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Revue TELECOM 177 - Les MOOC et les Grandes Ecoles pourquoi et comment y aller ?

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


LES MOOC ET LES GRANDES

ECOLES

Pourquoi et comment y aller ?

Par Louis-Aimé de Fouquières (1982), Philippe Kalousdian et Louis-Alexandre Louvet dans la revue TELECOM n° 177

Après 2 ans d’existence en France, les MOOC confirment leur percée dans l’enseignement supérieur et renforcent les attentes des Alumni envers les écoles.


D'où viennent les MOOC ?

En 2010, Salman Khan, un jeune Américain, lance la Khan Academy grâce à un financement de 2 M$ de
Google : des vidéos gratuites de cours sur de très nombreux sujets sont mises en lignes.

En 2011, Sebastian Thrun (Google Car, Google Glass, …), après avoir vu Salman Khan à une conférence TED, met en ligne son cours sur l’intelligence artificielle : 160 000 personnes s’inscrivent dans 190 pays. Thrun crée alors Udacity, et en réponse, le MIT et Harvard lancent edX, et Stanford Coursera. La vague des MOOC commence à déferler sur le monde. En 2013, la France inaugure FUN (France Université Numérique).

En quoi consistent les MOOC ?

Les MOOC (Massive Online OpenCourses : des cours en ligne ouverts à tous) s’inscrivent dans l’évolution de la formation à la carte, en capitalisant sur les formats de l’enseignement et les évolutions d’Internet.

Initialement inspirés par les cours traditionnels, les MOOC prennent la forme de sessions hebdomadaires avec 
des cours (environ 10 vidéos, chacun d’environ 10 minutes) et des exercices notés.
 

Le business mondial de l’enseignement supérieur

#Business

D’abord, malgré une tradition d’enseignement supérieur gratuit, les États européens, soumis à l’inflation des dettes souveraines agravée depuis 2008, cherchent de nouvelles sources de financement. Totem tabou en France, le financement des études supérieures est pris en tenailles entre :

• une hausse des coûts : à la fois le coût unitaire d’études plus techniques et donc plus onéreuses, et une augmen-tation continue du nombre d’étudiants ;
 

• un tarissement des sources de finance- ments des universités et écoles, que ce soit de la part de l’État, des chambres de commerce, des collectivités lo- cales… tous exsangues.

Les réformes successives (Loi Pécresse, loi Fioraso) ouvrent le champ aux Institutions pour se doter de fondations et collecter directement des fonds auprès des acteurs du privé et des anciens. Avec le devoir d’utiliser ce véhicule de financement et de devenir attractif aux financements ! Il faut dorénavant gérer une marque, des produits et des services… comme une entreprise.

#Mondial

En dépit des classements nationaux de magazines et de ministères, les classements de référence sont désormais internationaux (ex : PISA et Shanghai). Critiqués mais analysés, ils donnent la dimension de la concurrence féroce, qui accélère en France la course à l’échelle des différents acteurs : écoles d’ingénieurs, business schools, universités.

Les MOOC : un levier pour l’enseignement supérieur

Le lancement de FUN illustre l’impé-ratif de la concurrence mondiale. Après une annonce en juillet 2013, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche lance la plateforme en octobre suivant. L’enjeu est de devenir la plateforme de référence des cours en ligne auprès de la communauté francophone et de faire rayonner ainsi les institutions françaises.
 

#FUN : 2 ans après des résultats encourageants

• FUN propose 140 MOOC au deuxième trimestre 2015 (plus de 500 pour edX et de 1 000 pour Coursera),

• Les MOOC de FUN ont été produits par 50 institutions dont 2 universités tunisiennes, une belge et une suisse,

• FUN compte près de 370 000 comptes et plus de 870 000 inscrits à ses MOOC, soit en moyenne, plus de 2 MOOC par apprenant et plus de 7 500 inscrits par MOOC.
 

#levier de développement

Au niveau de chaque institution, les MOOC sont un levier de modernisation des enseignements : comme souvent, ce nouvel outil et son format forcent à revivifier ses habitudes de professeur au service des étudiants. Le MOOC ouvre la classe à de nouveaux élèves, qui ne sont pas dans les locaux. En dépit d’un coût initial apparemment élevé, les pionniers ont vite « amorti » cet investissement à titre personnel ainsi que pour leur faculté. Augmentant la visibilité et l’attractivité de leur institution, les MOOC permettent aussi de tester des nouveaux sujets – ou a minima d’élargir la diffusion de savoir auprès d’une communauté beaucoup plus large.
 

#levier de réduction des coûts et de « scalabilité »

En 2014, Michel Serre incite Stanford à réallouer ses budgets immobiliers dans les MOOC.
Au-delà de cette prise de position, une nouvelle vision de la diffusion de savoir s’ouvre : l’économie Internet appellerait cela la scalabilité. Une fois construit, le MOOC peut être décliné et répliqué à faible coût d’adaptation. Par exemple, une partie du cours peut être utilisé dans un contexte de SPOC (Single Private Open Course, c’est-à-dire un cours privé, dédié à une population d’étudiants ou de professionnels). Le contenu peut également être diffusé en complément du cours en amphi, qui peut devenir alors une session plus interactive.

Les pistes de pérennisation du modèle : le Lifelong Learning

Encore relativement émergent, et fortement innovant (pour mémoire, Coursera a été lancée en 2012…), les MOOC sont cependant incontour
nables pour les grandes écoles françaises, que ce soit dans leur rayonnement international, auprès des Alumni, et des professionnels.

Comme en a témoigné Pierre Rolin en juin 2015, les MOOC professionnels de l’institut Mines Télécom ont été suivis à 80 % par des salariés inscrits.

De son côté, Télécom ParisTech, après avoir mis au point les pratiques notamment à travers quelques SPOC destinés aux étudiants, ouvre quatre MOOC pour l’année scolaire 2015-2016 sous l’égide la formation continue :

• Fondamentaux sur le big data (nouvelle session augmentée par rapport à celle de 2014-2015) ;

• Principes des réseaux de données ;

• Objectif IPv6, vers l’Internet nouvelle génération ; 

• Innover et entreprendre dans un monde numérique.


L’enquête qu’a conduite ISlean consulting en 2014 auprès d’un échantillon d’Alumni de grandes écoles confirme leur intérêt à poursuivre leur formation tout au long de leur vie :

• Bien que 36 % des répondants aient consulté leurs cours après leur sortie d’école, seuls 22 % ont éprouvé le besoin d’aller interroger leur professeur,

• 87 % des répondants souhaitent que leurs écoles mettent en place un « réseau social de la connaissance entre l’école et ses Alumni »,

• 56 % sont même prêts à produire des contenus pour alimenter ce réseau de savoirs !

Cette enquête traduit à la fois un besoin des Alumni de maintenir son savoir d’une façon simple, mais aussi leur souhait de pouvoir échanger entre camarades, le tout sous le regard de l’école. Cela prolonge les fonctionnalités actuelles des MOOC, encore très top-down.

Ce que certaines écoles de commerce ont engagé avec le Lifelong Learning qui vise à remettre l’école (et pas seulement l’association des anciens) au cœur de l’animation de la communauté.


Biographies des auteurs

Louis-Aimé de Fouquières (1982) élabore les schémas directeurs et conduit les projets de transformations de systèmes d'information pour les administrations et entreprises de service. Il est spécialisé en relations clients-fournisseurs dans les secteurs numériques et en analyse des coùts de systèmes d'information. Louis-Aimé a conduit sa carrière essentiellement chez Unilog Management (devenue CGI en France) avant de rejoindre ISlean consulting. Il a assumé plusieurs mandats chez Télécom ParisTech alumni et auprès d'Ingénieurs et Scientifiques de France. Il est Ègalement membre fondateur du MOM21.


Philippe Kalousdian 
est associé fondateur d’ISlean consulting en 2008. Il rejoint Bossard en 2000 où il devient consultant en systèmes d’information. Il intervient en innovation numérique, maîtrise des coûts informatiques, audit des organisations, des achats et d’outsourcing. Auparavant, il était ingénieur à SGN/Areva, en procédés de vitrification. Philippe est diplômé de Mines ParisTech, chargé de cours au Mastère MSIT Mines-HEC de management des systèmes d’information, fait partie du conseil d’administration de Mines ParisTech Alumni, est membre fondateur de X-Mines Auteurs et du MOM 21. Insatiable touche à tout, il connecte des univers aussi divers qu’inattendus, ce qui crée souvent beaucoup de valeur. Depuis 2014, il accompagne des start-up dans leur phase de démarrage.


Louis Alexandre Louvet est spécialisé dans les problématiques d'innovation et de lancement de nouvelles offres s'appuyant sur les technologies, au travers de la conception de stratégie et de schéma directeur numÈriques. Diplômé de l'Essec et d'une maîtrise de droit des affaires, il a travaillé chez Booz Allen & Hamiton puis chez Capgemini consulting. 




Tous trois sont associés chez ISlean consulting.

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