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Revue 175 - Les conditions du développement d’une filière e-santé en France : impliquer le patient

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015


Les conditions

du développement d’une filière

e-santé en France : impliquer

le patient

 

Par Denis Abraham et Robert Picard dans la revue TELECOM n° 175

L’e-santé, ou santé connectée, est prometteuse, et, malgré cela, elle ne fait pas encore partie de notre quotidien. Sa rencontre avec le public est pourtant la condition de son développement.

Le développement des TIC en santé

Les technologies de l’Information et des communications (TIC) pénètrent progressivement le secteur de la santé. Certaines contribuent à l’activité clinique et aux soins, leur emploi étant justifié autant que possible par des résultats statistiques. La numérisation des dispositifs médicaux, leur interconnexion, l’informatisation de la production des soins, mais aussi la généralisation de l’Internet et des mobiles dans la société, bientôt celle des objets connectés, créent de nouveaux enjeux en ayant un impact sur le fonctionnement collectif des professionnels et du public.
 

>  L’usage des TIC en santé fait évoluer les pratiques, les métiers, les organisations. Cette évolution est créditée de nombreux avantages. Mais, en même temps, les décideurs, les professionnels de santé ne perçoivent pas tous clairement les conséquences que ces usages vont entraîner en termes d’évolution des pratiques. Les nouvelles organisations favorables aux nouveaux usages sont difficiles à anticiper et chacun reste marqué par ses pratiques actuelles.
 

>  L’information du public est devenue un enjeu essentiel du système de santé. Le patient devient un acteur à part entière dans le processus de soin ; il doit être consulté avant toute intervention et est plus actif lors de sa prise en charge par le système de soins,donnant souvent son avis, discutant parfois les informations des praticiens. En outre la compréhension de son état de santé et des prescriptions qui lui sont faites est un facteur important de la qualité et de l’efficacité des traitements, notamment dans le cas des maladies chroniques.
 

Emerge ainsi une « santé connectée », constituée d’un système humain complexe, fait de métiers en pleine évolution, de patients et citoyens plus informés et équipés, interagissant avec des systèmes techniques eux-mêmes interconnectés. L’ensemble se structureen réseau, non sans mal. La tentative de mise en place d’une plate-forme pivot : le DMP - dossier médical partagé -, connaît bien des vicissitudes.

L’émergence d’un « système de systèmes » des TIC de santé

Un « système de systèmes » - SdS - au sens de l’ingénierie de système émerge. Dominique Luzeaux, expert au Ministère de la Défense, cite1 la définition de l’International Council on Systems Engineering : « La notion de SdS s’applique à un système d’intérêts dont les éléments sont eux-mêmes des systèmes : typiquement cela entraîne des problématiques de grande échelle et interdisciplinaires avec des systèmes multiples, hétérogènes, distribués ». L’auteur souligne que ce contexte renforce l’aspect interdisciplinaire prôné par l’ingénierie de système, au-delà des aspects technologiques.
 

Le dernier rapport du Conseil général de l’économie2 (CGEIET) propose une organisation générale de ce SdS selon trois domaines : « Faits et gestes », domaine où les technologies contribuent à recueillir des données et à accompagner l’acte, voire à le réaliser de façon automatisée ; « Représentations », où les technologies de l’information permettent l’organisation et le traitement de ces données, leur codification et le développement de modèles ; enfin, « Emotion et intersubjectivité », domaine dans lequel la technologie est en interaction forte avec l’humain, au service de la pratique individuelle et collective. Cette dernière catégorie de système retiendra plus particulièrement notre attention.


L’importance des facteurs humains


En effet, « Emotion et intersubjectivité » reste le parent pauvre de l’investissement technologique en santé. Des forums et outils collaboratifs sont pourtant à la source de connaissances nouvelles issues de l’expérience courante, professionnelle ou profane. Lessciences humaines et sociales permettent d’approcher de façon fine les interactions humaines avec les outils, notamment en chirurgie, mais aussi avec les dispositifs d’immersion (univers virtuels, jeux) ou de simulation, développés pour mettre les praticiens de toutes professions, mais aussi le patient, en situation sans risque pour ce dernier. Des robots compagnons embarquent des composants dont certaines fonctions visent à interagir de façon émotionnelle avec l’humain, en apprenant et en imitant les réactions de leurs « maîtres ». Mais l’ethnographie, la clinique de l’activité, l’ergonomie n’ont pour l’essentiel guère été mobilisées jusqu’à présent pour mettre au point des systèmes techniques facilitant vraiment la mobilisation des connaissances des équipes d’humains en étroite interaction.

Comprendre et associer l’écosystème

Dans son rapport de 20123 sur l’évolution des technologies de santé, le cabinet Ernst &Young prend position : « De nouveaux produits en rupture avec le passé apparaissent, qui couvrent un large spectre de technologies et de plates-formes : apps mobiles, réseaux sociaux, dispositifs intelligents embarquant des capteurs, et bien d’autres encore. Au-delà de leur variété, ces technologies se distinguent des dispositifs historiques par le fait qu’ils mettent le Patient en capacité d’agir et qu’ils sont des sources nouvelles d’Information : les technologies P. I. ».Dans cette logique, des modèles d’affaire « de rupture » sont attendus. La proposition de valeur des solutions technologiques pour la santé est à faire non seulement aux médecins, mais aux payeurs, aux équipementiers, aux prestataires de services,… et aux patients.Elle concerne autant la prévention que le soin. « La création de la valeur ne peut s’envisager qu’en collaboration avec l’écosystème, en s’inscrivant dans les processus métier et avec le patient, et dans une logique d’obtention de résultats intéressant plusieurs parties prenantes »4. Sur cet aspect, et au-delà de la dimension technique, la Direction de l’Innovation de l’Institut Mines-Télécom et son écosystème s’apprêtent à jouer un rôle clef.



Les « Living Lab » comme levier de développement


Ce contexte voit le développement de démarches de conception incluant une participation accrue de l’utilisateur, profane ou professionnel. Celle de « Living Lab », promue par ENoLL (European Network of Living Labs) connaît un succès certain en santé et autonomie5.

Lieu d’échange équilibré entre les différents acteurs, et notamment le patient ou la personne bénéficiaire in fine, le Living Lab aborde la conception des solutions de façon participative et favorise la prise en compte de la dimension sociale. Il est aussi un lieu charnière entre intérêts publics et privés. Les évaluations qu’il conduit, au carrefour de la médecine, de la solidarité et de la consommation, permettent de préparer les nouveaux modèles économiques que le secteur recherche.

Un « Forum des Living Labs en Santé Autonomie » s’est mis en place en France. Installé fin 2013, cité en référence dans deux rapports officiels, il n’a pas de structure juridique pour permettre une large participation des publics ; il s’est doté d’une association support dont l’Institut Mines-Télécom est membre fondateur. Le Forum LLSA s’attache aux conditions de développement d’une approche réellement participative et citoyenne de la conception des nouveaux produits et services pour la santé et l’autonomie, au service de l’innovation et de la démocratie sanitaire. 

1/Luzeaux, D. « Ingénierie des systèmes complexes : au-delà de la simple dimension technique » in Le Libellio d’Aegis, Automne 2014, http://lelibellio.com, pp. 32-46 
2/ Picard, R et Serveille, H « Technologies et connaissances en santé ». Rapport CGEiet, décembre 2014, téléchargeable sur le site www.cgeiet.economie.gouv.fr

3/ Ernst & Young, “Pulse of the industry” Medical technology report 2012 
4/ Ernst & Young, Op. cité. 

5/ Picard, R., Polipot, L. « Pertinence et valeur du concept de Laboratoire vivant » (Living Lab) en santé et autonomie » Rapport CGEiet, Juillet 2011 , www.cgeiet.economie.gouv.fr




   Les auteurs
 

 

Denis Abraham, est diplômé en 1990 Docteur es Génie Biologique et Médical de l’Institut Polytechnique de Lorraine, spécialisé en imagerie numérique et médicale (3D). Il a ensuite occupé plusieurs fonctions relevant de la recherche privéprincipalement et académique dans les domaines de : la métrologie/capteurs, des TIC, notamment concernant la convergence des réseaux (Broadcast, radiocommunication, télécom) multimédia (contenus audio-visuels) et des terminaux (TVPC, Smartphone, tablette, …) avec une expertise reconnu dans la Qualité de Service, Qualité d’Expérience, Tests Subjectifs et Tests Utilisateurs. Il a maintenant rejoint la Direction de l’Innovation de l’Institut Mines-Télécom, en charge de la thématique santé. Denis Abraham a récemment conçu et mis en service le Living Lab PROMETEE lié aux usages de l’imagerie et la vidéo dans le domaine de la santé, les projets européens, reconnaissance dans la communauté scientifique européenne (projet Hipermed : Silver Award of excellence CELTIC 2014, Golden Award EUREKA 2014).


 


Robert Picard (1978), membre du Conseil Général de l’Economie (CGEIET), présidé par le Ministre de l’Economie, depuis 2004, Robert Picard est diplômé de Télécom ParisTech, et Docteur en Gestion. Sa nomination comme Référent Santé en 2011 reconnait sa contribution spécifique aux réflexions sur l’évolution de ce secteur et la place croissante qu’y prennent les technologies.

www.cgeiet.economie.gouv.fr



















 

 

 





 

 

 

 

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