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Revue TELECOM 177 - Le Cnam et sa fabrique à Mooc

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


Le Cnam et sa fabrique à

Mooc


Par Philippe Dedieu dans la Revue TELECOM 177
Article coup de coeur du redacteur en chef


 
Le Cnam a toujours cultivé un rapport complice entre technologies et formation.
D’une certaine façon, c’est le Conservatoire qui a inventé les MOOC avec ses cours du dimanche matin télédiffusés au milieu des années 60 sur la deuxième chaîne. La télévision noir et blanc faisait office d’écran d’ordinateur, les compléments du cours étaient envoyés par la poste et les réseaux sociaux se jouaient dans les salles des fêtes ou les bistrots, mais qu’importent les techniques, les ingrédients principaux étaient déjà là : ouverture, gratuité et public « massif ».

Un programme stratégique

Lorsque les MOOC se sont invités dans le paysage universitaire français, le Cnam élaborait sa stratégie numérique, c’est donc tout naturellement que ce nouveau dispositif de formation est devenu l’un des trois programmes du schéma directeur numérique du Conservatoire.

Le C de Courses et le O de Online n’ont pas fait débat, les cours en ligne existent au Cnam depuis plus de 15 ans et concernent plus de la moitié de nos auditeurs. Par contre ce qui était en jeu c’était bien le M de massif et le O de Open car ils renvoient à des questions stratégiques. La production de MOOC ne serait-elle que l’expression d’une stratégie marketing, ou une réponse publique à une demande sociale planétaire de formation tout au long de la vie ? Les MOOC pourraient-ils à terme se substituer aux modalités actuelles de formation (présentielle, hybride, à distance) ou venir compléter l’offre ? Les MOOC ne seraient-ils pas paradoxalement le dernier sursaut des pédagogies transmissives au détriment des pédagogies actives qui semblent enfin trouver leurs places dans l’enseignement supérieur ? 

« Omnes docet ubique » en version numérique

Après 17 MOOC diffusés par France Université Numérique (et 20 à la fin de l’année), 23 enseignants et 50 intervenants extérieurs mobilisés, plus de 151 000 inscrits, un taux de complétion entre 20 et 25 %, une moyenne de 15% de réussite et des élèves répartis dans plus de 55 pays, avec une part importante dans les pays francophones du Sud, le Cnam a trouvé là une nouvelle version numérique de sa devise « enseigner à tous et partout », et une nouvelle façon de remplir sa mission de formation tout au long de la vie. Les publics des MOOC sont ceux du Cnam : des adultes en activité professionnelle qui sont dans des stratégies individuelles de formation. Dès le départ de cette aventure, nous avions l’intuition que nous rencontrerions notre public, c’est sans doute pour cela que les premiers enseignants que nous avons sollicités ont adhéré et passé leurs vacances de l’été 2013 à concevoir nos premiers MOOC, que la direction de l’établissement a fortement soutenu les projets en investissant et en recrutant, et que les équipes audiovisuelles et d’ingénierie pédagogique se sont mobilisées pour tenir le rythme et la qualité de ces nouveaux cours.

Les MOOC sont aussi l’occasion de valoriser la marque Cnam auprès de nouveaux publics, qu’il s’agisse d’adultes qui retrouvent l’envie du retour en formation, d’universités en Afrique, Asie et dans l’Océan Indien qui intègrent nos MOOC dans leurs cursus, ou d’entreprises qui souhaitent internaliser ces formations d’un nouveau genre au bénéfice de leurs salariés. Si les attestations de suivi avec succès des MOOC apparaissent dans les CV, une demande de certification se concrétise. Cette demande nous oblige à réfléchir à l’articulation des MOOC avec nos formations, voire à constituer des parcours construits sur ces cours.

 X MOOC OU C MOOC, ce sont les élèves qui ont les cartes en main

Pédagogie transmissive pour les X MOOC ou connectiviste (pour ne pas dire constructiviste) pour les 
C MOOC, quelle pédagogie choisir ? Le débat a fortement agité les communautés.
Connaissant bien les rouages de la formation à distance, nous avions fait le choix de MOOC transmissifs parce que cette forme nous semblait la mieux adaptée à un public massif. Nous pensons aujourd’hui que cette opposition est derrière nous et que ce sont les élèves qui ont les cartes en main. Les enseignants de nos MOOC ont coutume de dire que les séquences qu’ils enregistrent et les documents complémentaires qu’il proposent ne sont qu’une « petite » partie dans le processus d’apprentissage. Le reste se joue sur les forums de la plate-forme, mais aussi sur les réseaux sociaux, ainsi qu’au cours de rencontre « réelles » ; dans tous ces lieux les élèves prennent les rôles jusqu’alors réservés à l’enseignant et aux tuteurs : personne ressource, évaluateur, animateur, etc.

Ce qui est rendu possible par le nombre massif d’élèves ne se reproduira sans de formation à distance, qu’on les appelle SPOC ou autrement, cependant, et ce sont aussi les enseignants qui parlent, ils n’enseigneront sans doute plus de la même façon. Qu’il s’agisse du développement de la pédagogie inversée ou d’autres formes de pédagogie active, il est sans doute encore trop tôt pour mesurer tous les effets de transformation, mais une chose est à peu près certaine : Célestin Freinet doit être bien content !

Le modèle économique existe, il faut le financer
D’un point de vue économique, l’écosystème des établissements de l’enseignement supérieur et de FUN MOOC est une réussite alors que personne n’a encore gagné un seul euro dans cette aventure. C’est une réussite car la valeur créée par les premiers MOOC diffusés par FUN représente, pour les seuls actifs qui ont obtenu leur attestation de suivi avec succès, l’équivalent de plus de 30 millions d’euros en journées de formation continue pour 10 millions investis1. S’il est incontestable que les MOOC créent de la valeur pour les adultes qui sont dans des démarches de formation, ils en créent aussi pour les étudiants, les lycéens et les retraités qui représentent 13% du public de FUN MOOC. Enfin, avec des élèves répartis dans plus de 55 pays, les MOOC diffusés par FUN sont un investissement pour la francophonie.
 
Pour le Cnam, ce n’est donc pas la question du modèle économique qui se pose mais celle du modèle financier, car nous voulons développer cette offre de formation qui s’inscrit pleinement dans nos missions de service public en nous appuyant sur le GIP FUN MOOC. Nous savons bien que les financements publics ne suffiront pas à financer le développement de la production et de la diffusion de ces cours, c’est pourquoi nous travaillons à la construction d’un modèle vertueux où les produits de la certification, mais avant tout de l’adaptation et de la commercialisation de nos MOOC pour le monde de l’entreprise, participeront à la production de MOOC gratuits et ouverts à tous.
 
Biographie de l'auteur

Philippe Dedieu est ingénieur de recherche, directeur national du numérique au Cnam. Il a commencé sa carrière comme instituteur. Il a été pendant une dizaine d’années réalisateur et directeur de production dans le réseau CNDP. Il a par la suite été le directeur des TICE à l’université de Toulouse 2 le Mirail où il a participé à la création de Canal U et de l’Université Ouverte des Humanités. Il a rejoint le Cnam en 2011, pour élaborer et mettre en oeuvre le schéma directeur du numérique. L’un des programmes du SDN « nouvelles offres pour de nouveaux publics » a permis au Cnam de lancer son programme de production de MOOC sur France Université Numérique.

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