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Revue TELECOM 177 - Premiers retours d'expérience et positionnement de Télécom ParisTech sur les MOOC

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


PREMIERS RETOURS

D'EXPERIENCE ET

POSITIONNEMENT DE

TELECOM PARISTECH SUR

LES MOOC

Par Jean-Pascal Julien (1981) dans la revue TELECOM n° 177
 

Tout va très vite : après les annonces fracassantes outre atlantique de 2012, Télécom ParisTech s’est mise dans la course des MOOC et les premières expériences permettent d’en tirer quelques enseignements

Les impulsions initiales
 

Fin 2011 : Sebastian Thru et Peter Norvig, chercheurs à Stanford, publient en ligne un cours sur les bases de l’Intelligence Artificielle. Sebastian commente : « je me suis senti gêné ; je faisais cours à 200 étudiants à Stanford alors qu’un ex banquier1 enseignait à 200 000 personnes » ; « le système d’éducation actuel, avec ses barrières, ses privilèges et ses grandes inégalités, n’est plus défendable ».

De fait, 158 000 personnes s’inscrivent, 22 000 le terminent, aucun de Stanford.

En 2012, naissent les start-up Udacity, Coursera et edX, capitalisées respectivement à 5, 16 et 60 M$ pour porter les offres de ce qu’on appelle alors les MOOC, Massive Open Online Courses. Clairement, en 2012, le monde entier était suffisamment connecté et les terminaux suffisamment bon marché pour que l’aspect « massif » prenne tout son sens. Il faut dire aussi que le terrain était préparé : les outils numériques de formation à distance étaient déjà rodés et la pratique de l’Open Course Ware, lancée par le MIT en 2001, répandue partout dans le monde.

Aujourd’hui, Coursera et edX portent une part prépondérante de l’offre mondiale des MOOC, environ un millier de cours, toutes langues confondues. L’Europe a réagi en créant des plates-formes nationales, comme FUN en France, dans laquelle l’Institut Mines Télécom est fortement impliqué.

Télécom ParisTech s’est lancée dans la production de MOOC grâce au soutien de l’Institut Mines Télécom qui apporte des ressources financières, matérielles et humaines et, depuis 2014, grâce au mécénat décennal de Patrick Drahi qui finance la production d’un catalogue de MOOC de qualité dans le domaine du numérique pour les publics franco- phones, anglophones et arabophones.

L’école a contribué à un premier MOOC réalisé en 2014, « principes et réseau de données », et est impliquée dans une série de MOOC en production courant 2015 : « Digital Entrepreneurship & Innovation », « Introduction aux communications satellites », « Routage et qualité de service », «IPV6», « Introduction au traitement numérique avec Mathlab », « Monter son MOOC de A à Z ». Une autre série est en projet pour une production en 2016.

La direction de la Formation Continue a aussi produit le MOOC « Fondamentaux pour le big data » pour créer une synergie avec notre mastère spécialisé « big data ».



Les aspects stratégiques
 

Les institutions de l’enseignement supérieur se sont jetées dans l’aventure sans vraiment attendre de retours concrets immédiats, tant il est évident que cela les concerne au premier chef et, malgré tout, les investissements consentis, environ 100k€ pour la production d’un MOOC, ne sont qu’une petite fraction des moyens consacrés à l’enseignement.

Quant au retour financier des MOOC, il commence à prendre forme suite aux différents retours d’expérience : du service payant pour aider l’élève à suivre un MOOC (dans une logique proche de la formation continue), un droit d’entrée pour accéder au MOOC (par exemple : 150$/mois) et sous forme de certificat payant qui garantit qu’un élève a suivi et réussi un MOOC (environ 50$ le certificat).Bien sûr, tout cela est une entorse à l’aspect « open » affiché dans le MOOC. Rappelons que, déjà au tout départ, la publication des contenus était protégée.

Enfin, Georgia Tech propose un master on line à 7 000$, soit environ 80% de réduction par rapport à un master sur site. Autant une institution européenne (dans les sciences & technologies) n’a pas à craindre ce type de tarif, autant une institution américaine, ou britannique, risque de voir son modèle d’affaire complètement ruiné.

L’institut Mines Télécom a expérimenté la facturation des certificats et Télécom ParisTech envisage la facturation de services autour des MOOC, mais ce n’est pas, aujourd’hui, la motivation première pour nos MOOC. Notre première motivation est d’être dans la course en expérimentant un maximum de formules, avec les internautes et avec nos élèves ingénieurs.

Les retours d’expérience

En 2015, l’Institut Mines Télécom a joué en externe et en interne à ses écoles plusieurs de ses MOOC. Nos retours d’expérience sont tout à fait en phase avec ce qui est observé par les autres acteurs des MOOC, en particulier l’EPFL qui est fortement impliquée dans les MOOC francophones.

On constate tout d’abord une très forte évaporation dans le suivi des cours : certes on compte des milliers, voire des dizaines de milliers, d’inscrits mais seuls quelques pour cent des inscrits réussissent l’examen final, dont même pas un sur dix payent le certificat. L’évaporation principale se fait tout au début : plus de la moitié des inscrits ne suivent même pas la première leçon.

Plus de 85% du public a un niveau d’étude supérieur à BAC+2 dont environ une moitié au niveau master. Cela valide bien sûr l’usage des MOOC dans une logique de formation tout au long de la vie. Par ailleurs, le public africain francophone représente déjà 15 à 20% des inscrits. Cette cible a un grand intérêt étant donné son fort potentiel de croissance.

En raison du côté massif des participants, l’animation des forums ne peut plus être contrôlée par les enseignants créateurs du MOOC, mais on constate que le relais est facilement pris en charge par les anciens élèves lorsqu’ils sont sollicités et reconnus. Cela crée une dynamique de communauté qui a un intérêt en tant que tel.

Pour ce qui concerne l’usage des MOOC en interne aux écoles, on constate une bonne acceptation par les élèves à condition que l’on organise en parallèle des classes de travaux dirigés et / ou des classes inversées, plus ou moins optionnelles, qui permettent de garder un contact direct entre les élèves et les enseignants. Cela demande une certaine disponibilité de la part des enseignants, en tant que tuteur, ce qui n’est pas leur rôle habituel. Cela demande aussi une certaine autonomie d’apprentissage chez les élèves, autonomie qui n’est généralement pas acquise juste en sortant des CPGE.

En conclusion, il y a fort à parier que les MOOC ne seront pas qu’une mode 
passagère. Même si nous ne sommes qu’au début du phénomène, les impacts stratégiques et pédagogiques sont bien évidents aujourd’hui et trouveront certainement à s’exprimer largement et rapidement. Dans une de ses conférences récentes, Patrick Aebischer rappelait que Bill Gates avait prédit en 2010 que les meilleurs cours au monde seraient disponibles sur Internet dans les cinqannées à venir. En 2015 c’est fait.

Biographie de l'auteur

Jean-Pascal Jullien (1981) est depuis 2011 directeur de la formation initiale à Télécom ParisTech. Il enseigne aussi  l'acoustique au CNSMDP.  Auparavant, il a développé les services de voix et visio sur Internet au sein de la Branche Entreprise d'Orange et a été directeur scientifique de l'IRCAM. Il a effectué l'essentiel de ses travaux de recherche dans le domaine du traitement de signal audio et l'acoustique des salles.  Il est Ingénieur général des Mines, diplômé de l'Ecole Polytechnique (76) et de Télécom ParisTech.
 

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