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Revue TELECOM 178 - L'Internet des Objets (IoT) La revanche des territoires Exemple de l'aéroport connecté

Articles Revue TELECOM

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15/11/2015


L'INTERNET DES OBJETS

(IoT) : LA REVANCHE DES

TERRITOIRES? 

Exemple de l'aéroport

connecté



Par Bertrand Laurioz (1992) dans la revue TELECOM n° 178
 
L'IoT est un champs fantastique de développement pour les années qui viennent. Autour de ce sujet, ce créée un foisonnement d'initiatives, chaque acteur cherchant le modèle économique et les sevices qui pourront apporter une rentabilité. Dans cette course, les acteurs de proximité seront les mieux placés pour identifier et fédérer les services aux entreprises, pour permettre, enfin, la révolution de l'IoT ! Les aéroports sont un premier exemple de cette révolution possible.


IoT pour l'entreprise ? Effet de mode ou réel Eldorado ?

L'IoT n'est qu'une nouvelle appellation du M2M (machine to machine). Le déploiement de réseaux radio basse fréquence (Sigfox, Lora, etc.) permet l'usage de capteurs moins chers, ergonomiques, peu gourmand en énergie : le nombre de ces capteurs va pouvoir se multiplier de façon exponentielle et les données vont pouvoir être remontées en temps quasi-réel. Mais cette technologie n'est qu'un accélérateur : la révolution (encore potentielle) de l'IoT viendra des usages et du modèle économique qui pourront être obtenus à partir des données remontées !

Modèle simplifié de l'IoT

Pour faire simple, L'IoT fonctionne sur le modèle suivant :
  • des capteurs déportés sont positionnés sur des objets (certains capteurs sont eux même l'objet) ;
  • un réseau universel (radio, filaire, etc.) remonte les données captées (en mode Cloud) en un point central ;
  • cette donnée est stockée, traitée et analysée en fonction de l'usage choisi ;
  • puis l'information utile est renvoyée à un acteur (utilisateur, client, patient, machine, décideur, etc.) qui y trouve de la valeur (et qui est donc prêt à la payer).

Les secteurs pionniers dans le domaine BtoB ont été la Santé, l'Energie, l'Aéronautique. Et ce n'est qu'un début ! Mais dans de nombreux cas, la rentabilité n'est pas encore assurée, limitant les déploiements massifs. Les investissements sont lourds, en particulier quand il faut définir, déployer et connecter des milliers ou des millions de capteurs ! Certains pays se sont lancés depuis longtemps à grande échelle (US, Corée, Allemagne) ; il semble clair que la rentabilité ne sera atteinte qu'en augmentant la valeur de l'information obtenue.

Quel modèle de valeur pour l'IoT ?

Pour un projet d'IoT, il y a plusieurs moyens de valoriser la donnée obtenue :
  • niveau 1 : réduire les coûts (essentiellement humains) : les informations remontées permettent de mieux comprendre un processus, les blocages d'un processus, les freins (c'est une sorte de Lean !). Le relevé de compteurs rentre dans cette catégorie ;
  • niveau 2 : détecter et prévoir les pannes, les erreurs. Avoir une vision complète d'une machine, permet une amélioration opérationnelle, une augmentation de la fiabilité, de la sécurité (plan lancé par GE sur les moteurs d'avion). L'IoT ouvre également la possibilité de boucles de réaction : chauffage en fonction de la température, éclairage en fonction de la présence de piétons dans une ville, etc. ;
  • niveau 3 : améliorer le service rendu, découvrir de nouveaux usages, créer de la valeur. C'est probablement là que se trouve l'Eldorado ! Mais cette véritable valeur sera obtenue par corrélatlion de données diverses, qui appartiennent souvent à des entreprises différentes. Ce n'est donc pas le seulement nombre de capteurs qui va créer la valeur, c'est la transversalité et la cohérence de ces données. Plusieurs valeurs disponibles sur le même environnement vont permettre la création de nouveaux usages valorisables !

Sans cette transversalité des données disponibles, la valeur va rester au niveau 2.

Les opérateurs, au centre de l'IoT ?

Après des années passées à financer des réseaux dont les bénéficiaires sont surout les applications (GAFA), les opérateurs Télécom ont de nouveau un rôle majeur à jouer :

 
  • ils savent exploiter des réseaux multi-technologies : la radio type Lora/ Sigfox n’est qu’une des technologies, la plupart des données continueront à transiter par les réseaux fixes, 3G/4G ou Wifi qu’exploitent déjà les opérateurs. Ceux-ci seront la cheville ouvrière capable d’arbitrer et coordonner les différentes technologies d’accès ;
  • ils sont des tiers de confiance, capables de sécuriser des données industrielles ;
  • ils possèdent déjà un grand nombre de données, donc la capacité à faire des corrélations sur des bases différentes.

Les systèmes IoT pour entreprises utiliseront des capteurs différents : dans ce monde, les terminaux mobiles auront un rôle à jouer, mais ils n’auront plus le rôle central. La coordination des réseaux et la capacité à sécuriser, harmoniser les données vont donc mettre les opérateurs Télécom au cœur du jeu.

La revanche des territoires

Après la « virtualisation à l’échelle mondiale », allons-nous assister à la revanche des territoires ? Pour obtenir le plus de valeur (étape 3), il faut avoir une vision verticale d’un processus : la plus grande valeur sera donc pour l’entité qui a une responsabilité transverse de bout en bout, qui est capable de fédérer en confiance des entreprises ayant des interactions avec les mêmes clients, les mêmes géographies ; Ce n’est pas un hasard si le terme « smart » est le plus souvent appliqué à des entités « fermées », comme les villes (Smart Cities), les usines, les centres commerciaux, les fournisseurs de service complet (comme Autolib), les gestionnaires d’infrastructure, et bien sûr en premier lieu les aéroports ! (Smart Airport).
 

L’optimisation de la valeur sera réalisée par des entités locales, capables de fédérer les différents acteurs pour les convaincre de partager des données essentielles et stratégiques. Sur ces sujets IoT, il est probable que les acteurs de proximité comme les DSP ou les opérateurs de proximité arriveront à se repositionner sur l’échelle de valeur et ne seront plus cantonnés aux couches les plus basses.

Exemple de l’aéroport connecté

Les aéroports sont un des lieux ou le terme de territoire et de communauté a un sens majeur : ce sont de véritables villes, avec leur écosystème d’entreprises différentes, travaillant en forte interaction. Parmi ces entreprises, il y a bien sûr le gestionnaire de l’aéroport (ADP sur Paris, Aena en Espagne, etc.), mais également les compagnies aériennes, les assistants aéroportuaires (qui assurent la sécurité, la gestion des bagages, la sous-traitance, etc.), les services de l’état (douanes, police, régulation aérienne, etc.). Par exemple, plus de 120 000 personnes, employées par plus de 1000 entreprises différentes, travaillent tous les jours dans les aéroports parisiens (CDG, Orly et Le Bourget) !
Toute cette communauté est au service des passagers, de leurs bagages et du fret. Dans la même chaîne de prestations, chaque maillon a un impact sur les autres, et la qualité du service rendu est perçue, encore plus que dans une ville, de façon globale par le passager. L’aéroport est bien évidemment un lieu très sensible pour la sécurité, la fiabilité, et, si les données doivent être partagées entre les entreprises, il est impossible d’utiliser des données ouvertes, accessibles par d’autres à l’extérieur du monde aéroportuaire.
Tous ces éléments font que, plus encore que les villes, les aéroports seront un 
terrain de prédilection pour l’IoT, où le partage des données dans un circuit local permettra de fournir aux entreprises de la communauté une réelle valeur.

Parmi les multiples exemples de services que l’IoT mis en place au sein d’un aéroport permet ou va permettre d’améliorer dans le fonctionnement, citons :

  • pour les passagers : fluidifier le voyage, optimiser les flux, informer les différents acteurs en temps réel pour permettre à chaque entreprise de s’adapter aux aléas (retard d’avion, etc.) ;
  • pour l’exploitant de l’aéroport : les données vont permettre de mieux coordonner les actions des différents acteurs : corrélation, historique, gestion de l’ouverture des boutiques, des points de filtrage passagers, etc.;
  • pour les compagnies aériennes et leurs sous-traitants : l’information partagée sur les interventions autour de ces avions : carburant, catering, etc., va permettre de gagner un temps précieux ;
  • pour l’ensemble des acteurs : la mise en place d’un réseau IoT permettra la localisation des nombreux objets nécessaires au fonctionnement d’un aéroport : containers, chariots, boites à outils, etc. C’est à la fois un enjeu de sécurité et d’optimisation des ressources.

Le « Smart Airport », grâce à l’IoT, sera dans les prochaines années un des enjeux principaux de la compétition commerciale que se livrent les aéroports pour attirer les compagnies aériennes et capter le trafic passager et fret. La mise en place de L’IoT dans les aéroports se fera en fédérant de façon transverse des données venant d’entreprises différentes, gérées par un tiers de confiance dans un environnement fermé. Ces données transiteront sur différents réseaux : fixe, 4G, Wifi, radio basse fréquence, de façon adaptée à chaque type d’application, en fonction du besoin de débit, de disponibilité, de sécurité.


Biographie de l 'auteur

Bertrand Laurioz (1992), directeur de la Division Telecom  díHub One est diplômé de polytechnique (87) et de Telecom Paris (92). Depuis plus de 20 ans dans le secteur des Télécommunications, il a travaillé dans le groupe Suez, puis dans le groupe Orange à l'international, et pendant 13 ans chez Alcatel-Lucent où il a été en particulier responsable des services en France. Filiale d'Aéroports de Paris, Hub One est un Groupe de services en technologies de l'information et de communication en environnements professionnels. Hub One síappuie sur son expÈrience en milieu aÈroportuaire pour apporter des rÈponses sur mesure aux besoins opérationnels critiques et temps réel, aux Grands Comptes et aux PME.

Email : bertrand.laurioz@hubone.fr 
www.hubone.fr

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