Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 178 : Pour une ville stratège garante du bien vivre et de l’attractivité territoriale

Articles Revue TELECOM

-

15/11/2015

 
Pour une ville stratège

garante du bien vivre

et de l’attractivité territoriale


 

Par Bernard Matyjasik dans la revue TELECOM n° 178
Le rédacteur en chef vous propose de découvrir l'article coup de coeur du dossier.

La Smart City est-elle la solution providentielle pour améliorer le fonctionnement de la ville à grand renfort de big data et de réseaux haut débit ? S’agit-il d’introduire des technologies dans une fonction verticale ou bien une approche systémique est-elle possible ?
 

Les enjeux de la ville de demain Le XXIème siècle est sous doute appelé à être le Siècle des Villes, comme ce fut le cas à l’Antiquité, à la Renaissance, périodes de prospérité économique. La planète connaît la plus longue période d’urbanisation de son histoire. À l’aube d’une profonde transformation urbaine, les villes consomment 75% des ressources naturelles et de l’énergie mondiale et produisent 80% des gaz à effet de serre dont plus de 70 % des émissions de CO2 pour une surface qui occupe seulement 2% du territoire mondial. 

Les villes sont également des lieux où la densité attire et favorise les talents, la diversité et l’innovation. Aujourd’hui, les villes produisent plus de 80 % de la richesse mondiale et forment ainsi le catalyseur naturel de l’invention et de la création. Plus précisément, 600 villes dans le monde (soit 20% de la population) génèrent 60% du PIB mondial. Deux éléments se détachent dans ce contexte en évolution rapide :

Le potentiel offert par les nouvelles technologies de l’information. Celles-ci transforment la ville et la façon dont nous pensons et vivons l’espace urbain. L’Internet mobile donne à chaque citadin une nouvelle autonomie et lui permet de devenir un acteur de la ville en temps réel. La ville devient entièrement connectée voire intelligente : ce bouleversement ne doit pas devenir facteur d’exclusion.

L’urgente nécessité de repenser les rapports entre les acteurs qui font la ville. La ville ouverte, dynamique, juste, créative et durable, à laquelle chacun peut légitimement aspirer, repose sur une gouvernance urbaine qui prend acte et encourage de nouvelles formes de collaboration entre les citoyens, les municipalités et les entreprises, en impliquant étroitement le tissu associatif et le monde de la recherche. La ville doit répondre aux défis induits par des changements intervenant très rapidement : le changement climatique, l’évolution démographique et la raréfaction des ressources, l’urbanisation massive. La ville doit impérativement retrouver une cohérence à long terme dans un contexte de changements sociaux et politiques, économiques et technologiques, environnementaux et urbains.


La Smart City, espace numérique de coopération

Une ville peut être considérée comme « smart » dès lors que les investissements dans le capital humain et social, dans les infrastructures de communication, favorisent un développement économique local durable et une qualité de vie élevée, avec une gestion rationnelle des ressources naturelles et une gouvernance participative.

La montée en puissance exponentielle de l’Internet des Objets (IoT et M2M) transforme la ville en une plateforme numérique qui permet l’optimisation des paramètres de l’économie, de la société, de l’environnement et le bienêtre dans les villes. Elle facilite le changement vers un comportement plus responsable de tous les acteurs et vise également à optimiser les budgets publics, par l’amélioration des processus propres à la ville et à ses habitants. Elle permet l’émergence de nouveaux modèles économiques en constituant une plateforme d’excellence pour l’innovation dans l’écosystème urbain. Dans ce contexte, une Smart City est un système complexe, un écosystème dans lequel plusieurs agents interviennent et où coexistent de nombreux processusqui sont intimement liés et difficilement abordables individuellement.

Une Smart City est un espace urbain avec des infrastructures, des réseaux et des plateformes intelligentes, avec des milliers de capteurs et d’actionneurs, auxquels il faut également inclure les téléphones mobiles des citadins. C’est un espace capable d’écouter et de comprendre ce qui se passe dans la ville afin de prendre les meilleures décisions et de fournir des informations et des services adéquats à ses habitants. Ensuite, l’utilisation de techniques analytiques avancées en temps réel permet de créer une prise de conscience et une compréhension des phénomènes urbains dans la perspective d’amélioration des services.


La ville, système de systèmes ou système complexe ?

Définir la ville comme seulement un système de systèmes induit implicitement qu’à chaque domaine correspond une solution en termes de système d’information et qu’au sein d’un système globalisant, le big data serait en capacité de brasser toutes les données hétérogènes desquelles apparaîtrait par sérendipité une compréhension maligne des phénomènes urbains et des solutions générées spontanément.
La compréhension du système par l’autorité de tutelle et l’exploitant de services urbains imposent une réflexion sur la propriété des données et sur les questions de respect de la vie privée. De nouvelles formes de gouvernance public- privé se dégagent alors et le big data révèle les corrélations sur lesquelles reposent de nouveaux services et des optimisations budgétaires. 
Ce sont les réseaux de la Smart City qui importent à l’usager au quotidien car il recherche la dimension avant tout relationnelle de la ville. Dans un avenir proche, les innovations servicielles « disruptives » apparaîtront dans l’espace communautaire de la ville valorisant vraisemblablement l’économie collaborative en sa capacité d’optimiser l’utilisation de l’espace public et le cycle de vie des biens matériels, faisant émerger des modèles de revenus dont la ville doit se soucier des retombées locales (fiscalité, emploi, modèle social...).

La ville est un système complexe dans lequel l’Elu –maire, président de métropole- doit trouver une légitimité dans cet écosystème au-delà de la légalité que lui a conféré son élection au suffrage universel. L’approche systémique lui impose de dégager une vision globale -la « finalité » du système-, de mettre en oeuvre une organisation capable d’animer l’écosystème et de catalyser les énergies -les niveaux d’organisation-, afin de favoriser les échanges entre les parties pour qu’ils créent le maximum de valeur, notamment localement. Sa connaissance du jeu des acteurs permet à l’Elu d’anticiper des interactions et des rétroactions éventuellement contraires et de se positionner en animateur,
en catalyseur, en facilitateur dans une démarche de co-conception de services urbains et de la feuille de route de leur déploiement. Dans un contexte de financement public sous contrainte, l’Elu peut réguler son écosystème en participant à l’émergence de nouveaux services en finançant des appels à manifestation d’intérêt plutôt que par appels d’offre et aussi en fixant des règles locales dans la limite des compétences attribuées à son Conseil.

La ville stratège a compris les potentialités de la Smart City pour son développement. L’Elu y définit la vision (projet politique) puis anime son écosystème local avec seulement deux priorités à l’esprit :
• Améliorer de façon continue la qualité de vie pour tous,
• Développer l’attractivité de son territoire et son rayonnement.


Proposition d’approche systémique

Une approche systémique est une façon d’aborder la complexité d’un système. Elle ne prétend pas être unique mais se détache des solutions « verticales » des fournisseurs du marché de la Smart City, soient-elles présentées comme holistiques. 
L’approche systémique de la Ville, présentée ici, s’affranchit des silos fonctionnels et métiers. Voici six clés d’entrée qui mériteraient d’être développées.

La Gouvernance
La gouvernance de la Smart City est en premier lieu celle de la ville stratège. Elle est axée sur la production de services efficaces, économiques, partagés et mutualisés, durables. Pour concevoir ces solutions, les relations entre les acteurs évoluent vers davantage de concertation et de participation. La relation de la ville aux exploitants de services urbains évolue vers davantage de performance dans la fourniture des services que la Smart City est en capacité de mesurer (capteurs, connecteurs). La population participe aux choix urbains et aux services en les concevant, les produisant ou les co-consommant. L’animation des communautés et la prise en compte des réseaux sociaux sont déterminantes dans la mise en oeuvre de ces nouvelles méthodes de gouvernance : démocratie contributive, urbanisme participatif, covoiturage domicile-travail, autopartage communautaire... La Smart City est l’incubateur de l’Innovation Politique et de l’Innovation Sociale.

Les Citoyens
La Smart City est une ville de services et le citadin est au coeur de ses finalités.  Il contribue en tant que citoyen à la vie de sa ville et à la prise de décision. Son engagement est une clé de succès de la Smart City. L’éducation, la culture, la capacité d’initiative et l’appartenance à des communautés d’intérêt sont constitutifs du citoyen éclairé donnant son sens à la Smart City. Le sentiment d’appartenance à une ville/un territoire dont il est fier est une des clés de l’engagement individuel.
Il ne s’agit pas d’attirer une seule élite soit-elle « créative » mais de concevoir une démarche où chacun joue un rôle actif. Le principe de responsabilité individuelle est le seul garant de la réussite du déploiement sobre et efficace des services urbains. L’accompagnement au changement de comportement individuel dans les usages est au coeur de la réussite du déploiement de la Smart City au-delà de l’appropriation numérique : consommation énergétique, tri sélectif, mobilité durable et partagée... 

L’Economie
La vocation de la Smart City est la prospérité économique. Là où les Etats-nations opposaient économie de marché à économie planifiée il y a 30 ans encore, la ville fait sienne des nouvelles formules de création de valeur.
L’économie sociale et solidaire crée de la valeur sans finalité purement capitaliste. Ses associations et entreprises ont vocation à s’emparer despotentialités de la Smart City pour déployer des solutions d’insertion sociale. L’économie de la connaissance (stratégie de Lisbonne) se décline dans la Ville dans l’identification de clusters, de pôles de compétitivité. Elle donne aux entreprises, aux laboratoires l’accès au marché mondial via les télécommunications et développe un « écosystème de la croissance » durable. L’économie circulaire optimise le métabolisme urbain, ses entrants et ses sortants grâce au suivi des processus par les TIC. La Smart City permet l’émergence de nouveaux modèles économiques plus sobres. L’économie de fonctionnalité qui devient économie quaternaire par l’apport des TIC et de l’aide fiscale (CESU) remplace la propriété de l’objet par le service rendu, développant ainsi des emplois non délocalisables comme les services à la personne. L’économie collaborative crée une activité, parfois de nouveaux emplois en promouvant de nouveaux modèles économiques aux conditions près de retombées locales évoquées supra. La Transition Energétique et Ecologique et la Transition Numérique fournissent de formidables opportunités de redéfinir les missions, les processus dans la mise en oeuvre de nouveaux modèles économiques au sein de la ville stratège, avec l’appui des TIC.

Le Territoire
La Smart City crée les conditions d’attractivité du territoire et du rayonnement international ; la Smart City valorise et entretient ses actifs, avec des logiciels de conception et de visualisation (carte n dimensions, BIM), de gestion du cycle de vie des biens publics… Ce patrimoine foncier, immatériel,
naturel et mobilier constitue les parties les plus visibles de son écosystème. Les outils numériques lui fournissent les outils de connaissance approfondie de son territoire et de sa dynamique. En compétition mondiale, l’intelligence territoriale met en lumière ses forces et faiblesses, et subséquemment les éléments d’aide à la décision et à la planification. Consciente de la nécessité d’attirer les talents, les projets et les capitaux, la Smart City valorise son identité territoriale par la marque territoriale pour développer son attractivité. Cette marque qui n’est pas le nom de la Ville mais qui reflète la diversité d’un territoire élargi dont elle est le sémaphore.

La Résilience
L’Elu se retrouve confronté à la vulnérabilité de la Ville et à la préservation de la sécurité des citadins. Les crises sont naturelles, industrielles, économiques et sociales. Les temps courts chevauchent les temps longs. Le réchauffement climatique provoque des crises et des conflits qui ajoutent à l’exode rural des flux migratoires de populations à la recherche d’un mieux vivre ou seulement de survie. La Smart City déploie des méthodes, des connecteurs et des capteurs pour la sécurité des biens et des personnes au quotidien et pour assurer la sûreté urbaine par la prévention des risques. La résilience urbaine est la capacité de la ville à revenir à l’état nominal de fonctionnement en cas de crise ou de catastrophe naturelle ou industrielle. Les processus reposent sur la même chaîne : informer en remontée, agir en réaction. L’autonomie énergétique des territoires constitue vraisemblablement un des leviers de la résilience urbaine. Elle permet de relever le défi collectif de la transition énergétique en créant de la valeur, reposant notamment sur l’exploitation de réseaux locaux et unitaires (micro grid, smart grid)…

La Mobilité
Devenue mode de vie, la mobilité urbaine intelligente repose sur le couplage de l’infrastructure et des systèmes, sur le rapprochement des problématiques de transports de biens et de personnes et sur l’intégration des modes de transports individuels et collectifs classiques aux nouvelles mobilités actives (vélo, marche…) et partagées (autopartage communautaire, covoiturage, parking partagé…). 

L’espace physique fusionne avec l’espace numérique. Les réseaux physiques (routes, rails, canaux, fibre…), les réseaux logiques (lignes de bus, tournées de logistique…) et les réseaux virtuels (associations, voisinage, communautés web) jusque-là disjoints s’alimentent de leur potentialités les uns les autres. Le système de mobilité est tourné versl’aide à la décision : choix individuel, décision opérationnelle de l’exploitant, arbitrage de l’autorité organisatrice. L’engagement individuel de chaque utilisateur à changer sa façon de « consommer » sa mobilité est la clé la plus accessible.

Les technologies débarquent en ville avec leurs potentialités qui se transforment en une ardente obligation à agir, changer, échanger… Cela impacte les décideurs publics, les concepteurs, les constructeurs, les opérateurs de la ville, les utilisateurs, citadins, travailleurs ou visiteurs. Les services sont réinventés, les modèles économiques bouleversés, les relations contractuelles mesurées, l’urbanisme, la mobilité deviennent participatifs… 40 ans après l’industrie, chacun participe au re-engineering des processus urbains dans une démarche d’optimisation des services et de moindre impact sur l’environnement.

La ville stratège peut devenir la nouvelle frontière d’une construction européenne essoufflée.


Biographie de l'auteur
Bernard Matyjasik participe chez Egis à l’incubateur Smart City. Il est diplômé de Kedge Business School (’89). D’abord Consultant en systèmes d’information puis Manager chez Peat Marwick Consultants, il se spécialise dans la transformation d’entreprise et l’émergence de nouveaux modèles économiques. Il dirige ensuite une filiale dédiée aux Transports Intelligents (Vinci).

@be_maty               

fr.linkedin.com/pub/bernardmatyjasik/0/69/176



 

255 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Quels rôles jouent les technologies numériques dans l’évolution de la médecine du travail ? Groupe Santé#196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

Le numérique au service de la décarbonisation #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril

Articles Revue TELECOM

DC Brain nommé au prix de la croissance #196

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

01 avril