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Revue TELECOM 181 - Edito de Guy Pujolle

Articles Revue TELECOM

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11/07/2016

 
 
EDITORIAL
 
Le futur des réseaux




Par Guy Pujolle,
 
Quel réseau pour le futur ?
Une question lancinante qui revient sans arrêt depuis maintenantprès de 50 ans. Cependant, cette question est encore plus vivace aujourd’hui qu’hier.
Le paysage des réseaux change de plus en plus vite et ne se stabilise pas du tout comme on aurait pu le penser il y a quelques années. Les raisons sont nombreuses : la faible sécurité, la forte mobilité, l’explosion de la consommation d’énergie, l’arrivée massive des objets connectés et le très haut débit.

Pendant quelques années, la solution a été la « clean slate approach » : on efface le tableau et on oublie tout ce qui a été fait. Après l’échec de cette proposition, il a fallu repartir sur de nouvelles bases car l’informatique avait changé durant cette période de recherche d’un nouveau monde, avec l’arrivée de la virtualisation et du Cloud. Le mot clef pour la nouvelle génération de réseau est simple : centralisation. Le « centre » connaît tout : les noeuds, les liens, les serveurs, les clients, les applications. Il devient facile de mettre en place un réseau, de le gérer et de le contrôler.

Le SDN (Software-Defined Networking) est né. C’est une grande révolution : d’un environnement distribué par nature, on se retrouve avec un système centralisé. Le contrôleur central doit avoir de fortes capacités en calcul et en stockage pour prendre en charge les connaissances nécessaires et calculer les routes de tous les flots du réseau. La montée en puissance de cette solution s’effectue par l’intermédiaire des grands du Cloud puisque justement le Cloud apporte ces propriétés. On trouve là, la première grande architecture du futur, avec déjà des produits qui s’adaptent bien aux entreprises ou aux petits réseaux, en nombre de noeuds mais pas du tout en nombre de paquets qui y circulent. Inconvénient : cette solution ne passe pas à l’échelle. Il faut non pas un
contrôleur mais des contrôleurs avec des connexions entre eux.

Les opérateurs oeuvrent dans la direction qui vient d’être décrite en allant vers un SDN distribué. De là est né le MEC (Mobile Edge Computing) qui instaure des gros serveurs vers la périphérie. Le mouvement important provient de la plate-forme OPNFV (Open Platform Network Functions Virtualisation) qui se veut ouverte et intègre tout ce qui est nécessaire pour le fonctionnement d’un réseau d’opérateur. Cette solution fait évidemment peur aux équipementiers qui voient leurs équipements matériels se transformer en équipements logiciels disponibles en Open Source. La réaction s’exprime par l’IETF qui propose son architecture où les équipements de réseau reprennent le pouvoir. Les contrôles sont effectués dans ces machines jusqu’aux extrémités du réseau. Le contrôleur est toujours là mais il ne contrôle plus ! Il amasse les connaissances, comme dans le cas centralisé, pour les distribuer aux équipements qui décident des contrôles à effectuer.
Avantage : tous les protocoles développés jusqu’à présent continuent de fonctionner. Le «Fog Networking» fait partie de cette philosophie pour interconnecter les objets.

On peut se projeter vers une dernière étape, plus futuriste : l’ « ubérisation » des réseaux.
Le contrôle s’effectue dans les équipements de l’utilisateur qui sont tous reliés entre eux : terminaux, serveurs MEC privés, etc. Le futur est sûrement un mixte de l’ensemble des quatre solutions : de gros centres de données, des serveurs MEC importants, près des antennes ou de regroupements d’antennes, des équipements réseau embarquant de l’intelligence décisionnelle et des machines privées interconnectées. L’équilibre ne sera pas simple à trouver et le réseau du futur est justement à la convergence de ces quatre solutions.

Ce dossier de la Revue Télécom, dédié aux réseaux du futur, comprend de nombreux articles qui reprennent en détails tout ou partie de la vision précédente, en la complétant ou en y apportant des extensions car bien malin serait celui qui a une vision déjà parfaite du futur dans ce monde des réseaux où académiques et industriels, provenant de nombreux horizons, s’entraident tout en essayant d’affirmer leur primauté.
 

Biographie de l'auteur
Guy Pujolle est professeur de l'Université Pierre et Marie Curie et membre de l’Académie Royale de Lund, Suède. Il est également professeur invité de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, Brésil et professeur honoris causa de l'Université BUPT de Pékin. Il a été professeur invité de nombreuses universités étrangères dont POSTEC, NCSU, Rutgers, Stanford et UQAM.
Guy Pujolle a reçu de nombreux prix dont le Grand Prix Orange de l’Académie des Sciences en 2013 et le prix Seymour Cray en 1991. Il a été membre du conseil scientifique du groupe Orange (1994-2010). Il est auteur de plus de 300 publications scientifiques et d'une vingtaine d'ouvrages, en particulier "Les Réseaux" (Eyrolles) vendu en 150 000 exemplaires.
Guy Pujolle a été à l’origine de différents brevets sur les réseaux à très haut débit, les DPI et les réseaux virtuels. Il est co-fondateur de : QoSMOS (www.qosmos.fr), Ucopia (www.ucopia.com), EtherTrust (www.ethertrust.com) et Green Communications (www.green-communications.fr).

 

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