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Revue TELECOM 177 - La transformation de l'éducation par numérique, loin de la mode

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


LA TRANSFORMATION DE

L'EDUCATION PAR LE

NUMERIQUE, LOIN DE LA

MODE

Par Denis Jacquet dans la revue TELECOM n° 177
 

On a longtemps considéré le e-learning comme un gadget, avec un peu de condescendance. Le parent pauvre de la formation. Cette apparence fragile de la mode déjà passée avant même de s’imposer, que le monde de la formation, assis sur un mode de dispensation millénaire, de la transmission orale, magistrale et livresque, qui semble penser qu’un long passé barre forcément la route aux changements. Qui pense que l’antériorité est un antidote à la remise en cause. Le marché a eu raison des résistances, nombreuses, et le gadget va devenir le mode majeur. Sans insulter les modes d’enseignement qui lui ont précédé. En les sublimant, en les ouvrant à chacun.

Une œuvre de démocratie essentielle, afin que le savoir, qui servait aussi à donner à certains, à une élite, le privilège de la connaissance, soit enfin accessible à tous. La formation à distance va enfin remplir son œuvre ultime, qui est de donner le pouvoir à tous ceux qui ont un savoir ou un savoir-faire à transmettre. Elle permettra de donner à chacun les bases indispensables pour comprendre l’incompréhensible, car chacun sur cette planète est tout à coup épris de la volonté de donner à l’autre, le savoir et la compréhension qu’il a acquis. Cela suppose quelques filtres et un peu de curation, mais fondamentalement, c’était le but ultime fixé par les philosophes antiques, la capacité pour chacun de s’élever par le savoir et la connaissance, une initiation de dimension planétaire, un savoir sans frontière.

Le e-learning a pourtant été le mal aimé de la formation en France. Enfermé par une loi professionnelle qui faisait de la feuille de présence la validation ultime de la qualité de la formation, quand il ne mesurait que le relatif bon temps éventuellement passé pendant la formation. Aucune information, ni sur la qualité de la formation, le fait que les formés aient ou non retenus les messages, et encore moins leur mise en œuvre plus tard, dans l’entreprise. Après 9 ans de purgatoire (2000 à 2009), marqué par un dédain de ce mode de formation, la plupart des entreprises ont décidé de passer en moins de 4 ans, 30 à 60% de leur formation selon ce mode. Et on constate cela au quotidien. Entre 2010 et 2014 le volume de la formation faite à distance à plus que quadruplé et le rythme augmente. Toutes les entreprises sont passées au mode distant, dans des proportions diverses. En revanche le monde de l’éducation primaire, secondaire et même post bac, est en France, à des années-lumière de nombreux d’autres pays. Nous n’avons pas encore franchi le rubicon, la résistance est forte et les marges et/ou les budgets des établissements l’interdisent souvent. Pourtant il existe nombre de solutions pour pallier à cela et les réserves, à la fois d’efficacité pédagogique et de création de valeur économique, sont immenses. Le corps professoral n’a pas encore la culture et la volonté est encore trop faible de la part des décideurs. C’est dommage et certainement un facteur de perte de vitesse pour notre pays, notamment face à la concurrence internationale.

Mais le e-learning, aussi vertueux soit-il, vit très difficilement seul. Il a besoin d’un conjoint. Ce conjoint reste l’homme, et souvent le présentiel. Car chaque savoir acquis demande échange d’expérience, travail et dynamique collective. Il n’a pas de volonté hégémonique. Juste une volonté d’expansion et de coopération intense.

Les formats que le e-learning propose ont chacun leur intérêt. Il suffit de les marier correctement. La différence entre synchrone et asynchrone, est une première équation à résoudre. Le e-lear- ning « traditionnel » et le serious game et désormais les MOOC/COOC. Le tout s’appliquant de façon différente selon que l’on parle de savoir, de savoir-faire, de savoir-être.

Le savoir se transforme facilement en e-learning. Plus synthétique, plus dynamique, plus facile à « absorber », il permet un gain de temps précieux. Il rend le contenu théorique plus digeste et peut se vivre en auto-formation, sans trop de difficulté. Il appelle une suite, un complément en présentiel. Le savoir-faire, est désormais une option que le e-learning, sous forme de forte ou de serious game, peut absorber avec efficacité. Le savoir-être, lui aussi, entre plus facilement dans le périmètre de ce que le e-learning peut absorber. Finalement. Auparavant, les technologies ne le permettaient pas.

Le serious game a été un pas important pour la mise en situation. Pour l’interaction forte. Le jeu permet à la fois d’attirer, de susciter l’envie, de créer l’addiction. Car l’éducation doit donner envie. Aller se former à reculons n’est pas acceptable. C’est le début du « non apprendre ». Le jeu est intelligent car il permet à l’apprenant de faire son chemin, sa découverte par lui-même, et par cette implication, par ces « quêtes », il va mieux comprendre ce qui le sépare d’une bonne pratique. L’interaction face aux autres, face aux situations justifie souvent l’utilisation de ce ressort pédagogique.

Le MOOC pour sa part bénéficie clairement d’un effet de mode dont le e- learning n’a jamais bénéficié avant. Bien au contraire. Il a été hué, conspué. Le MOOC c’est la star. Un contenu filmé et/ou animé, très court, souvent sous forme de programme court, étalé sur quelques semaines. Sur le papier c’est la coqueluche du peuple de la formation professionnelle et même académique. Ce n’est pourtant ni technologiquement, ni pédagogiquement, une révolution. On peut donc être subjugué par l’écho dont bénéficie ce mode de formation. En fait, ce qui est en jeu avec le MOOC c’est une transformation de l’organisation de la formation telle qu’elle existe aujourd’hui. C’est un message double. Premier message, la formation deviendra collaborative et non plus (ou bien moins) magistrale. Ce ne sont plus quelques « sachants » qui délivreront à leur rythme et dans leur cercle, mais chacun d’entre nous. Le monde de la formation professionnelle, mais aussi scolaire, pourrait rapidement changer totalement de mode. Nous sommes tous des « dieux » de la formation en puissance et une formation de « juste à temps » sera demain délivrée à chacun.

La seconde révolution c’est la disponibilité et la vitesse (et le coût) de développement. Jamais nous n’avons pu envisager de former tant de personnes, aussi vite et pour un coût aussi faible. Un contenu sans frontière, qui pour la première fois, permet d’envisager que le contenu de formation d’un salarié d’entreprise soit trouvé également en dehors de l’entreprise elle-même. Une révolution. L’extérieur qui forme l’intérieur. Du jamais vu ou presque.

On peut clairement penser que la transmission du savoir, du savoir-faire, puisse rendre l’entreprise enfin apprenante. L’entreprise peut aussi capitaliser le savoir acquis, qui souvent s’évapore au départ des salariés les plus expérimentés. Préserver ce savoir, à un moment où les seniors sont à tort, considérés comme des « poids » au lieu d’être considérés comme une richesse, est essentiel. Ces modes de formation nouveaux, vont permettre de valoriser les salariés, de fluidifier l’échange des savoirs, de l’expérience, de créer une solidarité entre eux. Et progressivement, ce mouvement s’étendra à la formation des autres salariés, d’autres entreprises. Et les salariés des entreprises pourront ainsi devenir formateurs, et en faire, pourquoi pas une activité complémentaire. Nous aurons ainsi de plus en plus de formateurs en activité, pour remplacer nombre de formateurs qui n’ont de leur expertise qu’un lointain souvenir de leur ancienne vie professionnelle. Cela confirmerait également la tendance qui transforme, aux USA notamment, les salariés en indépendants. Ils seront ainsi, plus de 40% de la force active dans les 15 années à venir. Le salariat classique va ainsi progressivement disparaître de nombre de catégories d’emplois. Et la formation n’en sera que plus distante. Ce qui garantit un avenir doré à ce mode de formation. Là aussi, il faut que la France transforme le fort avantage et sa réputation d’excellence, mais dans le cadre de la formation présentielle, et la mette au service de ce mouvement massif et international, afin de garder son aura. 

En conclusion, la révolution est en marche, nous ne parlons plus d’effet de mode, mais d’un mode majeur qui a des effets. Définitifs. La France fait partie des pays en retard, très en retard. J’espère que comme à son habitude, elle rattrapera rapidement le retard pris.

 

Biograpie de l'auteur


Denis Jacquet. HEC 89. Maitrise Droit des Affaires. Fiscaliste chez Baker & Mac Kenzie, dirigé à l'époque par Christine Lagarde. En 1993 il créé H2I,  puis il rachète le numéro 1 de la formation à distance, et en 2000 monte une des premières sociétés de e-Learning, Edufactory, depuis développée dans huit pays www.edufactory.com.
Il crée en 2010 l'association Parrainer la Croissance www.parrainerlacroissance.com. Il contribuera largement au mouvement des pigeons puis sera chef de file des Assises de l'Entrepreneuriat lancés par le gouvernement. Il lance avec Parrainer la Croissance, l'incubateur l'Accélérateur de Croissance, et lance le premier colloque sur l'enjeu intergénérationnel. 



Pour aller plus loin :


www.accelerateurdecroissance.com &
www.rencontres-croissance-generations.com

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