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Revue 175 - Quand la Halle Freyssinet devient incubateur

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015

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Quand la Halle Freyssinet
devient incubateur

Par Christine Chardon (1995) dans la revue TELECOM n° 175

Paris abritera en 2016 le plus grand incubateur du monde, au sein de la nouvelle Halle Freyssinet, dans le 13e arrondissement. Ce projet de 30 000 m2 financé par Xavier Niel pour favoriser le développement de l’entrepreneuriat numérique français pourra accueillir jusqu’à 1 000 start-up.


Lors de la dernière « Nuit Blanche » à Paris, la Halle Freyssinet fut proposée au public en curiosité de ce futur espace de l’innovation à la française. Le 22 octobre 2014, François Hollande posa la première pierre d’un projet architectural marquant un nouveau souffle pour cet ancien hangar de la SNCF, inutilisé depuis 2006, puis inscrit en 2012 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Depuis, c’est au cabinet d’architectes Wilmotte & Associés de mener le projet de la nouvelle halle, charrette et tambours battants.... Cet incubateur viendra s’ajouter à la vingtaine déjà présents dans Paris à l’instar du Numa ou de la Ruche, et bien sûr celui de Télécom ParisTech, rue Dareau aussi dans le 14e arrondissement.
 

A la Halle Freyssinet, les start-up bénéficieront d’un espace de travail réparti sur 33 747 m², pour faire émerger puis transformer leurs projets innovants et favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises numériques. L’objectif, comme pour les pépinières voisines est de créer les succès de demain dont la France a besoin pour rayonner à l’international et renforcer sa compétitivité.
 

En favorisant les partages d’expériences et de connaissances, ce nouvel incubateur vise à encourager le développement d’un écosystème numérique comme accélérateur de croissance et facteur de la compétitivité française. Ce projet vise donc à séduire de nouveaux talents, des créateurs mais aussi des investisseurs afin de rayonner dans le paysage numérique international.


D’un point de vue architectural, la Halle Freyssinet (dit aussi Halle des Messageries de la Gare d’Austerlitz) est un bâtiment en béton armé précontraint réalisé entre 1927 et 1929 par l’ingénieur Eugène Freyssinet. Grâce à une technique innovante de mise en œuvre du béton, cette halle d’une structure porteuse exceptionnellement légère fut classée depuis 2012 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

 


Cet édifice, initialement destiné à abriter les opérations de transbordement train-camions, était connecté au réseau ferré de la gare d’Austerlitz. Il est aujourd’hui situé dans la ZAC Paris Rive Gauche, en contrebas de la Bibliothèque François Mitterrand, dans un secteur en plein renouvellement urbain. D’une longueur de 310 mètres sur 58 mètres de large, la Halle Freyssinet est constituée de trois nefs parallèles, faites de voûtes minces en béton précontraint dont l’épaisseur peut s’affiner jusqu’à atteindre moins de 5 cm au faîtage. La présence d’auvents suspendus en débord du bâtiment autorise l’extrême finesse structurelle de l’ensemble en servant de contrepoids, permettant ainsi au squelette de béton d’être optimisé et réduit à la seule expression des forces qui le traversent.
 


Ce projet d’incubateur numérique, outre de préserver et restaurer la prouesse structurelle d’Eugène Freyssinet, vise à la transformer en un vaste abri, tel un parapluie en béton brut où l’ensemble des services nécessaires aux activités de créations numériques seront intégrés dans des containers désolidarisés de la structure, rythmant ainsi l’espace de la halle au gré des nécessités fonctionnelles.
 







Trois zones distinctes se succèderont, chacune affirmant une identité propre. 

Pour commencer, en prolongement 
d’un vaste parvis minéral, s’ouvrira un forum de rencontre et de partage
 numérique. On y trouvera des Fab Labs (imprimantes 3D en accès libre), un auditorium de 370 places et des salles de réunion réservées aux rencontres entre les jeunes concepteurs numériques et leurs partenaires (juristes, banquiers, investisseurs, conseils).
 


Puis, le cœur de la halle sera dédié aux espaces de travail des start-up. La nef centrale sera laissée libre pour dégager des espaces polyvalents et communautaires tandis que les nefs latérales accueilleront 24 « villages » (Huit par niveau). Chaque village sera conçu comme unique et composé de containers de services (cuisine, Skype box, salles de réunion…). Les espaces de co-travail seront ouverts et équipés de « tables branches » modulables et connectées prévus pour accueillir 3 036 postes de travail.
 

Enfin, la dernière partie de la halle hébergera un restaurant multifonctionnel atypique disponible en service continu 24/24. Conçu comme un lieu vivant, ouvert sur le monde, à commencer sur le quartier environnant, il disposera d’une terrasse exposée au sud s’ouvrant sur un jardin étagé. Cette partie de la halle a conservé ses quais et ses voies d’origine, d’où le clin d’œil d’y installer des wagons restaurants. Et pour le fun du high-tech gastronomique, c’est là que se tiendra l’expérience inédite d’un Robot-Bar à débit automatique de cocktails !

 


La Halle Freyssinet

Maître d’ouvrage Xavier NIEL/ SDECN

Équipe de maîtrise d’oeuvre
Aménageur SEMAPA
Architecte Wilmotte & Associés
Architecte des Monuments Historiques 2B2M
Assistant à la Maîtrise d’Ouvrage REDMAN

Calendrier
2012 Inscription de la Halle à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques
24 septembre 2013 Annonce officielle du projet
Décembre 2013 Dépôt du Permis de construire
Avril 2014 Obtention du Permis de construire
Décembre 2014 Début des travaux
Décembre 2016 Livraison

 


























           
                                                                                                                                                                                           

Inclus dans ce programme de réaménagement du quartier, on découvrira à terme deux passages urbains couverts ayant pour vocation de créer un lien urbain fort entre deux quartiers aujourd’hui coupés par la présence du faisceau ferroviaire. Outre le parvis au nord et le jardin étagé au sud, le projet sera bordé de deux nouvelles rues latérales dont une large place sera laissée tant aux piétons qu’aux végétaux. Ces rues seront bordées de boutiques dédiées aux jeunes entrepreneurs et aux commerces traditionnels de proximité afin de donner vie à ce quartier où les 2 000 à 3 000 personnes se croiseront quotidiennement.

Projet à suivre …

 

Eugène Freyssinet (1879-1962)

Diplômé de l’Ecole Polytechnique (X 1899) et ingénieur des Ponts et Chaussées, Eugène Freyssinet débuta sa carrière dans la construction de ponts.
 

En 1908, il met au point la méthode du décintrement à l’aide de vérins placés en clé de voûte lors de la construction du pont de Pairéal-sur-Besbre (hauteur : 27 m). Le principe est le suivant : les deux extrémités de chaque demi-arc s’écartent et se déplacent verticalement suivant approximativement deux arcs de cercles dont les centres sont les appuis de l’arc sur les culées. Ainsi on obtient un déchargement du cintre sur la partie centrale. Il obtient pour cette technique du décintrement par vérins le prix Caméré de l’Académie des Sciences.
 

En 1917, il découvre l’effet bénéfique des vibrations sur la mise en œuvre du béton. Co-inventeur de la précontrainte du béton par des câbles en acier à haute résistance, il en dépose le brevet en 1928, au moment de la construction de la Halle Freyssinet.
 

Quelques années plus tard, il mettra au point la précontrainte par post-tension et décrit un système comprenant des câbles à fils parallèles, mis en tension par des vérins et bloqués par des cônes d’ancrage.
 

A la mort d’Eugène Freyssinet, en 1962, la technique du béton précontraint est utilisée dans le monde entier. La Société Technique Pour l’Utilisation de la Précontrainte (STUP) créée en 1943 par Edme Campenon, lui permit de mettre en œuvre ses brevets. L’entreprise subsiste encore au travers une filiale de Soletanche Freyssinet (Groupe Vinci), spécialiste mondial des haubans supports des ponts (ex : Pont de Normandie ou Viaduc de Millau), dont la technologie est dérivée de l’emploi des câbles pour contraindre le béton.
 


 

L’auteur
 


Christine Chardon (1995), diplômée de l’Ecole du Louvre et d’un DEA en Histoire de l’Art, s’intéresse au début des années 90 à l’apport du numérique dans la médiation culturelle. Dès la création du Mastère Multimédia de Télécom ParisTech en 1995, elle intègre la 2e promotion puis travaille à la conception de CD Roms pour Gallimard, les Musées Nationaux et les Monuments Historiques avant d’intégrer Wanadoo comme chef de projets, notamment sur le design des interfaces des portails grand public. Elle est actuellement en charge du portefeuille de la Relation Client Grand Public à la Direction de la Communication d’Orange France et reste passionnée par l’art, le design et l’architecture.

 

 

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