Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue 175 - L’e-santé en région, un mal nécessaire ou une réelle opportunité ?

Articles Revue TELECOM

-

15/01/2015

L'e-santé en région,

un mal nécessaire  ou une réelle opportunité?

Par Christian Huart et Pierre Simon dans la revue TELECOM n° 175

Nous pourrions, en étant un peu moins politiquement corrects, reformuler ce titre par « l’apport du numérique au système de santé, encore une lubie des technophiles ? ». C’est probablement la manière de percevoir l’e-santé chez les anti-technos et les technos-sceptiques. Pourtant, si vous menez un petit sondage dans le secteur de la santé, une immense majorité des personnes interviewées vous diront que l’intérêt est évident,comparant probablement l’usage et l’apport du numérique dans le quotidien de leur sphère personnelle ! Mais alors pourquoi tant de difficultés à déployer des solutions numériques dites « au service du patient et des professionnels de santé » ?

E-santé: résistance ou  incompréhension des  professionnels de santé


Lorsque le concept d’e-health (« l’usage combiné de l’Internet et des TICs à des fins cliniques, éducationnelles et administratives, à la fois localement et à distance ») fut présenté pour la première fois par l’ingénieur australien de Sidney, John Mitchell, au 7èmeCongrès International de Télémédecine qui se tenait à Londres en novembre 1999, les réactions des participants furent mitigées. Si ce nouveau concept donna lieu à plusieurs articles et éditoriaux sur the death of telemedicine au motif que « l’e-santé pouvait être considérée comme une industrie de la santé, relevant du e-commerce, portée par les non professionnels de la santé, alors que la télémédecine était portée uniquement par les professionnels de santé médicaux », il n’a pas convaincu les professionnels de santé habitués à pratiquer la télémédecine comme l’illustrent ces deux articles.
Le premier, publié en février 
20051, révèle que 51 définitions couvrent le terme « e-santé » cinq ans après la création de ce concept.
Le deuxième 
article en décembre 20122 rapporte une analyse bibliométrique des différents termes et concepts utilisés dans la littérature internationale jusqu’à la fin 2011. Sur 11 644 documents consultés, 8 028 concernent la télémédecine dans 126 pays, 2 573 l’e-santé dans 99 pays et 1 679 la télésanté dans 55 pays. En France, le concept d’e-santé n’a pas été compris des professionnels de santé comme l’a démontré l’échec du plan « e-santé 2000 » de 20 millions d’euros lancé par le Ministère de la santé juste après le Congrès de Londres. Cet échec fut à l’origine du rapport ministériel denovembre 2008 « Place de la télémédecine dans l’organisation des soins » dont le but principal fut, d’une part, de montrer ce qui distingue la télémédecine de l’e-santé, et, d’autre part, d’expliquer aux professionnels de santé l’intérêt des TICs dans les nouvelles organisations professionnelles visant à améliorer l’accès aux soins et à réduire les risques de perte de chance. Ce rapport servit de support à la définition de la télémédecine dans la loi HPST et à la rédaction de son décret d’application du 19 octobre 2010. L’implication forte des Pouvoirs publics dans la stratégie de déploiement de la télémédecine en France en 2011 fut parfaitement acceptée et comprise des professionnels de santé. Une telle implication était nécessaire pour lever certaines résistances culturelles, générationnelles ou institutionnelles.

L’atteinte de la maturité

Avec un brin d’optimisme, je dirais que ces incompréhensions sont derrière nous, que nous avons collectivement grandi et que la conjonction favorable de plusieurs facteurs nous permet d’envisager le mieux !

Tout d’abord, les projets de e-santé débutent maintenant par une expression des besoins issus d’un projet médical élaboré par l’ensemble des acteurs concernés : médicaux, paramédicaux, institutionnels. Le respect de cette phase fondamentale est un gage de réussite pour de nombreux projets territoriaux.

De la même façon, la phase d’accompagnement des futurs utilisateurs, professionnels ou patients, s’est révélée comme étant incontournable. Il s’agit de les aider à intégrer ses outils numériques dans leur pratique professionnelle, dans leur organisation et que chaque utilisateur devienne, peut être à son insu, un « évangélisateur » auprès de ses pairs ou de ses patients, un promoteur qui dynamise les usages des produits numériques. Si hier la suspicion était de mise sur la robustesse, la fiabilité des technologies de l’information, aujourd’hui l’inquiétude porte sur la confidentialité et la sécurité d’accès à l’information.
 

En effet le quotidien de tout un chacun, démontre la simplicité d’usage et la stabilité des technologies mais démontre aussi certaines faiblesses de sécurité des systèmes d’information. Les pouvoirs publics ont donc édicté plusieurs normes ou standards pour rendre interopérables et moins vulnérables les solutions numériques. Les industriels les ont implémentés, permettant à nos utilisateurs d’être plus confiants dans les solutions proposées ; la confiance dans ce domaine étant aussi un facteur clé de succès dans ces projets.

Volonté politique et dimension économique

Cette volonté politique, au niveau régional, se traduit notamment par la constitution des Maîtrises d’Ouvrage régionales dans toutes les régions de France, la mobilisation de moyens financiers importants au titre du Fond d’Intervention Régional des ARS et la formalisation de schéma stratégique télésanté intégré ou pas au Projet Régional de Santé porté par chaque ARS.
 

Le sujet du modèle économique pérenne n’est pas totalement réglé. En effet l’équilibre économique repose d’une part sur des utilisateurs et ou des institutions satisfaits du service rendu, donc prêts à payer et d’autre part sur des industriels astucieux qui adaptent lecoût du « Build » en attendant, pendant la période de montée en charge, d’avoir la masse critique d’utilisateurs garantissant l’équilibre économique du « Run ». C’est un palier de maturité qu’il nous faudra collectivement passer durant les prochaines années.
 

S’agissant du Quantified Self avec sa boutique d’outils connectés et d’applications numériques qui pourraient aider les citoyens « consommateurs » à mieux prévenir certaines maladies ou à en gérer les facteurs de risque, la problématique est la même avec en plus la nécessité de démontrer qu’il y a un impact réel sur la santé des individus.

Conclusion

A notre avis il n’y a pas de résistance au développement de l’e-santé à la condition que l’on s’efforce de bien distinguer le « care » qui est pleinement son domaine, du « cure » qui est du domaine de la télémédecine.

Ainsi, si aujourd’hui il est difficile de pouvoir prédire à quelle échéance les solutions de e-santé verront leur généralisation, il ne semble pas déraisonnable d’affirmer que l’évolution de notre système de santé ne pourra pas se faire sans une « vascularisation » du système par des solutions numériques au services des professionnels de santé et des patients !

 

1/ (Oh H et al. What is e-Health ? J Med Internet Res 2005 ; 7(1) : e1) 
2/ (Fatehi F et al. Telemedicine, telehealth or e-health ? J Telemed Telecare 2012;18(8) : 460-4)




Les auteurs


Christian Huart, 
HNE titulaire D'UN  DE SS informatique et d'maître de l'ONU  en la gestion de SI; Parcours professionnel un fils DEBUTE au CHRU  de Lille et Se est Poursuivi en société de services.  E n 2008, il Prend  la direction du  GC S e-santé  P icardie; en 2011 il Prend en Plus La  Fonction de sous-directeur des SI à l'ARS de Picardie. DEPUIS 2013, à  l ' AR S de  P icardie à temps plein, responsable des S je  en santé, il veille à la Stratégie de l'ARS sur l'e-santé et la télémédecine.









Pierre Simon, 
Président de la Société Française de
Télémédecine (SFT-
UN T E L) DEPUIS janvier 2010, il a été de 2007 à 2009  C onseiller  G énéral  des Etablissements de Santé au Ministère de la santé et co-auteur  du rapport sur ​​«La place de la télémédecine DANS L'organisation des  Soins  »(novembre 2008).  Je ai la Été  P raticien  H ospitalier Néphrologue  de 1974 à 2007, chef de service de néphrologie-dialyse de (1974/2007),  président de  C ommission médicale d'Établissement (2001/2007)  et président de La conférence régionale des présidents de CME  (2004/2007). Outre médicale de formation de sa (doctorat de médecine en 1970) et spécialisée (DES  de néphrologie et d'Anesthésie-réanimation en 1975), il is also juriste de la santé (DU de Responsabilité médicale en 1998, DESS de Droit médical en 2002).

503 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Comment la France peut réussir dans le quantique # 197

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

28 juillet

Articles Revue TELECOM

ORDINATEUR QUANTIQUE ET CRYPTOGRAPHIE POST-QUANTIQUE #197

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

13 juillet

Articles Revue TELECOM

Editorial l'informatique quantique # 197

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

13 juillet