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Revue TELECOM 180 - Interview de Gaël Langevin : De la main à la tribu des humanoïdes

Articles Revue TELECOM

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15/03/2016



DE LA MAIN A LA TRIBU

DES HUMANOÏDES




Interview de Gaël Langevin par Michel Cochet (1973) dans la revue TELECOM n° 180

 
Plus de 200 humanoïdes InMoov vont bientôt être reliés ensemble. Tel est le défi que se propose de réaliser Gaël Langevin, sculpteur et designer qui a parlé sur le partage et la mise en commun de son robot entièrement réalisable par une imprimante 3D.


La Rédaction : Gaël Langevin, pouvez-vous en quelques mots nous faire la genèse de votre Robot In Moov disponible sur le site du même nom
Gaël Langevin : En tant que sculpteur-designer, je travaille pour de nombreuses entreprises. Le projet InMoov a eu pour origine un devis que j'ai réalisé en 2011 pour un constructeur automobile. Il s'agissait d'imaginer une prothèse de main futuriste, le travail n'a pas abouti pour des raisons de prix. Il s'avère que je venais d'acquérir une imprimante 3D et j'ai eu l'idée de modéliser cette main futuriste et d'utiliser cette imprimante pour la réaliser. La main a été réalisée en octobre 2011 et j'ai décidé de la mettre à disposition libre sur un site accessible à tous.

La Rédaction : Quels outils avez-vous décidé d'utiliser ? 
Gaël Langevin : Dès longtemps,  j'utilise des outils libres de droit comme le système opérateur LINUX, les logiciels de création Blender1 et surtout une imprimante accessible facilement à tous, capable d'imprimer des éléments de 12 cm3, afin de permettre ensuite à tout possesseur d'une imprimante 3D équivalente, de pouvoir réaliser cette main artificielle.

Puis mon projet évoluant à grands pas, il a fallu trouver des logiciels ouverts permettant de synchroniser tous les éléments et répondant à la voix.
C'est ainsi que la commande vocale a ainsi été développée grâce aux modules développés par " My Robot Lab ".
Pour permettre aux utilisateurs souhaitant construire le Robot et de profiter de mes développements,  j'ai aussi décidé de mettre en place une plateforme communautaire : un blog puis un site internet.

La Rédaction : Quel modèle économique avez-vous décidé de mettre en place ?
Gaël Langevin : En mettant à disposition en mode ouvert cette première prothèse imprimable en 3D pour aider les personnes handicapées,  j'ai été surpris par l'engouement qui en a résulté (elle est entrée rapidement au musée de l'Homme !).

J'ai donc continué en réalisant les bras qui furent prêts en Juillet 2012 puis les épaules et la tête que je partageais dès que j'étais satisfait de l'aspect de mes réalisations que je voulais, et que je continue à vouloir, humanoïde.

Mon blog recevait tant de demandes que j'ai décidé de créer une plate-forme communautaire regoupant les pièces (en 3D), les logiciels de création des pièces, d'animation, ... et les tutoriels pour le montage.

Le site InMoor2 a été mis en place en Septembre 2012 et il vient d'être remanié pendant l'été 2015.

 

La Rédaction : Comment protégez-vous votre invention ? Quels sont vos clients et quelles sont les principales applications ?

Gaël Langevin : Les pièces constitutives du Robot InMoov sont protégées par une licence Creative Commons qui interdit sa commercialisation. Le fait d‘être ouvert sur un mode communautaire devrait permettre aussi une bonne protection. En quelque sorte l’ouverture permet d’être plus fort que lorsque l’on est seul. Le Robot a beaucoup de succès à l’étranger car le fonctionnement en « Open Source » y est plus développé qu’en France où il existe une certaine frilositépar rapport à ce mode de fonctionnement.


Le Robot est reproduit actuellement dans plus de 60 pays et on compte environ 200 clones (partiels ou complets). Par exemple, 58 universités en ont, ainsi que l’armée russe et l’armée israélienne.

Comme principales utilisations, on peut trouver :

  • ​la réalisation de prothèses intelligentes ;
  • les études en matière de Robotique ;
  • l'aide des enfants hospitalisés.
     

Il peut servir à étudier le comportement des humains face à un Robot (en Australie).

Il peut permettre aussi (à Londres), installé pour le moment sur une plate-forme roulante et équipé de lunettes 3D (Occulus Rift), à un enfant en chambre stérile grâce à la voix et à une télécommande de le représenter à l’extérieur de la chambre (parler, serrer les mains, etc.).

Il peut aussi (en Russie), en regardant une personne, réagir en fonction des mimiques et des expressions de la personne. Le robot peut animer des spectacles, réciter des poèmes.

Les applications ne dépendent que de la créativité des équipes qui les ont construites. Seules les applications liées à la vie quotidienne (comme servir une tasse de café/thé, un médicament, etc.) semblent les plus difficiles à réaliser ; pas seulement techniquement mais plutôt pour des problèmes de législation et de sécurité car un accident pourrait être fatal. Par exemple, un bras robot a déjà causé un accident mortel (dans une usine en bloquant, suite à un dysfonctionnement, une personne contre un mur !).
 

La Rédaction : Quelles sont les principes évolutions prévues ?

Gaël Langevin : Tout d’abord terminer le Robot en réalisant les jambes : ce sera alors un réel humanoïde qui préfigurera le Robot du futur que j’imagine comme une sorte d’entité qui pourra avoir une bonne apprécia

tion de tout ce qui l’entourera.


Il restera une machine avec une programmation de plus en plus intelligente et qui se déplacera dans un univers de plus en plus interconnecté.

J’envisage une plate-forme encore plus riche accueillant les réalisations des « builders » et des « contributors » puis une plate-forme (grâce au big data et au Cloud) permettant à tous les Robots de s’interconnecter et de partager leurs propres apprentissages.

Je souhaite que cette plate-forme et InMoov restent un «bien commun» qui serve à tous et qui s’enrichisse des développements de tous. Pour l’instant j’en assure la modération mais plus la communauté s’agrandira et plus celle-ci prendra le relais.Nous ne pouvons pas ignorer les problématiques de détournement de la robotique de demain et les risques que cela pourrait engendrer, et pour cela une communauté et des mesures seront nécessaires (si deux armées se sont déclarées, d’autres ont pu construire un avatar/clone sans se déclarer et je ne sais pas quelles études sont réalisées par elles !).

Un autre exemple, la main a été télé-chargée environ 70 000 fois, celle-ci était équipée de câbles et de servo moteurs. Je travaille sur un autre concept qui sera beaucoup plus efficace car entierement connectée en Bluetooth, celle-là pourra appareiller soit le Robot soit des personnes handicapées. Elle est fonctionnelle et sera commercialisée dans quelques temps.
 
Je suis optimiste pour éviter les dérives possibles en me reposant sur le rôle de la communauté déjà créée et à venir qui trouvera ses modes de régulation.
Il faudra aussi que les législations évoluent rapidement pour transformer les procédures actuelles afin de permettre à un humanoïde de pouvoir aider l’être humain dans certains domaines.


Plus d'informations :
Site internet : www.inmoov.fr
Twitter : @inmoov


1/ www.blender.org
2/ http://InMoov.fr

 
Biographie de l'auteur

Gaël Langevin est s
culpteur/designer, fondateur et créateur du projet InMoov, première prothèse et robotique humanoïde imprimés en 3D Open Source. Il est aussi le fondateur et dirigeant de l'Atelier Factices. 
Son but : " Ouvrir les portes de la robotique à tous, afin dí'imaginer ensemble notre futur ".
 
Google+: +gael langevin
 
 
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