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Revue TELECOM 177 - Vers de nouvelles intermédiations dans la transmission du savoir ?

Articles Revue TELECOM

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15/10/2015


VERS DE NOUVELLES

INTERMEDIATIONS DANS LA

TRANSMISSION DU SAVOIR ?

Par Stéphane Grumbach dans la revue TELECOM n° 177
 

L’éducation est dans une phase transitoire. L’accès au savoir a été révolutionné depuis une quinzaine d’années par l’arrivée de nouveaux outils parmi lesquels le moteur de recherche et les encyclopédies participatives. Les institutions d’enseignement ont dans le même temps peu évolué, préservant des modalités de transmission du savoir et de validation des connaissances, ancrées dans la tradition.

Faire évoluer le système éducatif face à l’émergence du numérique est urgent, mais c’est loin d’être un problème simple. La question est d’autant plus compliquée que l’idéal fondateur de l’école, la formation avec justice et efficacité de toute la population, riche ou pauvre, est compromis. Les réformes de l’éducation se succèdent sans que se dégage une ligne directrice qui réponde avec efficacité à ces deux défis posés à l’école.
Au delà de l’accès au savoir, c’est la production même du savoir qui connaît une révolution majeure, permettant à de nombreux individus, sans liens avec les grandes institutions, de devenir acteur dans l’économie du savoir. Wikipédia, qui occupe la septième place au podium mondial des plates-formes numériques en terme de nombre de visites, en constitue une excellente illustration. On pourrait citer de nombreux autres exemples, comme le développement de logiciels ouverts de manière coopérative, ou les imprimantes 3D qui permettent à bas coût de développer de nouveaux concepts. De nouveaux mouvements, comme celui des « makers » qui réalisent de nouveaux produits avec de très faibles moyens financiers, bouleversent l’économie du savoir.

La production et la diffusion du savoir sous toutes leurs formes, création artistique, design, enseignement, fabrication, se sont globalement démocratisées. Elles se sont largement déployées hors du monde académique traditionnel. On peut aujourd’hui apprendre par soi-même, valider un parcours de connaissance sans diplôme, diffuser des connaissances sans être enseignant, et produire des connaissances nouvelles avec peu de moyens et sans enseigne.
Cette révolution est rendue possible par de nouveaux acteurs, de nouveaux intermédiaires qui exploitent la puissance des algorithmes et les masses de données disponibles. Les plates-formes d’intermédiation mettent en relation des personnes avec des services, avec une efficacité inconnue auparavant. C’est le cas du moteur de recherche, qui associe des personnes avec les informations qu’elles recherchent, de Wikipédia, qui permet de chercher, de regrouper et de diffuser des connais- sances, des plates-formes de MOOC, qui permettent de suivre des cours et également d’en offrir, etc.

Les acteurs de l’intermédiation constituent un des vecteurs essentiels de la révolution numérique. Leur impact sur nos modes d’organisation est profondément disruptif. Si les transports ou la presse sont aujourd’hui les secteurs les plus durement touchés, il n’est pas un secteur de service qui ne sera affecté, et bien sûr l’éducation ne fait pas exception. Les acteurs de cette nouvelle forme d’intermédiation, ne sont bien souvent pas impliqués dans la production des services auxquels ils permettent d’accéder, et sont plutôt déconnectés des territoires sur lesquels ils opèrent. Ils procèdent à un déplacement fondamental du pouvoir, vers le bas, vers les utilisateurs, et bien sûr vers le haut, vers leurs plates-formes, vidant de leur raison d’être les intermé- diaires historiques.

Les nouveaux intermédiaires mettent en relation deux types d’acteurs - dans l’éducation, des étudiants et des enseignants - suivant un modèle d’économie biface. Le deux faces bénéficient grâce à la plate-forme de l’efficacité de la mise en relation : trouver les bons cours ou supports d’un côté, trouver les étudiants intéressés de l’autre. Comme dans les autres secteurs, de nombreuses externalités découlent de cette intermédiation initiale. D’abord, la capacité pour tous d’agir sur n’importe laquelle des deux faces, abolissant ainsi la différence formelle entre étudiants et enseignants, permettant à tous de contribuer sur l’une ou l’autre des faces. De plus la coopération à l’intérieur d’une face est rendue possible, permettant tout particulièrement aux étudiants de coopérer comme cela commence à être exploité dans les MOOC. Enfin, la personnalisation permet un enseignement adapté à chacun, au contraire du standard des institutions. Il convient d’espérer que cette démocratisation de l’éducation permettra de relever le défi d’une formation qui bénéficie à tous.

 

Biographie de l'auteur
Stéphane Grumbach directeur de recherche à Inria, est directeur de líIXXI, l'Institut des Systèmes Complexes à l'ENS de Lyon. Spécialiste des données, il travaille sur l'économie des plateformes qui offrent de nouveaux modes dí'ntermédiation basés sur les algorithmes et les données. 

Homepage : https://who.rocq.inria.fr/ Stephane.Grumbach/

Carnet en ligne : http://intermedia. hypotheses.org/

Twitter : @sgrumbach

 

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