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Revue 175 - Pour une santé partagée, les standards s'imposent

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015

Pour une santé partagée,
les standards s’imposent

Par Olivier Graille dans la revue TELECOM n° 175

L’e-santé, avec les objets connectés, déferle dans notre société, posant la question cruciale des standards d’interfaçage et d’interopérabilité

Hôpital et interopérabilité

Un des premiers acteurs de la santé est l’hôpital qui s’est numérisé depuis longtemps, mais de façon désordonnée au début, rendant difficile toute interaction. Au début du XXIe siècle, IHE (Integrating the Healthcare Enterprise), groupe de travail international, s’estdéveloppé pour couvrir les différents domaines hospitaliers (radiologie, cardiologie, etc.), harmoniser les échanges et permettre un meilleur dialogue. Ceci englobe les échanges intra ou inter hospitalier, vers des laboratoires d’analyses, des cabinets de radiologies, … du fait de la spécialisation croissante ou pour un avis externe. Pour cela, IHE modélise des scénarios terrain à travers des profils d’intégration. Un profil décrit une solution d’interopérabilité entre des systèmes de santé, nommés « acteurs », interagissant entre eux par des transactions. Ces profils s’appuient sur des standards internationaux existants et bien établis.
 

Pour les transactions, IHE utilise deux normes de santé courantes qui sont :
 

>  DICOM (Digital Imaging and COmmunication in Medecine) qui permet d’harmoniser les échanges d’images médicales et de conserver le contexte lié à l’image ;
 

> HL7 (Health Level 7) qui définit des formats et des protocoles pour l’échange de données de santé entre SI Santé sous forme de messages ou de documents.
 

En France, Interop’ Santé représente IHE.

Dossiers patients

Actuellement, il existe deux déclinaisons de référentiels qui sont EHR et PHR pour Electronic ou Personal Health Record. EHR correspond à un dossier patient alimenté par des professionnels de santé, avec des résultats pouvant être partagés et à but strictement médical. Le PHR est géré par le patient lui-même qui peut l’ouvrir pour recevoir des données transmises par des tiers dont des professionnels ou d’autres acteurs (coaches sportifs, etc.). Cependant, pour ces différents types de dossier, aucune spécification de stockage normée n’est définie. A noter qu’une tendance actuelle au niveau international est la définition de résumés électroniques de santé d’un patient et non pas obligatoirement l’accès à son dossier médical complet. Ceci étant utile dans les cas d’urgences. Cerésumé est souvent défini en utilisant la norme HL7 v3.

Spécificités françaises

L’agence des systèmes d’information partagés de santé (ASIP) est chargée de faire le lien entre l’univers de la santé et les nouvelles technologies. L’ASIP s’investit dans les travaux d’IHE en participant à différents groupes de travail. Par ailleurs, l'ASIP a écrit le CI-SIS (Cadre d'interopérabilité des Systèmes d'Information de Santé) avec l'utilisation de standards pour les échanges et le partage de données de santé entre SIS. Ce document s'appuie sur l'utilisation de recommandations internationales et reprend les profils définis par IHE. L’ASIP a défini une surcouche de spécifications au-dessus de ces profils, pour les rendre conformes aux spécifications françaises et qui fournit les services d'annuaires, les processus d'identification des patients, des nomenclatures françaises (CCAM, CIM-10…).
 

Par ailleurs, pour favoriser les échanges entre professionnels de santé et améliorer le suivi du patient et la coordination des soins, l’ASIP a mis en place le DMP (Dossier Médical Personnel). Celui-ci repose sur l’interopérabilité avec la collecte de documents médicaux en HL7 v3 et le référencement d’images en DICOM, décrivant les différents bilans et opérations d’un patient. Malheureusement, le succès du DMP est mitigé, avec un nombre de comptes patients ouverts et utilisés relativement faible (à peine 400 000 début 2014).

Evolutions récentes de la normalisation pour accompagner la télécollecte

Le suivi patient se fait de plus en plus hors de l’hôpital, pour le suivi de maladies chroniques ou en post-opératoire. Ceci introduit la notion de chaîne de collecte avec les éléments suivants : capteurs médicaux, passerelles de transferts (dédiées, ou utilisant une boxInternet, un PC ou de plus en plus un smartphone) et serveurs. Des recommandations sur cette architecture sont actuellement développées par le consortium Continua Health Alliance dans le but de promouvoir l’interopérabilité au niveau des différentes interfaces.
 

Ainsi, pour la remontée de données par les capteurs :
 

>  Continua définit des messages respectant la norme ISO IEEE 11073. Cette norme se développe de plus en plus, et est préconisée par Singapour ou le Danemark dans leur politique de télécollecte ;
 

>  la norme Bluetooth LowEnergy (BLE) intègre des profils dédiés santé qui sont repris par Continua ;
 

>  il existe aussi l’ANT+, spécification poussée par un consortium d’industriels définissant la couche transport et le format des données, cette technologie couvrant essentiellement des cas de « wellness ».
 

Par ailleurs, pour la transmission des données par la passerelle, Continua reprend une norme déjà utilisée au sein des hôpitaux avec des messages en HL7 v2.


La nomenclature, maillon essentiel de la standardisation

En plus de tous ces messages, l’aspect nomenclature est primordial. Ceci permet à chaque système d’information de comprendre le contexte d’un document (auteur, patient, …), les informations transmises (allergie, opérations, signes vitaux, …) et de ne pas dépendre d’une langue (indispensable en cas d’urgence à l’étranger). Les nomenclatures les plus couramment utilisées sont SNOMED CT (Clinical Terms) et LOINC (Logical Observation Identifiers Names and Codes). SNOMED est un système de classification permettant de normaliser l'ensemble des termes médicaux utilisés par les praticiens de santé. LOINC est un jeu de valeurs pour les résultats d’analyses et d’observations. Via Continua et IEEE, la nomenclature MDC (Medical Device Communication) est mise en avant et correspond à la description des données capturées et des capteurs utilisés.

Une ouverture qui génère une demande forte en sécurité

L’ouverture plus grande vers l’extérieur, avec l’interaction de plus d’acteurs, génère des problématiques de sécurité très fortes. Le consentement détermine qui a accès aux données de santé et avec quels droits. Ceci va de pair avec l’authentification. En France, la carte de professionnel de santé (CPS) permet une authentification régalienne de chaque professionnel. L’aspect consentement, déjà présent dans les hôpitaux et pour le DMP, doit être étudié pour sa mise en place dans des systèmes plus ouverts ou également enmobilité pour les professionnels. Pour la télécollecte, la notion d’authentification est également présente pour assurer l’intégrité de la donnée. Pour la transmission, les liaisons inter-établissements de santé sont établies via des protocoles sécurisés de type VPN. Pour la télécollecte via Internet, le cryptage des données est une obligation. Avec les smartphones qui sont des systèmes par définition ouverts, les données de santé doivent être cloisonnées des applications tierces.

Nouveaux horizons

En plus des données médicales, de nombreux aspects de notre vie de tous les jours peuvent fournir des informations intéressantes pour améliorer notre santé, être plus préventif. En effet, des données de domotique pourraient être croisées pour déterminer des troubles dans notre comportement (« smart data »), ceci soulevant alors de nombreuses questions telles que :
 

>  définir la frontière entre le privé et le public, entre le bien-être et la santé ;

>  être sûr de la fiabilité de ces données pour la pertinence des résultats ;

> rendre anonymes les données pour permettre des traitements de masse et offrir des résultats plus probants.
 

En conclusion, il apparaît que, pour arriver à capitaliser sur l’usage du maximum de données possibles provenant de tous horizons au bénéfice de la santé de chacun, la notion d’interopérabilité sera primordiale à l’avenir pour permettre la meilleure prise de décision possible et offrir une vision riche et holistique aux différents acteurs sanitaires en leur donnant la possibilité de tirer parti de nombreux outils


Références 
Sources images  : Orange



L’auteur
 


Olivier Graille, ingénieur concepteur-développeur à OLPS (Orange Labs Products & Services). Il a rejoint l’équipe santé d’Orange Labs en 2009, pour le suivi des standards, plus particulièrement IHE pour l’imagerie et Continua pour la télécollecte.Olivier participe au Technical Working Group de Continua et a déjà pris part à des plugfest (évènements techniques de tests). Actuellement, Olivier a un rôle de concepteur de service et a contribué à l’architecture du mHealth Tour 2013.

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