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Revue 175 - Télécom ParisTech : le parti de l'innov-action

Articles Revue TELECOM

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15/01/2015

Télécom ParisTech : 
le parti de l’innov-action !

Par Yves Poilane (1984) dans la revue TELECOM n°175

Innovation : Je ne parlerai pas de la responsabilité de l’Etat

Rédiger un article sur l'innovation quand on est le directeur de la première grande école française du numérique, et dont le slogan est « innover et entreprendre dans un monde numérique » pose d'emblée un problème difficile, celui de devoir choisir son angle d'attaque, tellement le sujet peut être abordé de façons différentes …
 

Je pourrais faire un billet pour expliquer tout ce qui devrait être fait, et qui n'est pas fait, par l'Education nationale en amont de nos grandes écoles pour stimuler les capacités d'innovation et l'esprit d'entreprise de la jeunesse française. J'invite les lecteurs les plus curieux à se pencher sur le volet afférent de l'excellent rapport Beylat-Tambourin (Réf 1). Je pourrais même disserter sur le fait que l'esprit et la culture françaises avec leur rationalisme à l'extrême, avec leur aversion pour le risque et les aléas, ne prédisposent pas notre pays à l'innovation du XXIe siècle, si différente de celle des deux siècles précédents … et qu'il n'est pas surprenant que les États-Unis, avec l'esprit pionnier qui les caractérise depuis les origines, tirent mieux leur épingle du jeu que la vieille Europe, car la seule « bonne nouvelle » est que le problème n'est pas spécifiquement français mais européen …
 

J'aurais pu également gloser sur la complexité des systèmes français de soutien à l'innovation, où chaque nouveau gouvernement, chaque nouveau ministre, rajoute son dispositif, sans nécessairement faire le bilan des dispositifs existants et stopper ceux qui ont fait leur temps ou pire, qui se sont avérés inopérants…

Je parlerai à peine de notre contribution à l’élaboration des théories de l’innovation

Je pourrais aborder les théories de l'innovation telles qu'elles sont développées par les équipes de recherche de Télécom ParisTech, associées à celle de l’X et de Mines ParisTech, dans le cadre du tout nouvel institut interdisciplinaire de l'innovation (I3, prononcer "icube"). Car pour faire de la France une terre d'innovation, il nous faut des économistes, des gestionnaires, des sociologues, mais aussi des historiens, des philosophes, et plus généralement des experts des Sciences Humaines et Sociales pour développer des théories qui pourront être ensuite exportées dans le monde. A l'instar de ce qui fut fait il y a déjà plus de 10 ans par Mines ParisTech, la théorie de la conception innovante est utilisée aujourd’hui par des entreprises aussi réputées que Dassault Systèmes ou THALES, avec succès !

Télécom ParisTech prend le parti de l’innov-action !

En bon pragmatique que je suis, je vais donc concentrer ma contribution sur ce que fait modestement Télécom ParisTech, pour former de futurs ingénieurs du numérique toujours plus innovants. Ceci tient compte de ce qu’il est réaliste de faire en deux ou trois ans, avec des jeunes de vingt ans, et qui, à la sortie, vont s'insérer dans des écosystèmes, d'entreprise, de marché, avec des cadres juridiques, fiscaux, culturels qu'ils ne pourront transformer à eux seuls.

Voir la référence 1.
 

Notre projet pédagogique puise tout d’abord ses racines dans notre recherche en technologies de l’information mais aussi, et c’est plus nouveau, sur ce qui fonde d'aujourd'hui l'innovation dans l'économie numérique du XXIe siècle (2).

Des enseignements et une pédagogique de rupture

Depuis 2012, tout commence dès le premier mois de la première année de scolarité à l'école, ou nous avons introduit une rupture (dans la complémentarité) avec la pédagogie des classes préparatoires et même de l'enseignement primaire et secondaire actuel. Pour cela nous mettons d'emblée nos étudiants en position agissante (et non plus seulement apprenante) par le projet d'apprentissage collectif thématique (PACT), projet en équipe, avec l'objectif de créer un produit répondant un besoin, jusqu'au développement de sonprototype, dans une approche pluri-disciplinaire des TIC.
 

En parallèle, nous leur plantons le décor de la révolution numérique et nous les aidons à en comprendre les fondements, les clés et les nouveaux paradigmes sous-jacents.

Ingénieur du numérique : un rapport particulier aux sciences humaines et sociales

En 2ème année, et ceci à partir de la rentrée 2015, nous allons introduire des enseignements obligatoires supplémentaires dans le domaine des sciences humaines et sociales, dans leur application au numérique. Ceci, parce que, du fait des effets profonds du numérique,nous avons une responsabilité spécifique dans l'enseignement de ces sciences par rapport aux autres grandes écoles d'ingénieurs. A titre d'illustration, en économie, au-delà de l'apprentissage de ce qu'est un compte de résultat, un bilan ou un plan d’affaire, nous devons apprendre à nos étudiants en quoi le numérique bouleverse les chaines de valeur, abaisse les seuils d'entrée sur un marché, ou rend variable les coûts.

Ensuite, toujours à partir de la rentrée 2015, nous allons renforcer la place de la pédagogie par projet, autour d'une finalité « innovation », avec la généralisation des projets « PRIM » (Projet Recherche Innovation Master), pour lesquels nous visons que plus de la moitié de nos élèves s'inscrivent, avec l'ambition de toucher un jour la totalité de nos élèves.

Trois profils d’ingénieurs autour d’une seule ambition

Enfin notre projet pédagogique d'ingénieur du numérique nous amène à organiser notre enseignement, de façon transversale selon une structure classique en « filières » disciplinaires, autour de trois profils, « pavant » au premier ordre, l'espace de l’ingénieur du numérique :
 

>  le profil « Inventeur du numérique » : un ingénieur de haut niveau scientifique, préparant, par sa recherche dans le public ou le privé, les innovations technologiques de rupture, anticipées ou pas,
 

>  le profil « Entrepreneur du numérique » : un créateur d’entreprise sur un besoin non couvert, une idée d’usage, une technologie sans application, une rente abusivement exploitée par un acteur installé,
 

>  le profil « Transformateur par le numérique » : un futur cadre supérieur qui va aider son entreprise à prendre le virage du numérique et en tirer tous les bénéfices dans sa relation client, ses processus, sa logistique, ses fonctions supports, etc.

Voir la référence 2.

300 de plus par an !

À l'issue de la mise en œuvre de la totalité du dispositif, sans compromis sur l'exigence d'acquisition de savoirs scientifiques et techniques dans le domaine des technologies de l'information et de la communication, nous formerons des ingénieurs pleinement conscients des fondements, des leviers et des cadres économiques, sociologiques et juridiques… de la révolution numérique, avec au moins deux expériences de travail collectif de développement effectif d'une innovation répondant à un usage identifié, dont une allant jusqu'à la fourniture d'un démonstrateur et d'un business modèle d’affaire, dans le cadre d'un travail coopératif entre ingénieurs, managers et designers concepteurs.

En bref, ce sont 300 ingénieurs du numérique supplémentaires chaque année, innovants et entreprenants qui serviront au développement économique de notre pays …
 


Références

1 : Rapport public L’innovation : un enjeu majeur pour la France - Dynamiser la croissance des entreprises innovantes
Auteurs : Beylat Jean-Luc, Prunier Guillaume, Sachwald Frédérique, Tambourin Pierre
Editeur : Ministère du redressement productif : Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
Date de remise : Juillet 2013 - 143 pages


Dans une économie de la connaissance, l’innovation est le moteur de la croissance, de la compétitivité et de l’emploi. Elle se matérialise par le développement économique d’une entreprise, souvent ancrée dans un territoire, et par la création d’emplois. Afin de dynamiser la croissance des entreprises innovantes, le rapport détaille 19 recommandations, articulées autour de quatre axes principaux : développer la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat, accroître l’impact économique de la recherche par le transfert, accompagner la croissance des entreprises innovantes et enfin mettre en place les instruments d’une politique publique de l’innovation.

 

2 : Institut Interdisciplinaire de l’Innovation
L’institut interdisciplinaire de l’innovation (i3) rassemble autour de la problématique de l’innovation plus de deux cents chercheurs (enseignants-chercheurs et doctorants) appartenant à Mines ParisTech, Télécom ParisTech et à Polytechnique. Les disciplines mobilisées sont l’économie, la gestion, la sociologie, la psychologie, l’ergonomie et les sciences de l’information et de la communication.

www.i-3.fr


 





L’auteur


Yves Poilane (1984) est directeur de Télécom ParisTech depuis août 2007. Cet Ingénieur général des Mines, est diplômé de l’École Polytechnique (79) et de Télécom ParisTech. Il est actuellement vice-président de l’association Pascaline, qui travaille à comprendre et anticiper l’évolution des métiers des STIC dans une coopération entre établissements d’enseignement et professionnels, et président de la commission internationale de la Conférence des Grandes Ecoles. De juillet 2012 à septembre 2013, Il fut également Président de ParisTech.






 

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