TELECOM PARIS ALUMNI
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 182 - Défense et innovation l'exemple du spatial

Articles Revue TELECOM

-

15/10/2016

 
DÉFENSE ET INNOVATION

l'exemple du spatial
 







Par Éric Béranger (1988) dans la revue TELECOM n° 182
 

Airbus Defence and Space a acquis une place de leader mondial du secteur spatial (numéro un mondial des satellites de télécommunications, numéro un mondial à l’export pour les satellites d’’observation de la Terre, numéro un mondial sur l’innovation avec la propulsion électrique et les charges utiles flexibles…), au fil de plus de 36 années d’innovation continue, en particulier dans le domaine de la Défense. 
Ces succès ont été acquis grâce à des technologies de rupture comme la propulsion électrique, mais aussi grâce à des approches économiques et des méthodes de production innovantes. Ils résultent également d’une fertilisation croisée entre les secteurs civil et militaire, qui favorise l’export.



Des télécommunications militaires ultra-performantes


Sur les différents théâtres d’opérations, les besoins en capacité vont toujours croissants, de par la multiplication des échanges (communications audios, données, vidéos, y compris en technologie tout IP) et la variété des utilisateurs (terminaux terrestres fixes et mobiles, navires, avions et drones). Ces échanges passent nécessairement par une utilisation des satellites, qui permettent d’établir avec une grande flexibilité des communications sécurisées, à haut débit et avec une couverture mondiale.

Pour faire face à ces besoins, l’utilisation de la bande Ka a tout d’abord été développé: en effet, celle-ci permet d’obtenir des débits largement supérieurs à ceux offerts par la bande X et des terminaux plus compacts, adaptés aux drones et aux aéronefs. L’innovation passe également par les communications optiques, au travers des terminaux lasers aéroportés (comme ceux développés pour la DGA dans le cadre du programme d’études amont –PEA- LOLA) ou des relais satellites grâce au nouveau système opérationnel EDRS : véritable autoroute spatiale de l’information, ce système permet de relayer vers le sol en bande Ka des informations transmises par voie optique depuis des satellites basse orbite, des avions ou des drones.

Par ailleurs, l’innovation passe par un renforcement de la protection des satellites militaires, qui doivent être spécifiquement durcis pour faire face à divers types d’agressions susceptibles de perturber l’électronique de bord. Ils doivent être également capables de se prémunir contre le brouillage des communications, intentionnel ou non, grâce à des techniques de détection, de localisation, d’isolation et de suppression des brouillages. La robustesse des liaisons doit enfin être assurée par des méthodes agiles d’évasion en fréquence.

Les technologies spatiales de défense bénéficient aussi grandement des développements réalisés sur les composants du secteur commercial, comme par exemple les processeurs à forte puissance de calcul développés pour Alphasat I-XL, ou les antennes actives à formation de faisceau. Inversement, le secteur des satellites commerciaux marque un intérêt pour les techniques de localisation des brouilleurs et d’antibrouillage, même si les performances envisagées ne sont pas du même ordre de grandeur.

Les satellites militaires bénéficient également des technologies de propulsion électrique (de l’orbite de transfert jusqu’au maintien à poste), et des développements réalisés dans le cadre des programmes NeoSat de l’ESA (nouvelle plate-forme géostationnaire flexible et modulaire, encore plus centrée autour de la charge utile et dotée d’une avionique de dernière génération) et Quantum pour Eutelsat (premier satellite totalement reconfigurable en puissance, couverture, fréquence et bande passante).


















 

NeoSAT


Enfin, l’innovation pour la Défense ne se fait pas seulement au travers des technologies, mais aussi au travers des services et des modèles économiques proposés. Airbus Defence and Space développe ainsi pour les forces armées à la fois le segment spatial comme avec les satellites Skynet, COMSAT Bw ou COMSAT NG (programme développé en « équipe de France » avec Thales Alenia Space), le segment sol (comme par exemple le système Comcept), et toute une gamme de services de télécommunication passant par des satellites militaires (Skynet) ou commerciaux avec ASTEL, ILOPEX ou encore Telcomarsat. Désormais, nous comptons parmi nos clients plus de 20 forces armées dans le monde, parmi lesquelles l’Allemagne, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada ou encore l’OTAN.

 

Observation de la Terre et surveillance de pointe


Airbus Defence and Space est le maître d’œuvre de l’ensemble des satellites d’observation conçus pour le ministère français de la Défense (comme Helios ou CSO), ainsi que de Pléiades (programme dual civil et militaire) dont les deux satellites sont une parfaite illustration de notre capacité d’innovation : leur agilité a rendu possible des prises d’images de la Terre totalement inédites, notamment en 3D.

Dans le domaine de l’alerte avancée, nous avons conçu, lancé et exploité pour le compte de la DGA le démonstrateur SPIRALE, un système novateur qui utilise deux microsatellites pour la détection des tirs de missiles balistiques. Par ailleurs, nous avons été retenus pour le Programme CERES, qui vise à développer les trois premiers satellites français opérationnels de renseignement d’origine électromagnétique, en se fondant sur le succès des démonstrateurs technologiques ESSAIM et ELISA.

L’industrie française prépare aussi l’avenir des systèmes de sécurité dans le cadre du programme Copernicus de l’Union européenne, en observant la Terre sous toutes les bandes spectrales.

La capacité à proposer une offre complète, allant de l’instrument jusqu’à l’exploitation des satellites en passant par le segment sol, est un atout déterminant dans ces succès qui se concrétisent également grâce au soutien de l’Etat, mais aussi pour les programmes à l’export : Airbus Defence and Space occupe désormais la place de leader mondial dans l’observation, pour des clients gouvernementaux très variés comme le Chili, les Emirats Arabes Unis, le Kazakhstan, le Pérou ou le Vietnam.

Pour les instruments, les technologies de miroirs à base de carbure de silicium, et l’intégration des composants optroniques dans des plans focaux compacts, permettent de tendre vers les très hautes résolutions. L’agilité, la stabilité de pointage et la flexibilité des plates-formes permettent de couvrir l’ensemble des missions d’observation et de surveillance, avec des équipements toujours plus perfectionnés (calculateurs de bord, actuateurs gyroscopiques et gyroscopes à fibre optique, systèmes de compression, d’enregistrement et de chiffrage, etc.). Pour ce qui est des segments sol, une politique produits compétitive et préparant l’avenir a également été mise en place, pour permettre la gestion de grands flux de données avec une forte versatilité et une automatisation renforcée, tout en garantissant le niveau de sécurité demandée.

Enfin, il faut souligner que toute cette capacité d’innovation a été développée avec les agences spatiales et les gouvernements, mais aussi avec de nombreux laboratoires et partenaires académiques (plus de 80 collaborations en Europe), et au travers d’un tissu industriel très riche : rien que pour Airbus Defence and Space, près de 100 partenariats de recherche et développement ont été établis dans plus de 20 pays, en particulier avec des PME innovantes.




















 

PerúSAT-1



Des moyens de production révolutionnaires


Le programme PerúSAT-1 d’Airbus Defence and Space a permis de démontrer la possibilité de développer et de livrer en moins de deux ans un système satellitaire complet d’observation de la Terre. Nous avons également été retenus en tant que partenaire industriel pour la conception et la réalisation des 900 satellites de la constellation OneWeb. Cette étape marque une évolution des produits et des processus, partagée avec les fournisseurs, mais aussi de l’état d’esprit général qui s’inspire parfois d’autres industries comme l’automobile ou l’aéronautique (vers une digitalisation, une robotisation et une simplification des tâches). Pour OneWeb ce sont typiquement trois satellites qui seront produits par jour, contre une dizaine par an jusqu’à présent : cette révolution dans les moyens de production sera bénéfique à terme pour tous nos programmes.

Nous entrons actuellement dans une nouvelle ère du secteur spatial, encore plus compétitive avec l’arrivée de nouveaux acteurs, une accélération des rythmes et une réduction des coûts d’accès à l’Espace. Les précédentes réussites de l’industrie spatiale européenne ont été bâties sur l’innovation, et ses futurs succès le seront également ! 


L'auteur


Eric Béranger
 
(1988), est Directeur des Opérations Space Systems, la division Espace d’Airbus Defence & Space. Il débute sa carrière en 1988 chez France Télécom, puis à la Société Générale avant de rejoindre Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence & Space). En 2003, il crée Astrium Services en 2003 et en devient le Directeur Général.

En 2012, il prend la direction d’Astrium Satellites, la branche responsable de la fabrication de satellites et des équipements spatiaux. En 2014, il devient Directeur des Programmes Spatiaux chez Airbus Defence & Space – Space Systems. Il est diplômé de l‘Ecole polytechnique (1983) et de Télécom ParisTech.

250 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Editorial Laura Peytavin et Yves Poilane

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

13 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Sevenhugs

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Bye Bye Barrault

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre