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Revue 174 - Joyn ou le nouveau service de communication 100% opérateur !

Articles Revue TELECOM

-

15/10/2014



Joyn ou le nouveau service

de communication 

100% opérateur !



Par Grégoire Galievsky (2000) dans la revue TELECOM n° 174

 

Avec l’arrivée massive de nouveaux acteurs en provenance du monde de l’Internet, les opérateurs se voient désormais concurrencés sur des services qu’ils considèrent comme appartenant à leur cœur de métier. What’sapp, Skype, Line ou encore iMessage et FaceTime grignotent chaque année des parts de marché aux SMS ou aux appels vocaux. 
Ces services en pleine croissance profitent largement des possibilités techniques offertes par les réseaux 4G en proposant toujours plus de fonctionnalités à leurs clients. En 2014, le nombre de messages instantanés envoyés depuis un mobile devrait dépasser celui des SMS. Pour rester dans la course, les opérateurs doivent réagir en proposant de nouveaux services de communication innovants et 100% 4G.
Leur réaction s’appelle Joyn !

La fin d’une ère

Le SMS reste largement utilisé par les Français, pour s’échanger leurs vœux de bonne année. On bat à chaque fois de nouveaux records ; cependant pour la première fois en 2014 l’augmentation semble marquer le pas.

Les opérateurs ont fait leurs comptes et en dehors de Free qui est un nouveau venu dans le monde de la téléphonie mobile, le nombre de SMS envoyés tous opérateurs confondus n’a pas progressé en 2014.



Source : Orange SA
 

Et même si le nombre de MMS envoyés a augmenté, ce phénomène n’explique pas à lui seul la stagnation du nombre de SMS envoyés.

Les Français seraient-il moins enclins à se souhaiter la bonne année ? Ou faut-il chercher une réponse autre part, dans les solutions de messagerie instantanée alternatives comme Skype, Viber, What’sapp, ooVoo ou plus récemment Line qui proposent aux clients des opérateurs d’appeler ou d’envoyer des messages gratuitement ?

Ces messageries alternatives ont tellement de succès que les constructeurs de terminaux mobiles eux-mêmes s’y mettent ; certains comme Nokia intègrent directement Skype dans leurs téléphones, d’autres proposent leurs propres services comme Apple avec iMessage, BlackBerry avec BBM ou Samsung avec Chaton.

Face à autant de concurrence, les opérateurs peuvent-ils encore sauver le SMS ?
 


Les opérateurs sur la défensive

La fin du SMS est déjà une réalité dans certains pays qui n’ont pas pu empêcher l’irrésistible ascension des OTT (Over The Top) ; ainsi l’Espagne, la Corée, les Pays-Bas ont déjà pu constater l’effondrement de l’usage du SMS au profit de concurrents comme What’sapp ou Kakao Talk.

Et ce succès ne laisse pas indifférent les géants de l’Internet puisque Skype s’est fait racheter 8m$ par Microsoft et que Facebook vient d’acquérir What’sapp pour 16m$.

De manière générale, dès 2014, l’usage des messages instantanés devrait dépasser celui des SMS.

Pour rester dans la course, les opérateurs devront recréer un nouveau service de communication plus performant, capable de tirer profit des très hauts débits offerts par la 4G.

Les clés du succès

Objectivement, rien ne prédestinait le SMS à devenir le premier service de messagerie mobile, qui, 20 ans après son lancement, continue de devancer des géants de l’Internet comme Facebook ou Microsoft.

Lors de son lancement commercial en 1997, 80% des français affirmaient qu’un téléphone servait avant tout à téléphoner et non à écrire. Et les chiffres semblaient leur donner raison : pendant deux ans, ce service est resté méconnu et peu utilisé.

Il faudra attendre l’interconnexion du SMS entre les trois opérateurs français pour en voir l’usage décoller. Avec sa tarification à l’unité, le SMS s’est vite révélé comme une poule aux œufs d’or pour les opérateurs.

A posteriori, on peut résumer la recette du succès du SMS en trois mots :

• Simplicité

• Fiabilité

• Universalité

Or ces trois spécificités sont loin d’être acquises par les concurrents du SMS.

En analysant de près la situation, les opérateurs semblent encore disposer d’atouts importants dont ils peuvent jouer pour contrer la concurrence.

La simplicité tout d’abord. Les services comme Skype ou Viber nécessitent la plupart du temps l’installation d’une application sur le mobile, la création d’un compte et imposent d’inviter des contacts avant de pouvoir les appeler. Ce n’est pas le cas du SMS.

La fiabilité impose un contrôle de bout en bout du service : réseau, distribution, assistance, ce qui est le cas pour le SMS.

Or les tiers ne contrôlent pas les réseaux qu’ils utilisent pour diffuser leurs services, ce qui permet à certains opérateurs de filtrer ces usages. Cependant la pression des organismes de régulation et l’arrivée des réseaux de 4ème génération permettront d’améliorer la qualité des réseaux pour les services concurrents en assurant une fiabilité quasiment identique.

Les opérateurs ont la possibilité de demander aux fabricants de téléphone d’installer des services comme le SMS ou le MMS sur les téléphones. Les OTT n’ont généralement pas cette opportunité.

Les opérateurs ont aussi la possibilité d’installer une relation de confiance en assurant le service après-vente et éventuellement la facturation ce qui est généralement plus compliqué pour les OTT.

Enfin, la fiabilité fait également intervenir la confiance que peut avoir l’utilisateur dans un service. Les opérateurs sont en mesure de garantir cette confiance.

Les rumeurs sur une utilisation inappropriée des données personnelles des utilisateurs par les OTT sont nombreuses. Les révélations faites sur les méthodes de la NSA viennent renforcer la méfiance des clients et les sensibilisent sur l’importance de préserver leur vie privée.

L’universalité enfin consiste à proposer un service disponible pour tout support et pour tout réseau. Avant d’envoyer un SMS, le client ne se pose généralement pas la question de savoir si le correspondant a un téléphone compatible.

Cela n’est possible que parce que le SMS est un service standardisé. Le SMS a été défini dans le cadre de la GSMA, un organisme de normalisation intégrant les principaux opérateurs européens.

C’est donc au sein de la GSMA également que devra naître la norme de communication du futur.
 

RCS : la nouvelle norme de communication


Source : Orange SA

En 2007 les cinq grands opérateurs européens ont déci

dé de se lancer dans l’aventure « RCS » pour Rich Communication Suite. Cette norme prendra par la suite le nom de Joyn, plus facilement mémorisable.

Le cahier des charges de Joyn consiste à proposer de manière standardisée les mêmes services de communication que les OTT. Ces services ont été répartis en deux familles :

Le rich messaging qui comprend :

• Le tchat entre utilisateurs ;

•  l'envoi de fichiers entre utilisateurs ;

•  les discussions de groupe instantanées.

Le rich call qui comprend :

•  Le partage de vidéo en cours d'appel ;

•  Le partage de fichiers pendant un appel.

Grâce à cet effort de normalisation, ces services sont mis en place de façon homogène par l’ensemble des opérateurs. Ils peuvent également être intégrés nativement par les constructeurs de terminaux : Samsung, Nokia, LG, BlackBerry, Huawei, ZTE, Sony ont choisi d’intégrer la norme RCS directement dans leurs téléphones.

Le service se veut aussi simple à utiliser que le SMS : pas d’application à télécharger, pas de compte à créer : « it’s just there, it just works ! »
 

Illustration des fonctionnalités de Joyn

A titre d’exemple, un fil de discussion Joyn entre deux personnes se présente de manière assez similaire à celui proposé pour les messages SMS (voir écran ci-dessus). Il propose cependant les améliorations suivantes :

• Joyn permet de connaître l'état de réception du message par le destinataire : envoyé/reçu/lu ou en échec,

• Joyn permet d'envoyer/recevoir des fichiers de haute définition et de différentes sortes : images, vidéos, musiques, fiche contact, localisation…

• Joyn permet l'envoi et la réception d'une liste d'Émoticônes normalisées par la GSMA.

A tout moment lors d’un tchat, l’utilisateur peut ajouter d’autres interlocuteurs et ainsi commencer une conversation de groupe.


Enfin, lors d’un appel, si les deux interlocuteurs sont compatibles Joyn, ils verront s’afficher sur l’écran de leur smartphone deux icônes. L’une d’elle permet de réaliser un appel vidéo, l’autre de partager un fichier en cours d’appel.

 



Source : Orange SA


Joyn : déjà une réalité dans plusieurs pays

2013 a été l’année du lancement de Joyn dans plusieurs pays.

A ce jour, 11 pays ont mis en œuvre un service homologué Joyn. Cinq pays ont franchi l’étape du lancement commercial :

• En Allemagne : Vodafone, T-Mobile, O2

• En Corée : KT, LG et SK Télécom

• Aux États-Unis : Metro PCS, AT&T prochainement

• En Espagne : Movistar, Orange, Vodafone

• En France : Orange
 

De prochains lancements sont annoncés en Belgique, Chine, Pologne, Roumanie, Slovaquie. En France, SFR prévoit de rejoindre Orange.

Mais malgré ces lancements, le succès se fait attendre.
 

Des problèmes structurels à résoudre

A l’exception de la Corée, où le lancement a été réalisé en simultané par les trois opérateurs dans une version 4G, le service n’a pas encore rencontré le succès attendu.









 

 













Joyn déjà une réalité dans plusieurs pays
 - Sources : ARCchart

Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons :

En France par exemple, Joyn n’est disponible que pour les clients d’Orange. Il faudra attendre que SFR, Bouygues, Free et les opérateurs virtuels lancent Joyn pour en voir l’usage augmenter significativement.

En Espagne, le nombre de terminaux proposant Joyn est encore limité, le service est au final rarement utilisable. 

Il faudra attendre un nombre critique d’utilisateurs pour que l’usage puisse décoller.

Enfin, la norme actuelle est perfectible. Certaines fonctionnalités importantes ne sont pas disponibles, comme le partage de fichiers dans une discussion de groupe. L’implémentation dans les téléphones n’est pas toujours optimale. Le logo et le service sont encore mal connus. Le service de vidéo dépendant de l’établissement d’un appel ne fonctionne actuellement qu’en 3G en attendant l’arrivée de la VoLTE, Voix sur LTE.

Joyn ne dépasse pas encore les frontières, il ne permet pas d’envoyer de message d’un pays à l’autre même s’ils ont déjà lancé Joyn. Les opérateurs vont devoir réaliser des contrats de partenariat pour permettre au service d’interfonctionner entre leurs réseaux.

Tous ces défauts sont autant de freins au développement de l’usage, mais ces contraintes devraient se résoudre dans un futur proche.

Le nombre de téléphones intégrant Joyn augmente régulièrement et des accords entre opérateurs de différents pays sont en cours.

L’arrivée de la Voix sur LTE, c'est-à-dire de la voix sur les réseaux 4G, permettra un fonctionnement optimal de Joyn en rendant le service full IP.

Il faudra encore plusieurs mois pour que Joyn devienne véritablement un concurrent sérieux du SMS. Néanmoins, la prochaine norme de Joyn prévoit de fusionner les services SMS et Joyn : les messages seront affichés dans une même boîte de réception, et lorsque les deux interlocuteurs seront compatibles Joyn, le téléphone choisira l’envoi d’un message Joyn plutôt qu’un SMS/MMS.

La substitution est en marche !

La communauté des développeurs est déjà mobilisée pour améliorer le service et inventer le service Joyn de demain.
 

Quel Joyn pour demain ?

Joyn se veut un standard ouvert. Le service pourra donc être utilisé bientôt par la communauté des développeurs.

La GSMA a organisé en février 2013 un concours d’innovation autour de Joyn. Des applications concrètes ont été développées dans des services comme Dailymotion ou Viadeo.

Les possibilités d’usages professionnels sont également nombreuses : services de Visioconférence, partage de documents ou sessions de travail collaboratif depuis une tablette avec le tchat de groupe et le partage de document.

La communication intervenant partout, les applications de Joyn sont sans limite dans la santé, l’éducation, la surveillance, les transports, les loisirs.

Et qui sait, les OTT se décideront peut-être à intégrer Joyn dans leurs applications ? On peut tout à fait imaginer Facebook intégrer Joyn dans son site pour réaliser ses fonctionnalités d’IM.

Ainsi, ironie de l’histoire, Joyn pourrait devenir un partenaire indispensable des OTT !
 

Conclusion

Face à la montée des OTT comme Skype, Viber ou What’sapp, Joyn est la réponse la plus pertinente que pouvaient concevoir les opérateurs.

En s’appuyant sur les forces qui ont fait le succès du SMS - simplicité, fiabilité et universalité -, les opérateurs capitalisent sur leurs meilleurs atouts pour s’imposer dans le monde des communications.

Mais Joyn est un projet au long cours. Entamé en 2007, le projet n’a vu le jour qu’en 2012 et avec une offre de services inférieure à celle que propose le marché.

C’est donc une course contre la montre qui s’est engagée et c’est seulement dans leur capacité à équiper rapidement le marché et à se concentrer sur les fonctionnalités clés que les opérateurs parviendront à garder la main sur les services de communication.

Dans le cas contraire, il faut s’attendre à ce qu’un Google ou un Facebook se substituent à l’opérateur sur ces services, celui-ci se voyant réduit au rôle de « tuyau ».

Réussir l’adoption de Joyn est une question de crédibilité pour les opérateurs qui prouveront par-là même qu’ils sont toujours les mieux placés pour continuer à inventer la communication de demain. 

 

L’auteur
 


Grégoire 
Galievsky (2000), a pendant quatre ans chez Orange France SA, conduit un programme consistant à moderniser la suite des services de communication de l’opérateur pour l’adapter aux évolutions technologiques et aux besoins des clients.Au sein de ce programme Grégoire a notamment piloté le lancement de Joyn chez Orange France. Grégoire est actuellement manager chez Orange Consulting dans le secteur Banques et Assurances.

 

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