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Revue TELECOM 180 - AFT-Technoprog : les défis d'un transhumanisme à la française

Articles Revue TELECOM

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15/03/2016


AFT-TECHNOPROG :

LES DEFIS

D'UN TRANSHUMANISME

A LA FRANCAISE


Par Marc Roux dans la revue TELECOM n° 180
 
La question du transhumanisme fait maintenant ouvertement débat en France. Comment les transhumanistes eux-mêmes estiment-ils pouvoir se faire comprendre par une société qui, au premier abord, semble rétive?

Un terrain difficle

Dix ans après ses premières manifestations, la construction d'un transhumanisme à la française se heurte encore à un véritable malentendu. Découvert dans sa version californienne originelle originelle, il reste présenté comme libéral-libertaire, scientiste et hyper-individualiste. La critique hexagonale réduit ainsi le mouvement à une tendance qui ne représente pourtant peut-être que le cinquième de ses membres déclarés1.

A cette première déformation s'ajoutent souvent l'exagération et la confusion. D'aucuns n'hésitent pas à comparer le transhumanisme au nazisme2 ou à l'Organisation de l'Etat Islamique3.

Cette diabolisation délibérée s'accompagne souvent d'une série de confusions. Il faut dire que celles-ci sont compréhensibles. En effet, elles portent sur des concepts encore neufs, mal définis et sur lesquels les transhumanistes eux-mêmes ne s'accordent souvent pas bien.

Une première confusion porte sur les termes trans/post - humanisme. A la réception de ces termes, les critiques non-anglophones ont la plupart du temps appliqué une interprétation étymologique orientée ; " trans " étant compris comme " au-delà de " et " post " comme " après ", les transhumanistes ne pouvaient que viser la fin de l'humanité pour aller vers autre chose. Pourtant, une lecture des tout premiers textes de présentation du mouvement indiquait que même le " posthumain " était conçu simplement comme un humain considérablement modifié. Le préfixe " trans " pouvant plus exactement être compris dans son autre sens de " à travers ", insistant sur la notion de processus de transformation.

Une autre confusion très répandue est celle qui consiste à croire que les transhumanistes - tous les transhumanistes - souhaitent, voire prétendent possible d'atteindre l'immortalité. Sans nier qu'il existe une minorité spiritualiste dans le mouvement, et même de véritables croyants, sans ignorer les déclarations fracassantes de certaines des figures les plus proéminentes de cette nébuleuse, il faut redire que ce dont il s'agit réellement, ce n'est que de " l'amortalité ", autrement dit qu'une extension radicale de la durée de vie en bonne santé, dont le terme - la mort, loin de disparaître, deviendrait indéfiniment distant. Pareillement, il ne peut être question que de transformation, éventuellement considérable du corps, et non de sa disparition. La croyance en une possible Immortalité relève de la métaphysique, alors que l'espoir d'une Amortalité se veut rationnelle et matérialiste.

Dans le monde francophone, les difficultés précédentes sont aggravées par une conjoncture culturelle qui tend parfois à une véritable technophobie. D'une part, plutôt à droite, le contre-coup des années 1968 aboutit aujourd'hui à un néo-conservatisme incarné par 
exemple par La Manif Pour Tous. D’autre part, plutôt à gauche, la réaction écologiste aux excès d’une économie souvent scientiste, productiviste, polluante et consumériste tombe parfois dans l’extrémité du néo-luddisme, c’est-à-dire dans la volonté de casser la technologie. Ce bio-conservatisme est donc largement transversal. Ses tenants se retrouvent pour s’opposer aux thérapies géniques, aux implants électroniques et à l’exigence radicale des transhumanistes de disposer librement de leur corps.
 

Comment relever ces défis ?

Pour tenter de surmonter ces fortes réticences de la société française, l’AFT-Technoprog développe un discours et une action.
Il est d’abord essentiel de faire comprendre la diversité, la complexité et l’importance du transhumanisme. La pensée transhumaniste est transversale et plurielle, ce qui veut dire qu’elle peut être interprétée à travers tout le champ socio-politique traditionnel. Vous trouverez des transhumanistes de droite et de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche, etc. C’est une nébuleuse qui rassemble non pas un, mais des transhumanismes. Par ailleurs, elle englobe toute la convergence technologique (dite NBIC), et ses hypothèses concernent rien moins que le devenir biologique et social de l’ensemble de l’humanité.
 

À l’inverse du transhumanisme en grande partie fantasmé par ses détracteurs, l’AFT-Technoprog défend un transhumanisme que nous appelons “Technoprogressisme”, soucieux des risques sanitaires et environnementaux, et surtout animé par un désir d’harmonie et de justice sociale.

L’alternative est celle d’un transhumanisme dystopique, celle d’une humanité à plusieurs vitesses. Donc, si nous sommes attachés aux valeurs démocratiques, nous n’avons pas le choix. Il faut à tout prix se battre pour que les sociétés transhumanistes à venir soient techno-progressistes. On se heurte néanmoins, dans la société actuelle, au principe de précaution (par exemple, l’exploitation du gaz de schiste) érigé en valeur fondamentale sauf en cas d’intérêts économiques majeurs (téléphone mobile)4. Il faut rappeler également que, quoi qu’en disent les critiques, des acteurs surpuissants s’investissent dans les NBIC (GAFA, DARPA, NASA aux Etats-Unis, mais aussi leurs équivalents en Chine, en Russie et ailleurs) qui ne s’embarrasseront guère de préoccupations éthiques. C’est pourquoi, pour le meilleur ET pour le pire, des sociétés à caractères transhumanistes ont de fortes chances d’advenir.

Mais il faut aussi se rendre compte que la très grande majorité des personnes comprennent bien que, à travers toute l’histoire de l’humanité, la technique a globalement joué un rôle libérateur. Une enquête approfondie du CRÉDOC en 2014 a montré combien, malgré la technophobie médiatique souvent dominante, les gens sont confiants et souhaitent pouvoir adopter des pratiques technologiques qui relèvent du transhumanisme (prothèses biomécatroniques, cellules souches, génie génétique, etc.). Une majorité était même favorable au passage d’une médecine de réparation à une médecine d’augmentation .

Pour donner une chance à ce discours d’être entendu, l’AFT-Technoprog, qui reste une association autofinancée et animée par une poignée de bénévoles, multiplie les publications d’articles, organise des conférences et accepte les interventions publiques et médiatiques qui lui sont de plus en plus souvent proposées. L’AFT est présente sur le web à travers ses sites, forum, réseaux sociaux, etc. Un premier ouvrage est sorti le 21 mars 2016 aux éditions FYP : TECHNOPROG, le transhumanisme au service du progrès social.

Enfin, Technoprog propose la fondation d’un think tank francophone institutionnel qui soit l’équivalent du Future of Humanity Institute d’Oxford. La France et le monde francophone ne peuvent en effet pas rester spectateurs d’une évolution qui promet de bouleverser le genre humain.

GLOSSAIRE :
AFT : Association Française Transhumaniste - Technoprog
NBIC : Nanosciences, Biologie, sciences de l'Information et sciences Cognitives
GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon, (IBM, Oracle, etc.)
DARPA : l'agence de Recherche et de Développement de l'armée américaine
NASA : l'agence spatiale des Etats-Unis
CREDOC : Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie

10 mots clés :
France: Transhumanisme; Technoprogressisme; Posthumanisme; Confusions; Immotalité;Amortalité; Technophobie; bioconservatisme; Neo-luddisme.

Pour prolonger le débat :
Site de l'AFT-Technoprog : www.transhumanistes.com
Réseaux Technoprog : http://transhumanistes.com/reseaux



 

1/ James Hughes, “What is Technoprogressive Thought? Origins, Principles, Agendas” in Colloque TransVision 2014 : Le transhumanisme face à la question sociale, AFT-Technoprog, nov. 2014, en ligne.
2/ Philippe Marlière (biologiste) : <>.
3/ Jacques Testart, “Djihadisme, transhumanisme : drame subi, désastre consenti”, Marianne, 10/04/2015
4/ Regis Bigot, Sandra Hoibian, Les Technosciences : amélioration ou perversion de l’humanité ?, CREDOC, Oct. 2014.



Biographie de l'auteur

Marc Roux Après des études doctorales d'Histoire et dix ans d'enseignement et de syndicalisme, Marc Roux est  co-fondateur et porte-parole de l'Association Française Transhumaniste : Technoprog depuis 2009. Il est chercheur associé à l'Institute for Ethics and Emerging Technologies (IEET).

Twitter : @marcroux

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