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Revue TELECOM 178 - A Bordeaux, la Smart City se déploie dans un écrin UNESCO

Articles Revue TELECOM

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15/11/2015


A BORDEAUX, LA SMART

CITY SE DEPLOIE DANS

UN ECRIN UNESCO



Par Christophe Colinet dans la revue TELECOM n° 178
 
En 2030, l'organisation des nations unies prévoit que deux personnes sur trois vivront dans des villes touchées alors de plein fouet par les crises économiques et environnementales qui se succèdent depuis la fin du siècle dernier. Le numérique s'impose depuis plusieurs années comme un formidable levier de la performance au service du concept de " Smart City " ; il ouvre la voie à de  nouvelles fonctionnalités, de nouvelles manières de gérer, de gouverner et de vivre la ville demain. A Bordeaux, le concept de ville intelligente s'inscrit dans le programme " Bordeaux cité Digitale " du maire et ses ambitions se situent dans le prolongement de ceux de la ville durable et de " l'Agenda 21 ". Elles ont pour caractéristiques essentielles de répondre à un objectif de sobriété dans la consommation des ressources, de mettre à l'usager au coeur des dispositifs et de permettre une approche systémique de la Ville.

Pour pouvoir se développer et avoir une visibilité à l'échelle de l'Europe, les Villes du 21ième siècle doivent être attractives.

La métropole bordelaise (750 000 habitants) bénéficie depuis deux décennies d'une métamorphose urbaine et économique exceptionnelle initiée par de grands projets structurants. Un cercle vertueux amorcé par le premier projet urbain de 1995, qui a jeté les bases d'une agglomération au statut de métropole européenne.

En 20 ans, Bordeaux est devenu la ville la plus attractive de France à la fois pour y vivre mais aussi pour y travailler selon de nombreuses études récentes*. C'est aussi la première ville française en termes d'investissement immobilier (devant Nantes, Toulon, et Paris)**.

Fidèle à son histoire, Bordeaux constitue à ce jour le plus grand ensemble urbain à avoir été distingué par l'UNESCO, et la qualité de vie proposée par ce patrimoine remarquable n'entame en rien le dynamisme de la capitale mondiale du vin devenue un des laboratoires urbains les plus actifs en France.

Grâce à la vitalité de ses secteurs d'excellence régionale, la renommée de ses centres de recherche et d'enseignement supérieur (plus de 80 000 étudiants), une forte présence dans les secteurs innovants et les marchés à forte valeur ajoutée, Bordeaux est aujourd'hui une référence pour les industries de l'aéronautique, le laser et la recherche atomique, les mathématiques, le vin, et des clusters émergents tels que le traitement du bois, les jeux vidéo ou l'e-santé. Ces bons résultats sont dus à la mise en oeuvre d'une approche associant un projet d'urbanisme durable, un plan d'inclusion sociale et un agenda numérique fort. Ils ont été reconnus par la communauté nationale et internationale à travers les nombreux prix et labels dont la Ville a pu bénéficier ces dernières années :
  • UNESCO (site du patrimoine mondial en 2007)
  • Cit'ergie (Label européen de l'énergie 2013)
  • European best destination 2015 (Meilleure destination européenne 2015)

Bordeaux a par ailleurs été sélectionnée pour accueillir en octobre le prochain congrès mondial des transports intelligents (ITS 2015), consacré à la mobilité durable.


Mais ce développement urbain doit rester maîtrisé par les gouvernants qui ont besoin de mesurer et de comparer la performance de leur collectivité

Tout en étant vitale pour le développement d'une métropole moderne, l'attractivité du territoire doit rester maîtrisée.
Paradoxalement, plus une ville est performante et attractive et plus elle créée une pression de la demande sur l'immobilier. C'est le phénomène classique de l'offre et de la demande. Le prix du foncier grimpe de manière exponentielle,  l'accession au logement devient inabordable pour les populations aux salaires les plus faibles qui sont rejetées de plus en plus loin, en périphérie. C'est un flux migratoire qui s'observe déjà sur toutes les grandes mégalopoles mondiales, de New York à Tokyo, en passant pas Londres et Paris.
Ce phénomène provoque un allongement inexorable des trajets domicile-travail, la qualité de vie se détériore petit à petit dans une agglomération qui s'asphyxie en même temps qu'elle se développe.
C'est la raison pour laquelle il est indispensable de fournir aux décideurs politiques du territoire les éléments d'appréciation (les indicateurs), qui leur permettront de prendre les mesures correctives nécessaires pour endiguer au plus vite cet effet d'emballement.
Ces indicateurs sont les yeux et les oreilles de nos élus. Sans eux, ils sont dans l'incapacité d'agir.
Mais comment mesurer la performance ou ' l'intelligence " d'une ville ?

Plus organisations internationales se sont posées cette question, à commencer par l'ISO qui a produit un référentiel ISO 37120 pour le développement durable des collectivités-indicateurs pour les services urbains et la qualité de vie, et l'ITU dont le groupe de travail SSC (Smart and Sustainable Cities) propose une liste de " KPI " (Key performance indicators related to the use of information ans communication technology in smart sustainable cities).

Malheureusement, aucun de ces référentiels n'est applicable dans nos villes européennes. C'est la raison pour laquelle, à Bordeaux, nous avons choisi de  nous associer à un appel à projets en cours de la commission européenne " CITIKEYS " animé par une association "Eurocities " représentative de plus de 140 métropoles européennes.

Les résultats de ces travaux seront publiés en 2016.


Les élus ont besoin d'une organisation ad hoc, et d'un pilotage transverse au service de la Smart City

Etant donné que la mise en place de la " Smart City " s'appuie sur une vision
systémique de la Ville, il est nécessaire d’en adapter le mode de gouvernance. L’organisation administrative de la ville doit évoluer pour apporter la vision transverse aux différents métiers de la collectivité qui ne doivent plus fonctionner en silos indépendants et autonomes, mais en soutien d’un socle commun de données dont seule la corrélation est pertinente. A l’image du corps humain, il faut en connaître en permanence les paramètres vitaux pour s’assurer de la bonne santé de cet organisme vivant qu’est la ville. C’est dans cet esprit que le maire de Bordeaux a lancé son programme « Bordeaux Cité Digitale » en 2011 qui a permis de créer une Direction Générale de l’Innovation Numérique et des Systèmes d’Information positionnée au plus haut niveau de l’administration de la commune.
Début 2015, la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles a permis au maire de Bordeaux d’étendre le périmètre de ce programme aux 28 communes de l’entité Bordeaux Métropole nouvellement créée. C’est à nouveau une Direction Générale du Numérique qui prendra en charge la mise en œuvre de la « Smart Métropole » en assurant la cohérence des différentes actions qui permettront d’y concourir.


 

Les freins restent malgré tout nombreux au développement de ce nouveau modèle de gouvernance

Une fois l’organisation posée, tous les problèmes ne sont pas réglés pour autant. En effet, et pour pouvoir piloter cet organisme complexe, la collectivité a besoin d’accéder aux données de secteurs d’activité qui ne lui sont pas toujours dévolus :

  • les énergies (eau, gaz, électricité, air, pétrole…)
  • les transports (transports en commun, trafic routier, vélos, véhicules électriques …)
  • les services (services publics, services financiers, éducation, accompagnement des ainés, etc …)
  • l’évolution des comportements (évolution des compétences et des mentalités, rapidité d’évolution et résistance au changement, etc …)

Avec une multiplicité d’acteurs dont les intérêts, pour une grande partie d’entre eux, sont divergents de ceux de la collectivité.
C’est un constat réalisé postérieurement à la mise en place des premières générations de «villes intelligentes » qui se sont déployées à partir de 2005 sur les bases de solutions intégrées propriétaires de grands équipementiers ou d’éditeurs de logiciels. C’est le cas d’IBM à Montpellier, de CISCO à Nice, de Microsoft à Barcelone ou encore de Schneider Electric à Manchester.

Après les premières années d’exploitation, toutes les solutions proposées présentent les mêmes inconvénients :

  • Coûts d’exploitation élevés
  • Périmètre fonctionnel couvert insuffisant et non extensible
  • Manque de réplicabilité des offres

Cependant, le principal problème demeure la propriété de la donnée collectée et valorisée par ces mêmes fournisseurs. Elle devient un des composants de leur « business model » entraînant de facto des coûts de fonctionnement importants pour les collectivités qui doivent en faire l’acquisition et qui sont aujourd’hui dans l’incapacité de les financer.
Consciente de ces menaces, la Ville de Bordeaux a souhaité, dès 2012, se rapprocher des organismes de normalisation, en proposant à l’ETSI, la création d’un groupe de travail « Smart City » au sein de « l’Industry Specification Group », comité d’utilisateurs du monde TIC : l’ISG OEU 009 était né.
Les objectifs du groupe de travail nouvellement créé consistent à recenser les besoins des villes pour les diffuser au sein des différents organismes de normalisation nationaux, européens et internationaux. Ces « position papers », dans le jargon des organismes de normalisation, servent de point de départ aux discussions de l’ensemble des équipementiers et permettent, à terme, d’influer sur les normes et de soutenir la réglementation européenne.

Cette nouvelle approche « bottom-up », inverse le processus préexistant qui laissait les équipementiers définir les standards entre eux, sans consulter les utilisateurs, et dans une approche en silos incompatible avec l’approche systémique de la ville intelligente.

Eller permet aux ville de définir leurs objectifs, d'exprimer leurs besoins d'interopérabilité et d'éfficacité et d'influencer la standardisation technique qui servira de support à l'innovation et à la règlementation des " SustainableSmart-Cities " de demain.


1 : sondage OpinionWay pour Foncière des Régions, Novembre 2014
2 : Explorimmoneuf, Juin 2013

 

Biographie de l'auteur
Christophe Colinet Directeur de l'Aménagement numérique de la Ville de Bordeaux. Diplômé de l'ESEO (Ecole Supérieure d'Electronique de l'Ouest) à Angers, Christophe COLINET a rejoint la Ville de Bordeaux en 2005 à la tête du maintien en conditions opérationnelles des infrastructures serveurs de la Ville, avant de créer en 2008 un nouveau service R&D  dédié aux solutions techniques innovantes adaptées au contexte de la Ville, puis en 2012 à prendre en charge l'aménagement numérique du territoire.
Avant d'arriver à la Ville de Bordeaux, il avait passé cinq ans en tant qu'entrepreneur dans une SSII de 5 personnes, puis cinq autres années en tant que directeur technique de la société Novenci Ouest, SSII de 150 personnes situé dans le sud de la France et spécialisés dans l'intégration de l'infrastructure technique pour les PME. Il a commencé sa carrière chez Hewlett Packard.

@twitter : @ccolinet
 

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