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Revue TELECOM 179 : Les Femmes dans l'IT, une opportunité !!

Articles Revue TELECOM

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15/01/2016

Les Femmes dans l'IT, une

opportunité !!
 

Par Marie-Paule Odini
Le rédacteur en chef vous propose de découvrir l'article coup de coeur de son dossier. 

 

27% en moyenne en France, 30 à 40% outre-Atlantique, la mixité s’affiche et porte ses fruits.

Où sont les femmes ?
Les hommes naissent égaux en droit, la population mondiale compte environ autant de femmes que d’hommes, l’école de Jules Ferry en France est ouverte et gratuite pour tous les garçons et filles de notre pays, et pourtant lorsqu’ on considère les PDG du CAC40 en France, aucune femme! Les mauvaises langues vont peut-être invoquer la supériorité intellectuelle de la gente masculine, malheureusement ce mythe s’est effondré en 2012 lorsque James Flynn, chercheur néo-zélandais du département Politics de l’Université of Otago (Nouvelle-Zélande), a collecté des tests de QI en Europe Occidentale, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Argentine et en Estonie qui démontrent que les femmes étaient, en fait, plus intelligentes que les hommes … Désolée Messieurs !
De plus, 51% de la population active en France est composée de femmes[1]. Et de surcroit, à l’échelle européenne (U27), 40,8% des femmes ont un niveau de scolarité supérieur contre 32,4% des hommes, toujours en 2013 [2]Donc globalement l’égalité des chances existe jusqu’à l’entrée des femmes dans la vie active : alors pourquoi ne voit-on pas plus de femmes dans les postes à responsabilité ?
Force est de constater que certains archétypes perdurent : les femmes continuent de faire plus de tâches ménagères que les hommes (au moins deux fois plus) à s’occuper des enfants en priorité, à prendre des congés si nécessaire pour la famille, alors que les hommes se consacrent davantage à leur carrière. De plus, certains métiers restent fortement féminisés alors qu’à l’inverse, d’autres demeurent principalement masculin, malgré les évolutions de pénibilités associés à chacun. Typiquement les métiers tels que diététicienne, aide-ménagère, enseignante maternelle, secrétaire, aide-soignante sont encore presque exclusivement féminins. Alors qu’inversement, conducteur d’engin, pompier, électricien, soudeur, ou plombier sont principalement masculins. Et pourtant, une femme pourrait très bien conduire un engin de chantier, équipés de nos jours de direction assistée ! Sans aller sur les chantiers, dans les bureaux, on observe aujourd’hui une grande disparité homme-femme entre les métiers marketing et ingénieur par exemple, pourtant, tous deux, purement intellectuels dans beaucoup d’entreprises.


Ecoles d’ingénieur : de net progrès !
En 2011, seulement 28% en moyenne des effectifs des écoles d’ingénieurs étaient des femmes, avec de grande disparité suivant les écoles, et 40% des IUT.[1]Les femmes étaient donc sous- représentée, mais pire ces chiffres descendaient en dessous de 10% pour certaines prestigieuses écoles. Mais à cette époque, les classements d’école n’affichaient pas ces comparaisons[2]. Depuis, de nombreuses campagnes de promotion ont été mises en place au niveau des lycées et dans certains établissements pour changer l’image des carrières scientifiques et technologiques et attirer de brillantes étudiantes. Les résultats sont là : un récent sondage montre que les chiffres atteignent maintenant 28 à 33% à l’INSA par exemple.[3]
 
Je participe personnellement à la promotion des femmes dans les carrières scientifiques au sein de lycées grenoblois et de l’INPG (Institut National Polytechnique Grenoblois). Chaque année, l’ENSIMAG invite des jeunes filles de la région grenobloise et un panel de professionnelles d’entreprises IT pour se rencontrer et débattre de la réalité du monde du travail au féminin. Tous les ans, je rencontre trois types de profil :
  • Des jeunes filles convaincues de faire une carrière scientifique, venue ici juste pour se rassurer ou confronter leur point de vue
  • D’autres ayant choisi une carrière différente, généralement médicale, mais venue par curiosité ou pour évaluer quelques solutions de repli
  • Celles ayant toujours des doutes : intéressées par les carrières scientifiques ou la perspective d’emploi qu’offrent les écoles d’ingénieures mais sceptiques quant à leur intérêt personnel par le cursus proposé et les métiers associes.
Les principaux commentaires que j’entends sont soit le souci d’être dans une classe principalement masculine, soit l’idée de devoir passer sa vie devant un ordinateur. Ce qui peut paraitre paradoxal quand on pense aux heures passées par la génération actuelle sur leur portable ou leur tablette …Mais un idéal de vie socialement riche inspire beaucoup de jeunes aujourd’hui. Je me donc fais un devoir de leur raconter la richesse multi culturelle au sein de Hewlett-Packard Enterprise, les différents métiers que j’ai pu y exercer, les clients, collègues, partenaires que j’ai rencontré, les pays que j’ai visité, la curiosité intellectuelle qui continue à m’animer après toutes ces années grâce à la créativité et au dynamisme du secteur technologique. Autant d’éléments qui généralement suscitent un certain enthousiasme et rallient quelques personnes à la cause de la féminisation des rangs de l’IT !

Mixité dans les entreprises : un engagement de chacun
Aujourd’hui, si l’on considère les chiffres de la France pour les entreprises membres de Synthec numérique, soit une grande partie du secteur IT, l’étude de femmes du Numérique révèle que les femmes représentent seulement 27 % des effectifs actuels. Or, depuis quelques années, la mixité dans les entreprises est devenue le cheval de bataille, non seulement des féministes, mais aussi des sociologues et des chefs d’entreprises pour amener plus de richesse dans les relations de travail, plus de complémentarité de vue, de compétences, d’objectivité et pluralisme dans les mécanismes de décision. De récentes études de McKinsey, Crédit Suisse ou Catalyst[1] ) ont montré que cette diversité homme-femme non seulement agrémentait la vie de l’entreprise en offrant un environnement plus équilibré, mais qu’elle apportait plus de performance. En parallèle, deux autres phénomènes ont accéléré le processus : d’une part des établissements de quota, tel que le quota de femmes dans les conseils d’administration de la loi Copé-Zimmerman en France, et d’autre part les publications d’analystes comparant les résultats de différentes entreprises concernant l’égalité professionnelle homme/femme, aussi bien au niveau des effectifs qu’au niveau des salaires. Ainsi, récemment les sociétés de la Silicon Valley ont été mises en ligne de mire pour leur faible taux de féminisation, immédiatement suivi de fortes embauches pour rattraper le retard ! En France, le MEDEF vient de lancer une initiative « Patrons : Champion du changement » avec le support de cinquante chefs d’entreprise, dont Gerald Karsenti d’HPE. Avec la mixité femme-homme comme premier axe de travail, l’objectif de ce mouvement est de développer la présence des femmes dans le paysage économique français et faire en sorte qu’elles accèdent à plus de responsabilités visibles. La méthode retenue est celle de l’engagement volontaire de chacun et repose sur la capacité à convaincre ses pairs.
Chez HP et maintenant Hewlett Packard Entreprise (et HP Inc.), la diversité a été au cœur de la culture d’entreprise dès sa création, avec le HP Way : « We create an inclusive work environment which supports the diversity of our people and stimulates innovation ». De nombreux programmes ont été mis en place pour sensibiliser les managers et les employés, lutter contre le harcèlement, promouvoir et soutenir financièrement les réseaux de femmes, Woman@Work, (photo #2) garantir l’égalité de parole et chance de promotion de chacun indépendamment de son genre, offrir des formations aux femmes pour les aider à définir leur projet professionnel et acquérir la confiance nécessaire pour franchir les étapes vers l’épanouissement professionnel et le succès personnel. Le programme de mentorat est très actif. Personnellement, je suis mentor des jeunes femmes de mon organisation pour les soutenir techniquement, mais également les aider à évoluer au sein de notre business, étendre leur réseau, faciliter les contacts, accélérer les interactions, revoir leur livrables pour en améliorer la qualité, les aider à communiquer et promouvoir leurs résultats, réfléchir à leur possibilité de carrières, choisir des formations ou sujets a investiguer et préparer des changements de postes. Les équipes sont très distribuées, internationales, les relations essentiellement virtuelles, mais à l’inverse, les relations sont basées sur la confiance et le réseau. Le programme de mentorat est donc primordial pour s’entraider. Les sujets à aborder sont multiples et variés : ils allient les discussions strictement professionnelles avec les échanges plus informels et conviviaux qui renforcent les liens et aident à affiner l’aide que l’on peut apporter à une personne en fonction de sa personnalité et de ses aspirations personnelles. En échange, ce programme de mentorat m’apporte beaucoup sur les besoins de différents métiers dans la société, en termes d’informations  auxquelles je n’ai pas accès directement, expériences complémentaires de la mienne, et d’un point de vue humain et relationnel, généralement avec des collègues vivant dans un autre pays, une autre culture que la mienne, dernièrement Etats Unis et Chili.
Un programme structuré, Woman@Work existe au niveau d’HP depuis de nombreuses années, et rassemble 5500 membres mondialement. Il a été mis en place en France il y a dix ans, représente aujourd’hui 500 personnes et est financé par la société, et animé par des bénévoles. Les principaux objectifs sont : 
  • Influencer la politique de diversité et de parité Homme/Femme chez HPE
  • Sensibiliser et encourager les femmes à prendre en main leur trajectoire professionnelle, et ce à tout âge
  • Les aider dans leur développement personnel et professionnel : coaching, programme de mentorat, formation
  • Etre une source d’informations sur les bonnes pratiques et les aider à gagner en confiance
  •  Leur permettre d’élargir leurs réseaux interne et externe
  • Créer des moments privilégiés d’échanges et de partage en toute bienveillance
 
[1] Mixité, quand les hommes s’engagent – Edition Eyrolles

    
            HPE – Women@work Grenoble​      
                                     HPE - Women@TechCon15

                    

Les activités organisées sont les suivantes: 
Des ateliers avec des jeux de rôle sont organisés pour aider, par exemple, les employées à parfaire leurs talents de communication. Typiquement, les personnes qui savent parler clairement, articuler des messages forts tout en ménageant les sensibilités et susceptibilités, et influencer si besoin leur audience, ont beaucoup plus de chances d’obtenir des résultats et d’êtres promues. Ces compétences qui représentent ce que l’on appelle les « softs skills » sont de plus en plus importantes dans les environnements multinationaux et virtuels, et très complémentaires des « hard skills » nécessaires au métier exercé.
Chez HPE France, la mixité représente 31%, un % qui sert presque d’étalon dans l’industrie de l’IT et qu’Apple et Facebook s’efforcent d’égaler suite aux déchainements de la presse à ce sujet en Californie. Mais 31% c’est une moyenne. Si l’on regarde la distribution par métier et dans l’échelle des grades, ce pourcentage est loin d’être homogène ! Les Ressources humaines, la Finance, le Marketing, ou le Secrétariat sont majoritairement féminin, alors que la Recherche et le Developpement souffre cruellement par l’absence des femmes !
Je participe au comité technique qui organise l’évènement annuel mondial d’HP sur l’innovation technologique au sein de l’entreprise (photo#3). Nous faisons un appel à publications et sélectionnons les meilleurs papiers. Depuis deux ans, nous avons instauré un programme d’accompagnement pour encourager les femmes à participer. D’une part, elles sont moins nombreuses que les hommes, mais elles ne font pas l’effort d’écrire un papier. Il faut les stimuler, les aider à l’écrire, le présenter si elles sont sélectionnées, leur donner confiance. Une fois l’expérience vécue, généralement elles sont ravies et essaient de revenir et de motiver leurs collègues ! Au niveau des postes de management, même constat. La direction essaie d’équilibrer les genres au niveau de la direction nationale et mondiale. Dernièrement lors du split d’HP, les deux conseils d’administration, Hewlett Packard Enterprise (HPE) et HP Inc. ont fait la une des journaux pour avoir chacun un conseil d’administration avec quatre femmes de renom !
Certes, les quotas et la médiatisation sont nécessaires, mais la mixité est l’effort de chacun : dans le recrutement, le comportement de tous les jours vis-à-vis de ses collègues, le programme de mentorat mais aussi la réflexion que doit entreprendre chaque femme dans la société pour se repositionner régulièrement, évaluer ses options, et faire des choix pour évoluer. C’est aussi un effort du côté des hommes, pour laisser plus de place aux femmes, les traiter d’égal à égal et ouvrir leurs cercles professionnels à plus de mixité.  « La femme est l’avenir de l’homme » est plus qu’un adage, c’est une réalité aujourd’hui et avec Homme avec un « H ». Plus nous aurons d’égalité, de dialogue, de respect mutuel, de collaboration, de l’école à la maison, dans l’entreprise, dans nos institutions, plus notre société sera équilibrée ! Certains hommes l’ont bien compris, comme ce mouvement spontané dans les évènements publics ou les panelistes masculins refusent de participer si le panel est exclusivement masculin !

Cet article est donc un appel à vous, étudiantes, professionnelles : Ayez confiance en vous, en votre valeur, et osez !
Mais aussi à vous messieurs : Encouragez vos sœurs, mères, épouses, amies, collègues et aidez-nous à faire évoluer la société pour plus de mixité à parité !


 
Biographie de l'auteur

Marie-Paule OdiniDirecteur Technique chez Hewlett-Packard Enterprise (HPE)
Au sein de l’Office de Technologie du Groupe, elle est en charge de l’innovation sur le marché Télécom. Marie-Paule est engagée personnellement dans la promotion des femmes dans l’IT. Diplômée de Utah State University, elle est active sur les réseaux sociaux.
 

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