016 - Solvency 2

 

 

L’auteur
 


Emmanuel 
Nusimovici (1991), dirige Gaia Transparence, un éditeur de logiciel en open source pour les marchés de capitaux.

Il a 23 ans d’expérience en informatique et en finance de marché.

Il a travaillé chez Misys, Sungard, Calypso et à la Société Générale (trading dérivées de changes).

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