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Revue TELECOM 182 - Communiquer et suivre en temps réel un défi incontournable et permanent à bord d'un avion de combat

Articles Revue TELECOM

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15/10/2016

 
COMMUNIQUER ET SUIVRE

EN TEMPS RÉEL

un défi incontournable

et permanent

à bord d'un avion de combat
 


Par le Lieutenant-Colonel Marc Scheffler dans la revue TELECOM n° 182


Des armements adaptés, des optiques performantes et un entraînement poussé sont des conditions nécessaires pour la réussite d’une opération militaire. Mais elles ne sont pas suffisantes sans une communication claire en temps réel, robuste et protégée, entre tous les participants.



Avoir « conscience de la situation » pour anticiper et décider


Les guerres modernes se gagnent autant sur le terrain face à l’ennemi que dans le cœur et les esprits des populations civiles. C’est pourquoi les engagements de ces trente dernières années, essentiellement asymétriques, ont amené de profondes modernisations dans les systèmes d’arme et de communication. La nécessité d’être le plus efficace possible tout en réduisant au maximum les risques de dommages collatéraux ou de tirs fratricides a conduit à développer des outils devenus incontournables : armements de précision aux effets militaires adaptés, optiques performantes qui assurent une identification précise, liaisons vidéo et de données tactiques ainsi que des communications chiffrées de bonne qualité.


Les situations de combat sur le terrain sont toujours complexes et l’efficacité repose toujours sur une intervention fulgurante avec la maîtrise totale des effets militaires. Des interventions rapides et efficaces au cours desquelles un équipage n’a pas le luxe du temps et les troupes qu’il supporte encore moins. Mais avant d’agir, il faut d’abord comprendre et établir ce que nous appelons la « situation awareness1 ».

Dans le domaine de « l’air-sol », les missions d’appui sont certainement celles qui nécessitent la plus grande « situation awareness » chez tous les acteurs : équipages, spécialistes insérés dans les groupes interarmes de l’armée de terre, éléments de liaison positionnés à tous les échelons de la chaîne de commandement interarmées.

L’arme aérienne dispose d’atouts essentiels : fulgurance, flexibilité, réversibilité, action dans la profondeur... Or, ces qualités ne peuvent être pleinement exploitées qu’avec une liaison permanente et claire entre l’effecteur et le centre de commandement.

Alors que les troupes au sol subissent les contraintes d’emport de matériel qu’elles réduisent au strict nécessaire, pour privilégier les rations, l’eau et les munitions au détriment des capacités de transmission, un aéronef dispose de facilités naturelles pour communiquer en multiliaisons. Mais la mise en place de ces nouvelles capacités de liaisons de données entraîne des difficultés d’intégration dans la cabine étroite d’un chasseur, notamment lorsqu’il s’agit de présenter les informations à l’équipage. Et ces derniers doivent répondre à de nombreux défis. Ils opèrent sur des étendues exceptionnellement vastes, supportent des vols longs, psychologiquement et physiquement épuisants au cours desquels leur attention est soumise à rude épreuve.

Ils doivent faire preuve d’une capacité d’adaptation permanente, sous forte charge de travail, les centres de commandement et de communication les redirigeant souvent en urgence vers les nouvelles zones d’intérêts du théâtre d’opérations. Ils découvrent alors leur mission au dernier moment, dans un environnement inconnu ou changeant : identification des troupes amies, des forces ennemies, des civils, prise en compte des dommages collatéraux, application des règles d’engagement, appréhension du volume aérien disponible doublé du risque de conflit avec les drones, les hélicoptères, les tirs d’artillerie… le tout en assurant la conduite de la patrouille et l’appareil.

 

L’exemple du Mirage 2000D


Bête de somme de l’armée de l’air depuis des années, le Mirage 2000D a été engagé sur tous les théâtres d’opérations majeurs depuis sa mise en service en 1993. Pour tenir sa place au sein de la coalition, il a bénéficié de modernisations successives, notamment en matière de communications : les radios chiffrés ou « secure » en 2006 et la L16 en 2011.

Les radios. Les postes radios chiffrés « secure » équipent les appareils américains dès 2002 pour communiquer les informations sensibles. En 2005, les patrouilles françaises se voient refusées par certains JTAC2 en raison de l’absence de poste « secure ». Ces équipements sont alors avionnés en urgence en 2006. Ce qui permet aux équipages d’être à nouveau engagés au cœur des combats. Après quelques faiblesses de jeunesses, en terme de portée et de qualité d’écoute, ces postes « secure » vont donner entière satisfaction et permettront aux équipages d’être engagés efficacement et des heures durant dans des situations parfois dramatiques.

En 2007, l’armée de l’Air soulève le problème des portées radio des postes traditionnels et la nécessité d’équiper les avions français de liaison SATCOM pour être en lien direct avec la structure C2. L’armée de l’air démontre également la nécessité de disposer rapidement de la liaison de donnée L16 qui permet de recevoir des messages écrits. La SATCOM ne sera pas retenue sur le Mirage 2000D, mais la L16 sera brillamment intégrée en 2011. Une installation qui va révolutionner le quotidien des équipages de Mirage 2000D en opération.

La L16. Devant la difficulté à communiquer par radio (saturation des fréquences, portées insuffisantes), des systèmes parallèles de transmission des données sont mis en place. La L16 se généralise dans les cockpits. Elle constitue une amélioration majeure, tant pour l’efficacité des missions que pour la sécurité des vols. Outre une visualisation des vecteurs dans la zone de travail, ils permettent également de recevoir un message texte qui résume les informations essentielles sans risque d’erreur et sans brouillage.

De même, lors d’une réassignation en vol, les contrôleurs ou le centre de conduite peuvent communiquer l’ensemble des informations essentielles aux patrouilles (zone, fréquence radio et indicatif des troupes à soutenir, description sommaire de la situation sur place, disponibilité et position des ravitailleurs, etc.).

L’intégration de la L16 sur Mirage 2000D est le parfait exemple d’une interface rajoutée avec succès. Avion spécialisé dans l’air-sol et dépourvu de capacités air-air, les patrouilles de Mirage 2000D étaient jusque-là pratiquement aveugles et demandaient sans cesse des informations de trafic ou la position des ravitailleurs.

Avec l’ajout de la L16 dans le Mirage 2000D, judicieusement placée dans la visualisation « tête basse » et d’une manipulation rendue très intuitive grâce à son utilisation simple au travers de la manette des gaz, la L16 et ses informations sont rapidement devenues indispensables. La L16 permet d’acquérir une visualisation synthétique de l’environnement aéronautique, maritime et terrestre avec le positionnement et le suivi des trajectoires en temps réel. Ce qui permet aux équipages de se construire une image de la situation, d’anticiper sur le reste de la mission et de recevoir des informations de réassignation en vol. Le tout sans contact radio.

 

Conclusion


La prise en compte de l’environnement tactique ultra-complexe des missions modernes vient se surajouter aux tâches basiques de pilotage, de gestion des équipiers, de la trajectoire, etc. Ces actions ne pourront jamais être délaissées au profit de l’exploitation, parfois chronophage, des informations qui pourraient remonter à bord par le biais des systèmes d’informations. Et tout l’enjeu de l’intégration d’un nouveau matériel est bien de libérer les ressources cognitives de l’équipage au profit de tâches régaliennes, en automatisant au maximum les processus de traitement des données. Cela se traduit par une optimisation physique et logicielle de ces outils d’aide à la décision. Des équipages moins sollicités pour réaliser des tâches qui peuvent être automatisées pourront ainsi se consacrer pleinement à l’analyse et à l’intervention.

Pour les ingénieurs en charge de ces projets d’intégration de nouveaux systèmes, un seul mot d’ordre : « user friendly ». L’interface doit être simple, conviviale et facilement accessible en cabine.

 

1/ Situation awareness : connaissance et compréhension de la situation en temps réel
2/ Joint Terminal Attack Controller, également appelés « FAC » (« Forward Air Controller »), ce sont les contrôleurs aérien avancé au sol qui ont pour mission de permettre l’engagement d’un appui avancé


L'auteur


Le Lieutenant-Colonel Marc Scheffler est diplômé de l’école de l’Air, pilote de chasse sur Mirage 2000D et instructeur à l’école de pilotage de l’armée de l’Air. Il totalise 4500 heures de vol et a participé à 12 détachements opérationnels, essentiellement en Afrique, Afghanistan et Libye. Il est l’auteur du livre « La guerre vue du ciel » qui retrace son parcours d’officier-pilote dans l’armée de l’Air.

 

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