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Revue 175 - Big data et Smart data : Big bang de la médecine

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015

Big data et Smart data : 
Big bang de la médecine

D’après un entretien du Dr Laurent Alexandre réalisé par L. Martin pour l’hebdomadaire Egora dans la revue TELECOM n° 175

Le fondateur de Google a récemment annoncé la réalisation de machines qui allaient dépasser l’homme dans quelques années. On est donc plus très loin du moment où l’intelligence artificielle va devancer l’intelligence humaine ; d’ici 2050, voire avant. Ceci bouleversera bien des domaines, à commencer par la médecine.

Une révolution en marche qui va bouleverser la médecine

Seuls des ordinateurs sont en mesure d’analyser dans un temps acceptable les trois milliards de base ADN des chromosomes d’un malade ; cela prendrait des décennies à un homme.
 

Ainsi, la « watsonisation » de la santé va être foudroyante, Watson étant le premier système expert en santé, un programme informatique d’intelligence artificielle développé par IBM. Les médecins vont rapidement être dépassés par ces systèmes experts. Car, avec le développement de la biologie moléculaire, des capteurs intégrés, des capteurs sur nos téléphones portables et avec le développement de la génomique, notre dossier médical va s’enrichir en continu de millions d’informations, qu’aucun esprit humain ne pourra traiter en temps voulu ; seuls les systèmes experts, les algorithmes le pourront. La décision va donc passer du médecin aux algorithmes. Actuellement, Watson fait mieux qu’un cancérologue pour analyser les milliards d’informations que recèlent les cellules d’un cancer du poumon ; surtout Watson le fait en quelques secondes.
 

Par ailleurs, l’ensemble des technologies NBIC vont faire reculer la mort, en transformant les cancers actuellement inguérissables en des maladies chroniques bien maîtrisées ; en permettant d’améliorer la lutte contre le vieillissement. C’est pour cela que Google entredans cette thématique de la santé.

Le rôle des puissances publiques

Pour que la puissance publique encadre et régule cet univers, il faudrait qu’elle prenne conscience de ces enjeux. Or, elle est complètement à côté, particulièrement ici, en France, où les pouvoirs publics s’intéressent peu aux enjeux techniques, technologiques et aux industries du futur. Notamment, il y a très peu de prise de conscience des pouvoirs publics sur la problématique de l’intelligence artificielle. Pourquoi ? Le pilotage politique est à très court terme en France et les hommes politiques sont technophobes. Il est d’ailleurs significatif que le Président de la République n’ait même pas d’ordinateur sur son bureau.
 

Actuellement, aux Etats Unis, l’encadrement est assez faible et la puissance publique américaine a plutôt tendance à encourager les industriels à prendre des positions de leader dans toutes ces industries. Les Etats-Unis ne régulent quasiment pas Google et la laisse coloniser le monde entier, tout comme Apple, Facebook, Amazon et Twitter. On voit bien que les principaux acteurs de la Silicon Valley prennent des décisions avec le soutien appuyé des pouvoirs publics qui ont compris ces enjeux industriels et technologiques.

Les risques potentiels de ces nouvelles technologies

Il y a 1 000 dangers et tout ceci doit être encadré mais les pouvoirs publics étant loin de s’en rendre compte, ils ne réfléchissent pas à cela. Quand on voit que l’un des dirigeants de Google annonce que l’on pourra mettre des dispositifs électroniques dans le cerveau humain dès 2035, cela fait réfléchir. Car les dérives, les risques ne sont pas à prendre à la légère. Il peut également y avoir des accidents génomiques, des accidents avec les nanotechnologies ; il y a des risques de manipulation des personnes avec des implants intracérébraux, des risques que l’intelligence artificielle devienne hostile et veuille supprimer l’homme ! Il va falloir anticiper rapidement. Selon la loi de Moore, la puissance des ordinateurs est multipliée par 1 000 chaque décennie. Il faut raisonner demain et non pas aujourd’hui. Les bienfaits sont majeurs et plus importants que les méfaits potentiels. Mais il ne faut pas sous-estimer les effets secondaires.

La question de la déshumanisation de la médecine

Est-ce que cela déshumanise l’aviation que ce soit des ordinateurs qui conduisent un avion à la place des pilotes ?
Est-ce que cela déshumanise la lecture d’acheter un livre sur Amazon plutôt que chez le libraire ?
Est-ce que cela 
déshumanise la musique de l’achetersur itunes d’Apple plutôt que chez un disquaire ?
Vers 2025-2030, la 
prescription ne sera plus faite par un médecin, il se contentera de lire l’ordonnance. Le médecin de 2030 aura le statut de l’infirmière de 2015 ! Et on ne leur demandera pas leur avis ! Ce serait une erreur de croire le contraire ; Apple ou Amazon n’ont pas demandé l’avis des disquaires et des libraires avant de lancer leurs solutions.

 

Et de toute façon, comme nous l’avons déjà dit, les médecins n’auront pas le choix car ils ne pourront pas analyser les données issues de la génomique, trop nombreuses et trop complexes pour le cerveau humain. Même si les recherches ont lieu aux Etats-Unis, lesalgorithmes vont arriver en France en restant la propriété des entreprises de la Silicon Valley. Cela va arriver vite et le choc pour les médecins va être extrêmement violent.

Le rôle de la formation des médecins

Avant que les universitaires de 60 ans ne changent la formation des jeunes médecins et la rende compatible avec le futur, il va se passer un certain temps. Le système universitaire est complètement verrouillé par des gens âgés qui ne sont pas au fait de ces technologies. Il faudrait que les programmes soient davantage construits par les étudiants plutôt que par les professeurs. On est dans une période où ce sont les jeunes qui apprennent aux anciens et quand le programme est fait par les anciens, il a 30 ans de retard sur le plan technologique. La façon dont on apprend la médecine aujourd’hui est indécente, indigente. On ne forme pas les médecins au big data, au data management, aux algorithmes. On forme les médecins à la médecine de 1980 et non à la médecine de 2030. Or,c’est en 2030 qu’ils vont exercer !

La place de la France dans ce mouvement mondial

Les Etats-Unis ont un leadership fort. Il y a cinq ans, quand Google a parlé de faire des voitures sans conducteur, Renault et Peugeot ont rigolé ! Sauf qu’aujourd’hui la Google Car existe. L’avance des Etats-Unis par rapport à l’Europe est considérable, dans l’ensemble des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC). En nanotechnologies, en génétique, en séquençages, en thérapie génique-modification du génome, en microprocesseurs, smartphones, logiciels, moteurs de recherche (Google), e-commerce (Amazon, Apple), sciences du cerveau et robotique, ils sont les leaders mondiaux. Ils sont leaders dans l’ensemble des branches industrielles majeures du XXIe siècle.
 

La Chine a quant à elle une croissance insolente et la Corée du Sud, avec Samsung, fait des progrès dans toutes ces technologies. L’Asie est plus dynamique sur ce secteur que l’Europe. Les Etats-Unis gardent le leardership mais la science chinoise progresse très vite en nanotechnologies et représente une part significative des publications mondiales.
 


Qui est Laurent Alexandre ?
 
Chirurgien-urologue et neurobiologiste de formation, le Dr Laurent Alexandre s'intéresse aux bouleversements que vont engendrer la science et les biotechniques sur l'humanité. Egalement diplômé de Sciences-Po, d'HEC et de l'ENA, ce fondateur de Doctissimo.fr et d'une dizaine d'entreprises high-tech, dirige aujourd'hui DNAVision, une société spécialisée dans le décryptage du génome. Il nous livre son expertise en technologies médicales du futur.
 


 

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