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Revue TELECOM 177 - Edito de Gilles Babinet

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


EDITORIAL
 


Par Gilles Babinet  dans la revue TELECOM n° 177
 

En termes simples, le big data concerne de nouveaux modes d’analyse de la donnée. Il s’agit d’un mode d’accès plus efficace aux données permettant d’envisager des traitements mathé- matiques qui engorgeaient les systèmes d’information lorsqu’ils étaient employés dans les systèmes précédents.
La fameuse règle des trois V (Volume, Variété et Vélocité) pour la capacité qu’ont les opéra- teurs à mettre en œuvre des traitements de données à la volée, sans traitement préalable des données) se révèle alors particulièrement pertinente.
Le big data n’est pas tant une accélération des processus existants qu’une rupture. En per- mettant de révéler des signaux qu’il aurait été impossible de déceler auparavant, le big data révèle une nouvelle forme de réalité. Il permet de comprendre le monde avec un regard nou- veau. Des corrélations jusqu’alors ignorées dans de multiples univers se révèlent avec une grande facilité. Dans le monde de l’agriculture, cela permet de mieux comprendre des phé- nomènes complexes, liés à la croissance des cultures et ainsi d’accroître significativement la productivité ; dans le monde de la médecine, il s’agit de prévenir avec parfois des années d’avance, l’émergence de certaines pathologies ; dans le monde des processus industriels, cela permet d’accroitre considérablement la qualité de production et de limiter significative- ment le nombre de pannes ; et ainsi de suite.
Le big data et la culture de la donnée ont également d’autres conséquences, moins évidentes. 
Ainsi, le mode de détention des données en format « non structuré » permet de réduire de façon considérable le coût de détention et d’administration decelle-ci. Il est coutume d’évo- quer une économie d’échelle d’un facteur dix. De même, la mise à disposition de la donnée au travers des systèmes de stockage dits HDFS permet une accessibilité beaucoup plus forte, plus sûre et plus standardisée. Il est ainsi probable que ce type d’administration des don- nées prenne peu à peu le pas sur l’ancien système. Pour les entreprises, il s’agira donc de passer d’un mode de système d’information « en silo » à un mode plateforme, beaucoup plus cohérent, et surtout performant. C’est d’ailleurs largement le modèle qu’ont adopté les GAFA, avec les succès que l’on sait.
On ne peut toutefois pas envisager le big data au travers d’un seul prisme technologique même si cette composante est essentielle comme on le voit dans les formations à Télécom ParisTech qui conduisent par exemple au métier de data scientist.
Ainsi, la dimension éthique et sociétale de la donnée est si importante qu’elle pourrait avoir des conséquences très profondes sur le canon anthropologique même de notre civilisation. En automatisant des décisions essentielles - les processus médicaux, de réanimation ou la lutte contre la criminalité, par exemple - qui auparavant étaient confiées à des êtres hu- mains, on introduit une nouvelle forme de société qui remet potentiellement en cause la notion de solidarité et de responsabilité individuelle dans des proportions radicales. Sans même évoquer la perte de sens qu’implique l’émergence de machines pour lesquels seule compte la corrélation, et qui se fichent réellement des causalités.
Au-delà des menaces et des opportunités induites, les sociétés humaines seraient bien ins- pirées de définir ce qu’elles attendent de ces machines et de permettre l’émergence d’une pensée – pour ainsi dire politique – propre au XXIsiècle. C’est finalement le propre des révolutions industrielles que de mettre en place la régulation propre qui accompagne les dynamiques nouvelles. Songeons que la première révolution industrielle a émergé en même temps que le Code Civil, tandis que la seconde se révélait en même temps que l’apparition des droits sociaux. Souhaitons que celle-ci puisse initier une régulation des données qui ait tout son sens pour accompagner le XXIsiècle.
Ce numéro de la revue Télécom dédié au big data fait le point sur les avancées en la matière, les recherches, les questions à se poser alors que le big data arrive dans une phase de matu- rité au sens gartnérien du terme.

Biographie de l'auteur
Gilles Babinet, Digital champion auprès de la Commission européenne vient de publier Big data, penser l'homme et le monde autrement, chez Les liens qui libèrent.


 

 

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