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Revue TELECOM 181 - Le consommateur, cheval de Troie des solutions multi-cloud/CDN

Articles Revue TELECOM

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30/05/2017


LE CONSOMMATEUR,

CHEVAL DE TROIE

DES SOLUTIONS

MULTI-CLOUD/CDN
 


Par Julien Coulon dans la revue TELECOM n° 181


Si certains espéraient y échapper, l’explosion de la demande en usages de plus en plus gourmands des consommateurs rendra l’adoption du multi-cloud et du multi-CDN inéluctable pour les entreprises.



L’évolution de l’infrastructure Internet est une histoire hétérogène, un mix d’avancées technologiques sorties de l’esprit de quelques individus ou groupes d’innovateurs, et d’une demande sans cesse croissante pour le partage de contenus de plus en plus qualitatifs. On ne saurait mettre de côté l’aspect visionnaire de certaines découvertes mais, en matière de déploiement des infrastructures, les usages sont une lumière de phare à poursuivre pour toutes les entreprises et chercheurs des nouvelles technologies.

Pour qui s’est lancé dans l’aventure au début des années 90, l’histoire d’Internet ressemble à une longue suite de tests, d’échecs et de recherches de solutions face aux défis rencontrés. En 92-94, quand Internet a commencé à se démocratiser des deux côtés de l’Atlantique, l’équation était relativement simple : il vous fallait un serveur de diffusion, une ligne téléphonique de qualité, du contenu et une personne pour la maintenance.

Les pionniers ont rencontré des problèmes qui feraient sourire de nombreux « digital natives » aujourd’hui : le principal risque, à l’époque, était que des agents des travaux publics coupent votre ligne en intervenant sur une canalisation dans la rue. La conséquence était immédiate et radicale : votre site se retrouvait dans le noir. Vous achetiez donc une seconde ligne téléphonique, pour pallier les défaillances de la première. Puis, la demande croissant, votre serveur saturait et vous lâchait. Un second serveur, une nouvelle ligne… Pour peu que votre service acquière un peu de notoriété à l’international, vous vous retrouviez facilement face à une impasse : impossible de satisfaire tout le monde avec une qualité de service unique. Pannes, temps de chargement insupportables, erreurs d’affichage… Heureusement, une nouvelle rupture amenait une solution sur-mesure. Les Content Delivery Networks (CDN), ou réseaux de diffusion de contenus, étaient nés.
 


Et le CDN fut…

En tant que responsable des plateformes numériques de France en 1998, j’ai vécu l’arrivée des CDN comme une révélation. Akamai, aujourd’hui encore le premier CDN mondial, proposait de « photocopier » notre contenu en différents points de la planète afin de rapprocher celui-ci de nos utilisateurs. La promesse était simple : redondance du contenu, qui n’était ainsi jamais perdu, performances accrues, décharge des serveurs d’origine, protégés des risques de faille critique. Et cela a bien marché.

Le cloud est arrivé ensuite, révolution telle qu’on considère aujourd’hui le CDN comme une application cloud spécifique. Mieux que le contenu, c’est la capacité de calcul et de stockage elles-mêmes qui pouvaient désormais être externalisées sur des serveurs localisés à des endroits dont n’a pas conscience le grand public. On s’est bercé de l’illusion que tout cela était désormais « dans le nuage », ce qui a souvent attiré les moqueries des spécialistes et paradoxalement, ralenti l’adoption du cloud dans l’imaginaire collectif. Mais le bien était fait, avec des impacts tangibles jusque sur le matériel : c’est de cette époque que date la fin de la course aux disques durs toujours plus gros sur les machines personnelles, l’arrivée d’appareils toujours plus petits, fins, nomades, comme les smartphones, les tablettes et désormais les montres connectées et autres machines de l’Internet des Objets (IoT). Bien sûr, le cloud n’est pas l’ancêtre unique et génial de l’IoT mais, en tous cas, il a bien sa part dans cette évolution vécue directement par le consommateur.
 


Quand cloud et CDN créent leurs propres frontières

Paradoxalement, l’avènement du cloud et des CDN a entraîné un accroissement des usages qui montre aujourd’hui les limites de ces mêmes technologies. Voici les principales évolutions de ces dernières années en matière de contenu sur Internet :

• En lien avec d’autres avancées technologiques (augmentation de capacité des réseaux, notamment par la fibre et la 4G sur la boucle locale, amélioration des algorithmes de compression, démocratisation des outils de captation de plus en plus qualitatifs), le cloud et le CDN ont permis la diffusion de contenus de plus en plus lourds. La vidéo HD et bientôt 4K, les jeux vidéo, sont les applications les plus connues. Gourmandes, elles sont aussi de plus en plus partagées et ne sont plus uniquement diffusées par des entreprises ou médias vers les consommateurs, mais entre consommateurs aussi via des plateformes de partage.

• La banalisation des appareils, mobiles notamment, a permis à une audience de plus en plus nombreuse de se retrouver sur Internet. La mobilité, portée comme on l’a vu par le cloud et les CDN, est particulièrement intéressante car on voit des populations accéder à Internet directement depuis un mobile dans les pays dits en voie de développement, sans passer par l’étape de l’informatique personnelle vécue en Europe et aux Etats-Unis, entre autres.

• Les réseaux sont de plus en plus congestionnés et perdent de leur capacité à suivre la demande, ce qui invite à réfléchir à de nouvelles stratégies de diffusion. A tel point qu’on souligne parfois l’éventualité d’un capacity crunch1 dans la décennie à venir.

La conséquence, pour les utilisateurs, est simple : ils veulent avoir accès à la qualité et à la quantité, depuis n’importe quel appareil. Pour les diffuseurs de contenus, la difficulté ne concerne dès lors plus le device, mais le delivery.
 


L’avènement du multi-cloud et multi-CDN

Un chiffre illustre la solution imaginée par les plus gros diffuseurs de contenus du monde : parmi les 100 premiers clients d’Akamai, 80% utiliseraient un second CDN. Et ce, sans compter les multinationales comme Apple ou Netflix, qui mettent sur pied leurs solutions internes de multi-homing. Pourquoi ces géants du net, qui alimentent chaque jour des milliards d’utilisateurs en contenu, suivent-ils la même stratégie locale et globale ? La réponse est évidemment multiple mais met quelques facteurs clés en avant :

• Cap sur la performance. Un éditeur qui tombe, ou subit des congestions, et c’est tout le modèle économique du diffuseur de contenus qui est remis en cause. L’approche des CDN et cloud, qui mettent le contenu « au plus proche des utilisateurs », n’est pas toujours et de loin, la meilleure solution. Utiliser plusieurs plateformes assure non seulement une disponibilité de 100%, mais permet également de gérer la performance (notamment le temps de chargement des pages) plus finement. Amsterdam a beau être deux fois moins loin de Paris que Dublin, en matière de réseaux, tout est plus complexe. La logique d’interconnexion des différents acteurs menant un utilisateur parisien à Dublin peut-être plus efficace que celle menant à Amsterdam. Comme la plateforme néerlandaise peut subir des problèmes de congestion affectant un opérateur d’accès à Internet spécifique, auquel cas il faudra préférer le fournisseur irlandais. Les critères de sélection pour une performance optimale sont multiples : il faut une capacité à mesurer et à réagir en temps réel, un monitoring de la qualité de service vécue par les utilisateurs réels et non une mesure synthétique, une base de données suffisamment large pour couvrir tous les scénarios d’interconnexion entre opérateurs de toutes tailles.

• Échapper aux menottes des fournisseurs. Négocier les tarifs d’un CDN ou d’un cloud peut être ardu (lire à ce sujet le très complet www.cdnpricing.com) En ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier il est beaucoup plus simple de tirer les prix vers le bas et, donc, les coûts d’infrastructure. De même, préférer des relations bilatérales multiples permet de quitter un fournisseur qui ne satisferait pas aux besoins plus facilement.






























• 
Sécuriser son infrastructure. Sur un marché mondialisé où une entreprise met en moyenne 9 semaines et dépense 880 000 euros pour se remettre d’une cyberattaque selon NTT Security, la capacité à être flexible et à rediriger en temps réel vers une autre plateforme lorsqu’un cloud ou un CDN subit une menace ne relève même plus du confort mais de la survie.

• Chouchouter les moteurs de recherche. Par effet de bord, l’amélioration de la performance a un impact direct sur le référencement d’un site dans les moteurs de recherche. Ces derniers prennent en effet le temps d’affichage des pages et accordent dans leurs algorithmes un « prime à la performance » aux bons élèves. Cedexis a pu voir des taux de crawling améliorés de 40% suite à un gain de performance lié à l’implémentation d’une stratégie multi-CDN.
 


Penser global, agir local

Si les stratégies multi-cloud et multi-CDN se multiplient, c’est enfin parce qu’elles correspondent à une demande accrue en flexibilité des entreprises face aux besoins des consommateurs. Le numérique a fait sauter des barrières et libéré des énergies. Une startup peut, en quelques années, devenir un mastodonte. Elle peut, avec un concept innovant et une bonne exécution, atteindre en quelques mois une audience internationale. Pour se démarquer cependant, elle doit généralement miser sur un contenu exigeant et une qualité de service à toute épreuve si elle veut espérer faire bouger des marchés dominés par des mastodontes.

Pour une telle entreprise, intégrer une stratégie de multi-homing est un prérequis indispensable pour faire concorder son infrastructure de diffusion avec son marché. Qu’elle cible une audience mondiale, des pays en voie de développement avec des problématiques réseaux complexes, ou qu’elle vise une audience très locale, elle ne peut se reposer sur aucun CDN ou cloud unique pour assurer une qualité de service optimale, sinon acceptable, à tous.

La spécialisation accrue des CDN et cloud est d’ailleurs, de ce point de vue, le signe le plus probant d’une incapacité à développer un guichet unique pour toutes les situations. Certains se concentrent sur la Chine ou la Russie, d’autres ciblent un marché national, comme la France, avec une multiplication des points de présence en région. D’autres encore adoptent une stratégie verticale et s’attaquent aux problématiques spécifiques à la vidéo, au téléchargement ou au jeu vidéo en ligne.

Pour tirer pleinement parti de cette nouvelle donne de la géopolitique de l’hébergement dans le cloud, seule la prise en compte des besoins des utilisateurs réels est adaptée. Cela passe par une mesure de type « Real User Monitoring » (RUM) et des critères de gestion du trafic au niveau global et local en fonction de l’intérêt de l’utilisateur final, avant celui de l’entreprise. Le consommateur est aujourd’hui devenu un véritable cheval de Troie des stratégies multi-cloud et multi-CDN. Ceux qui pensent ne pas devoir s’en soucier et s’endorment tranquillement sur leurs acquis risquent bel et bien, un beau jour, de ne pas se réveiller du tout.


1/ Phénomène de saturation ou de congestion évoqué notamment au sujet de l’internet pour les années 2020/2025


L'auteur


Fondateur de Cedexis, Julien Coulon fait ses premiers pas sur Internet chez France Telecom avant de lancer le CDN Akamai en Europe du Sud. Aguerri auxx stratégies de diffusion de contenu et désireux d’améliorer l’accès à Internet dans le monde, il fonde Cedexis en 2009 pour aider les entreprises à optimiser leurs performances web. Julien dirige aujourd’hui la stratégie et les ventes de Cedexis au niveau mondial.
@JulienCoulon
 

@Cedexis

http://www.cedexis.com/fr/blog

 

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