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Revue 175 - Grâce aux nouveaux outils numériques ...

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015

Grâce aux nouveaux
outils numériques

nous sommes prêts pour
un nouveau 
système de santé plus préventif !

Par Henri Isaac dans la revue TELECOM n° 175

En septembre 2014, le think tank Renaissance Numérique a publié un rapport formulant 16 propositions pour changer notre système de santé en intégrant davantage les opportunités qu’offre l’e-santé : meilleur suivi, plus grande connaissance du patient basée sur les données récoltées, accompagnement personnalisé, système davantage préventif. Un autre système de santé « 4P » est possible : Préventif, Prédictif, Personnalisé, Participatif.
 

Notre système de santé actuel souffre du vieillissement de la population, de la part prépondérante des maladies chroniques dans les dépenses de santé et d’une conception très hospitalo-centrée de la prise en charge. Trois facteurs qui creusent chaque jour un peu plus le déficit de la Sécurité sociale et remettent en cause sa viabilité.
 

Parallèlement à l’épuisement de ce modèle conçu il y a plusieurs décennies, dans un contexte socio-économique totalement différent, le secteur de l’e-santé se développe rapidement, bousculant au passage les codes et les usages d’un marché peu ouvert et très réglementé. Le marché de l’e-santé est estimé à 2,4 milliards d’euros aujourd’hui et devrait croître à un rythme de 4 à 7 % à l’horizon 20171. Le poids acquis par les acteurs de l’e-santé s’explique par une évolution radicale dans les usages, moteur même de la disruption à l’ère du numérique. Aujourd’hui, 8,2 millions de personnes ont échangé des informations sur le site Doctissimo et 62 % des Français se disent prêts à utiliser des capteurs personnels et objets connectés pour prévenir les risques de santé.
 

Ces nouveaux usages ont le potentiel de modifier notre rapport à la santé et au corps. Aussi, il faut bien le comprendre, l’e-santé n’est pas qu’une modernisation de nos outils de santé actuels. Elle est le véritable levier pour repenser intégralement notre système de santé, qu’il s’agisse de la relation patient-médecin, de la place de l’hôpital ou de l’intégration des problématiques de bien-être dans une logique davantage préventive.

Big Data et suivi personnalisé : deux opportunités pour une médecine davantage préventive

Le livre blanc publié par Renaissance Numérique fournit de nombreux exemples illustrant des atouts économiques et sanitaires qui découlent de ces nouveaux usages numériques. Illustrons ici ces propos par deux exemples.
 

>  Le suivi du diabète, maladie chronique qui touche environ 3 % des Français. Les lecteurs glycémiques, outils de télémédecine, ont dans un premier temps donné aux patients une plus grande autonomie en le libérant des visites médicales obligatoires trop régulières. Un nouveau pas est franchi aujourd’hui vers plus de confort et une meilleure prise en charge, avec les applications ou sites qui se développent pour permettre le suivi du patient, améliorant l’observance du traitement et le bien-être du malade. Les patients acquièrent une meilleure connaissance de leur maladie et peuvent ainsi en prévenir les rechutes. Le lien est alors direct entre ces nouveaux outils et un paradigme plus préventif et moins coûteux.
 

>  La collecte et l’analyse de données permettent d’atteindre une formidable efficacité dans la prévention des comportements à risque, notamment en formulant des pronostics personnalisés. À l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière de Paris, un outil de prédiction personnalisé de sortie du coma a été développé, fondé sur un large jeu de données provenant de l’examen de certaines zones cérébrales du patient ; il permet de prédire l’avenir neurobiologique du patient, facilitant ainsi le dialogue patient/familles ainsi quel’établissement des diagnostics pour un meilleur traitement.
 

Big Data, suivi à distance personnalisé... À nous de déployer maintenant l’énergie nécessaire et d’activer les bons leviers pour exploiter les opportunités de l’e-santé et permettre la récolte de données suffisantes pour des diagnostics personnalisés, dans le respect de la vie privée de tous. C’est un des enjeux majeurs.

De nouveaux acteurs et de nouvelles responsabilités dans le paradigme préventif

En même temps que nous explorons les nouvelles opportunités qu’offrent les outils numériques, nous percevons les limites que peuvent poser ces modèles (limites économiques, éthiques, juridiques, etc.). Ainsi, il est important, dans ce scénario préventif, d’imaginer les nouveaux acteurs qui, demain, pourraient-être au cœur du nouveau modèle de santé.
 

>  L’individu : parce qu’il est mieux informé sur sa santé d’une part, et désireux de mieux comprendre son corps en le mesurant par lui-même d’autre part, il est plus apte à adopter des comportements le maintenant en bonne santé.
 

>  Les communautés en ligne de patients : elles sont de vraies ressources pour les personnes atteintes d’une pathologie ou qui souhaitent échanger sur des pratiques de bonne santé. Elles deviennent alors des acteurs d’information et donc de prévention.Reconnaître à ces communautés en ligne un rôle structurant est important.
 

>  Le « tiers de confiance » : nous ne sommes pas tous égaux face à la manipulation et la compréhension des outils numériques. Il est important alors qu’un tiers de confiance puisse accompagner les patients, ou les personnes qui le demandent, dans la prise en main des outils de e-santé mis à leur disposition.
 

>  L’entreprise et le médecin du travail : alors que la France compte aujourd’hui 23 millions de salariés, le cadre du travail, qui s’outille de plus en plus numériquement, est un environnement propice à encourager les pratiques de bien-être, tendance qui se développe surtout aux Etats-Unis2Mais là encore, pour ne pas obliger le salarié à délivrer à son employeur des informations sur sa santé, il faut un tiers de confiance : le médecin du travail, dont le rôle est justement celui de la prévention, pourrait-être l’intermédiaire dans ces nouveaux procédés.
 

>  L’assurance et la mutuelle : ayant accès à de nombreuses données concernant notre santé, de plus en plus connectées, les assurances ou mutuelles pourront proposer des offres plus adaptées à notre mode de vie : en coachant un sédentaire pour qu’il fasse plus de sport, en encourageant le fumeur à arrêter,… Garantir la bonne santé des individus en réduisant leurs risques sanitaires va directement dans leur intérêt et dans celui de l’intérêt commun… à condition bien sûr de laisser à chacun la liberté de choisir s’il souhaite être accompagné et communiquer ses données, ou non.

Conclusion

Le livre blanc explore donc les pratiques déjà existantes et les perspectives à venir pour formuler seize propositions qui, demain, permettront au gouvernement et aux différents acteurs de la santé de se saisir des opportunités que présente l’e-santé. Pour cela, il faut, comme dans tous les autres secteurs économiques qui vivent leur mue numérique, accepter les nouvelles dynamiques qu’imposent le digital : l’ouverture, la redistribution des compétences et des schémas davantage horizontaux. 


1/ François Deschamps, « Le marché de la e-santé à la loupe », e-commerce mag.fr, 26 février 2013
2/ Selon ABI Research, quelque 13 millions de dispositifs de remise en forme devraient être intégrés dans des programmes de suivi du bien-être des employés au travail d’ici les 5 prochaines années.





L’auteur


Henri Isaac, vice-Président du think tank Renaissance Numérique. Docteur en sciences de gestion, maître de conférences et chargé de la transformation numérique à l’Université Paris Dauphine.

 

Auteur de nombreuses publications académiques sur ces sujets dont un ouvrage de référence sur le E-commerce avec Pierre Volle, et d’un rapport sur l’Université Numérique pour la Ministre de l’enseignement supérieur Mme Valérie Pécresse en 2008.

 

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