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Revue TELECOM 179 - La Fintech, la coopétition avant l'avènement du marketplace banking ?

Articles Revue TELECOM

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15/01/2016


LA FINTECH, LA

COOPETITION AVANT

L'AVENEMENT DU

MARKETPLACE BANKING ?



Par Philippe Gelis dans la revue TELECOM n° 179

 
La première vague de start-up Fintech se caractérise par une complémentarité et une coopération avec les banques traditionnelles. Mais l'avènement de véritables " banques Fintech " pourrait remettre en cause cet équilibre.


Il y a tout juste un an, en décembre 2014, l'IPO (introduction en bourse) réussie de Lending Club faisait prendre conscience au monde de l'avènement de la Fintech. De nouveaux entrants pouvaient donc, parvenir à concurrencer et à bousculer le secteur bancaire, mûr pour être " disrupté ".


Concurrence ou coopétition ?

Comme Lending Club, dans le cas du crédit aux particuliers, les Fintechs que nous connaissons concurrencent les banques chacune sur un métier précis : le crédit (aux entreprises comme Funding Circle), le paiement, le change, la gestion d'actifs, etc. Elles dépendent toujours largement de l'infrastructure financière et règlementaire des banques traditionnelles, ce qui rend les relations entre banques et Fintechs actuelles plus complexes qu'une simple relation de concurrence : toutes les Fintechs ont besoin des banques, ne serait-ce que parce qu'elles ont besoin de comptes bancaires pour gérer les fonds de leurs clients. Par ailleurs, les banques (notamment aux Etats Unis), ont été des acteurs importants de l'investissement VC (Venture Capital) dans le secteur. On constate que, même sur le plan opérationnel, beaucoup de Fintechs ont évolué d'un modèle purement P2P (Pair to Pair) vers des modèles hybrides de places de marché, où des institutions financières traditionnelles fournissent de la liquidité aux plates-formes Fintechs. Lending Club, pour reprendre notre exemple, tire aujourd'hui environ 80% de sa liquidité d'institutions financières. Cela ne montre pas simplement que les Fintechs ont besoin des banques, ceci prouve également que les plates-formes Fintech constituent un canal de distribution plus efficace et relationnel pour les banques que leurs réseaux obsolètes d'agences.

L'industrie financière se transforme donc en un écosystème dans lequel les banques et les Fintechs sont en concurrence sur certains produits mais collaborent sur d'autres. Il n'y a déjà plus de frontière claire. C'ests pourquoi chez Kantox, nous parlons de coopétition pour décrire l'état actuel des relations entre banques et Fintechs. Aujourd'hui, les Fintechs représentent une fantastique plate-forme révolutionnant l’interface et l’expérience utilisateur dans les services financiers, et que les banques peuvent (et doivent) utiliser pour innover. Dans ce type d’environnement, seules les banques les plus flexibles et les plus « ouvertes » survivront, les autres disparaîtront.

Vers l’avènement de « Banques Fintech »

Toutefois, le mouvement de fond de la Fintech ne s’arrêtera pas là et peu de banquiers ont pris la mesure du tsunami qui se prépare. Je suis convaincu que d’ici 3 à 5 ans de véritables « Banques Fintech », que j’appelle aussi « banques place de marché », vont émerger en s’attaquant aux piliers qui sont au cœur du métier des banques traditionnelles : maintien de l’infrastructure bancaire, gestion des fonds des clients, accès direct à la liquidité, relation de confiance. Ces nouveaux acteurs ne feront que gérer les dépôts de leurs clients tout en leur donnant accès à un vaste éventail de services fournis par des tiers mis en concurrence, que ceux-ci soient des Fintechs ou des banques traditionnelles.
Pour cela, cinq éléments devront être réunis :
  • Une plate-forme bancaire agile et performante, construite à partir de zéro, et qui constituera pour le client une porte d’accès à un panel de services financiers extérieurs ;
  • Une couche API pour connecter cette plate-forme aux différents fournisseurs de services ;
  • Des process solides permettant de satisfaire les obligations de compliance et de KYC1 ;
  • Une licence bancaire ;
  • La capacité à acquérir et à gérer une base d’utilisateurs importante (CRM, équipes support,...).

Les trois premières conditions peuvent être remplies en construisant la technologie adaptée, qui, même si elle n’est pas simple, est à la portée de beaucoup d’entrepreneurs technologiques talentueux. Ceci ne me semble donc pas être la principale barrière.
 

L’obtention d’une licence bancaire, elle, est coûteuse (on estime qu’elle requiert un investissement initial moyen de 20 millions d’euros en Europe, pouvant être plus ou moins important selon le pays). Mais surtout, ceci demande de la crédibilité : il faut notamment pouvoir réunir un board constitué de professionnels renommés pour convaincre le régulateur. C’est pourquoi les Banques Fintech ne verront sans doute pas le jour avant que des entrepreneurs ayant démontré leur capacité à bâtir une entreprise Fintech ne se lancent dans l´aventure.


Pour ce qui est de la capacité à acquérir une vaste base d’utilisateurs, c’est là que se trouve le véritable défi entrepreneurial selon moi. Comment vous différencier si vous offrez un portefeuille de services limité, en vous reposant sur des tiers ? Il s’agit avant tout de choisir un segment précis et de se connecter à un maximum de services pertinents pour ce segment rapidement. C’est donc à la fois un défi business et technologique.

1/ KYC : “Know Your Customer”. Ensemble des processus visant à vérifier l’identité des clients, notamment dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent.


Biographie de l'auteur

Philippe Gelis est co-fondateur et CEO de Kantox, entreprise Fintech leader des solutions de gestion du change de devises pour les entreprises. Auparavant, Philippe a acquis une connaissance approfondie des services financiers en tant que consultant spécialisé dans ce secteur chez Deloitte. Il est diplômé de la Toulouse Business School.

https://twitter.com/Pgelis
https://uk.linkedin.com/in/philippegelis

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